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40 millions d’employés dans le monde risquent d’être touchés par la restructuration brutale du secteur textile. L’élimination des quotas d’importation, qui privilégiaient jusqu’ici les pays en développement dans l’accès aux marchés occidentaux, risque de bouleverser l’économie de ces pays, largement dépendantes du secteur textile. Rappelons que ce marché occupe une place prépondérante dans les échanges internationaux, avec des flux de 350 milliards d’euros en 2002, soit près de 6% du total des exportations mondiales. Durant les quatre dernières décennies, le commerce dans le secteur textile habillement a augmenté plus vite que le commerce total de marchandises, et devrait augmenter encore plus avec l’élimination des quotas d’importation. La concurrence de la Chine, en particulier, va toucher les pays en développement, qui représentent aujourd’hui 50 % des exportations mondiales de textile et 70 % des exportations mondiales d’habillement. Pour nombre d’entre eux, ce secteur représente la principale source d’exportation,- jusqu’à 90% des exportations de biens industriels dans certains cas-. Très dépendants du secteur textile, des pays comme le Bengladesh, l’Indonésie et le Pakistan risquent de voir leurs exportations divisées par deux. Selon les chiffres donnés par l’OMC, la Chine devrait ainsi passer d’une part de marché de 16 % sur le marché américain à 50 % ! La Banque mondiale estime de son côté que la moitié des exportations mondiales de vêtements viendront de Chine en 2010, alors que cette part est d’un quart actuellement. Nivellement des droits sociaux
Les pays occidentaux également concernés
Le bouleversement mondial du secteur touche également les pays occidentaux. L’Union européenne, 2ème exportateur après la Chine, compte 2,7 millions de salariés travaillant dans ce secteur, avec un chiffre d’affaires de 200 milliards d’euros. 10 à 15 % des emplois pourraient être supprimés selon les pays (15% au Royaume-Uni et 13% en Allemagne). Un tiers des produits textiles européens provient déjà de l’importation, proportion qui devrait considérablement augmenter avec l’ouverture des marchés. Aux Etats-Unis, 350 000 emplois ont été perdus sur les quatre dernières années, avec un mouvement de concentration des entreprises déjà très avancé.
La CISL, qui publie un rapport intitulé « Fin des quotas : drames sociaux en vue », dénonce « l’effet d’entraînement » par le bas engendré par la fin des quotas. En disposant de la main d’œuvre la moins chère, la Chine pousse les fournisseurs concurrents à réduire à leur tour les droits de leurs employés afin de demeurer compétitifs. « Cet effet négatif est déjà ressenti dans certains pays, explique la Confédération. Ainsi, le gouvernement des Philippines a indiqué que la loi sur le salaire minimum ne s’appliquerait plus au secteur de la confection. Le gouvernement bangladais a récemment indiqué qu’il allait augmenter le nombre d’heures supplémentaires autorisées et assouplir les limites au travail des femmes la nuit pour se préparer à l’après-2005. Un bureau de consultant chargé d’étudier l’après-2005 au Bangladesh a quand à lui cité les mesures de « protection » des travailleurs parmi les obstacles à la compétitivité, alors que les travailleurs bangladais sont déjà parmi les moins bien protégés du monde dans la pratique. » Peu de pays du Sud ont réagi à temps pour se préparer à l’après-janvier 2005. L’application des normes du travail y est encore faible, tandis que les systèmes de sécurité sociale y sont toujours aussi peu développés. Il est probable que peu d’employés licenciés seront indemnisés ou reclassés. Aide du FMI Pour la CISL, ce retour en arrière sur le plan social « arrange en premier lieu les grandes marques de vêtements dans les principaux marchés du monde (…) Elles clament bien sûr qu’elles ne comptent pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier après 2005, autrement dit ne pas tout acheter en Chine. Elles se gardent bien cependant de dévoiler davantage leurs intentions, et surtout d’annoncer l’une des seules mesures qui éviterait des drames sociaux aux quatre coins de la planète : s’engager à maintenir un même niveau de commandes dans chacun des pays dont elles ont sollicité les travailleurs ces dernières années ». Pour atténuer les conséquences économiques et sociales de la disparition des quotas, le FMI (Fonds monétaire international) a mis en place depuis juillet 2004 un « Mécanisme d’intégration commerciale », dispositif visant à corriger les déficits de balance des paiements résultant de la libéralisation multilatérale des échanges. Les effets de ce dispositif n’ont pas encore été mesurés, mais, quoi qu’il en soit, les représentants de la Chine sont restés inflexibles face aux doléances des petits producteurs, affirmant qu’ils ne feront pas de concessions sur le démantèlement de l’accord textile. La libéralisation du marché démarrera donc comme prévu au 1er janvier 2005.
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