Des multinationales sous garanties
|
Publié le 14-03-2003
|
|
|
Comme l'ont démontré les récents déboires de Suez en Argentine et aux Philippines, les contrats de fourniture d'eau dans les pays en voie de développement restent des exercice spérilleux. Les risques politiques, contractuels, dechange, sont très importants, surtout pour des contrats s'étalant sur 20 à 30 ans. Si l'on ne trouve pas de systèmes de garanties suffisantes, les multinationales de l'eau pourraient réduire leurs investissements, de façon importante.
|
Michel Camdessus, lors de la présentation du rapport " Financer l'eau pour tous ", évoquant le rôle des multinationales dans ce domaine déclarait que : " Le véritable risque, aujourd'hui, ce n'est pas que les entreprises gagnent trop d'argent sur le dos des pauvres. C'est plutôt qu'elles se retirent de ce business, parce qu'elles gagnent trop peu ". Une affirmation paradoxale, car on a toujours prêté, à ces entreprises, des marges très importantes. Dans un numéro spécial, intitulé "La ruée vers l'eau " , le Monde Diplomatique estimait que " les taux de profitabilité sur les marchés émergents sont de l'ordre de 25 %. Ils peuvent aller jusqu¹à 30 ou 35 % ". Ces taux de profitabilité, beaucoup plus importants que ceux réalisés dans les pays développés (de l'ordre de 3 à 10 %, selon les estimations) seraient, en quelque sorte, la contrepartie des risques importants pris par les multinationales de l'eau dans ces pays où la stabilité politique, aussi bien qu'économique, n'est pas assurée. Rappelons, pour mémoire, que Suez a dû provisionner la bagatelle de 500 millions d'euros sur son contrat de distribution de l'eau à Buenos Aires. Le problème récurrent des contrats dans les pays émergents, est que les emprunts sont réalisés en dollars, parce qu'il n'y a pas de possibilités de se financer localement, alors que les recettes sont en monnaie locales. Lorsque celles-ci " dévissent " brutalement, les augmentations de tarif, prévues au contrat pour " compenser" les pertes de change, seraient tellement élevées qu'elles sont politiquement impossibles. Du coup, la question que tous les responsables de l'eau se posent est : quelles offres de garantie faire aux compagnies privées ? Dans un rapport présenté à Kyoto, Guy Leclerc, directeur Eau et grands projets au sein du département développement durable de PricewaterhouseCoopers , préconise la création d'un fonds de garantie mondial, abondé par les pays développés, à hauteur de 100 milliards d'euros minimum. En contrepartie des garanties qu'amènerait ce fonds aux entreprises, celles-ci s'engageraient à limiter leur rémunération sur ces contrats entre 4 et 8 %. Car, comme le souligne Guy Leclerc : " Les marges des entreprises se retrouvent forcément dans le prix de l'eau payé par les consommateurs ". Une idée que ne rejette pas, à priori, Jean Pierre Tardieu, conseiller pour le développement durable du président de Vivendi Environnement : " L'idée ne me choque pas. Nous devons rendre compte de l'économie de nos projets. Tout dépend des modalités d'application : il ne faudrait pas supprimer toute forme d'incitation économique, en tombant dans un système de régie où la marge est connue d'avance ". De son côté, Michel Camdessus, prudent, si l'opinion mondiale est prête à accepter que des fonds publics servent à garantir des multinationales. Il propose plutôt que, lors de la signature du contrat, l'entreprise demande qu'un financement soit ouvert à son co-contractant, par une organisation internationale type Banque Mondiale ou Banque Régionale de Développement, pour faire face à ses engagements, en cas de " catastrophe ". Cette garantie étant, bien entendu, à la charge de l'entreprise contractante. L'idéal, pour les risques de change restant, comme le souligne Jean Pierre Tardieu " qu'émerge une épargne locale, permettant d'emprunter dans la devise locale ". Suez, le groupe le plus investi dans les pays émergents (près de 20 % de son CA dans l'eau) a déjà annoncé la diminution de son exposition, en terme de capitaux investis. Son principal concurrent, Vivendi Environnement, pour qui ces pays ne représentent que 5 % du chiffre d'affaires, reste également très prudent. Même si Jean-Pierre Tardieu reconnaît que les gisements de croissance sont bien dans ces régions, il vise plutôt, comme Suez, des pays où le risque est minime comme la Chine. Tous les grands groupes de l'eau attendent de voir quelles propositions sortiront du forum de Kyoto, quelles garanties leur seront proposées, pour réétudier leur position vis-à-vis des pays en voie de développement.
|
Alain Chauveau
© 2003 Novethic - Tous droits réservés
|
|
|
|
|
Le Centre de Recherche
|
|
ISR
|
|
|
|
RSE
|
|
|
|
Conférences
|
|
|
|
English
|
|
|
|