Commerce international : difficiles négociations entre l'Afrique et l'Europe

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Publié le 17-11-2006

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Oxfam France et la CFDT se sont associés pour relayer la campagne internationale de lobbying sur les accords économiques entre l'Afrique et l'Europe. Alors que les négociations de l'OMC sont dans l'impasse, l'UE demande aux pays africains d'ouvrir leurs marchés et veut supprimer les aides commerciales dont ils bénéficiaient jusqu'ici pour vendre leurs produits en Europe. Bruxelles estime en effet que ce dispositif n'a pas permis d'améliorer l'économie de ces pays.

D'ici fin 2007, l'Europe et les 75 pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) doivent parvenir à de nouveaux accords de partenariat économique (APE), compatibles avec les dispositions de l'OMC. Actuellement, ces échanges commerciaux sont régis par l'Accord de Cotonou, qui a pour objectif de promouvoir le développement et lutter contre la pauvreté pour que les " pays moins avancés " puissent progressivement intégrer l'économie mondiale. Grâce à cet accord, les pays ACP bénéficient d'un accès privilégié au marché européen, qui consiste à exonérer  tous leurs produits de droits de douane. C'est cet accès préférentiel que souhaite désormais supprimer Bruxelles, au motif qu'il n'aurait pas permis d'améliorer la production africaine. Pour les ONG comme pour les syndicats qui veulent faire pression dans les négociations, cette suppression n'est pas la bonne réponse aux difficultés économiques de ces pays, dont  41% des exportations sont en outre destinés à l'Europe. " Améliorer nos infrastructures pour assurer ensuite une meilleure qualité de l'offre serait une réponse mieux  adaptée aux exigences du  commerce international ", souligne Mamadou Faye, représentant de la Confédération des travailleurs sénégalais. " La libéralisation forcée des échanges a déjà des conséquences bien connues en Afrique : elle accroît la pauvreté et le chômage ", explique-t-il. Car non seulement l'UE veut supprimer cet accès préférentiel à son marché, mais elle fait également pression  pour que les pays ACP ouvrent tous leurs marchés au libre échange. " C'est une concurrence inégale à laquelle nos pays ne pourront pas faire face ", prévient Mamadou Faye. " Même le Kenya ou l'Ouganda, qui disposent d'un secteur agricole plus solide, ne sont pas assez compétitifs pour faire face aux produits européens ". La perte de souveraineté alimentaire, notamment, est un risque pour ces pays : " en important des produits agricoles européens, nous prenons le risque d'en devenir dépendants. Et le jour où, comme ce fut le cas en Côte d'Ivoire, les pays cessent leurs exportations parce qu'il y a un conflit, que faisons-nous ? "

Des négociations inégales
Les négociations APE se déroulent entre, d'un côté, les 25 pays membres de l'UE, qui ont un PNB combiné de 13 300 milliards de dollars, et de l'autre, six groupes de pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, dont 39 font partie des 50 pays les moins avancés (PMA) au monde. Comme le souligne Oxfam, le groupe le plus petit, les Iles du Pacifique, a un PNB combiné de 9 milliards de dollars - soit 1400 fois moins que celui de l'UE. Même le groupe le plus grand, la région d'Afrique de l'ouest, a un PNB plus de 80 fois inférieur à celui de l'UE.

L'OMC dans l'impasse

Face à cette pression du libre échange, les pays ACP souhaitent s'organiser, et en premier lieu créer des zones de commerce régionales pour ne pas affronter la mondialisation en ordre dispersé. " Nous ne voulons pas que nos gouvernements attendent perpétuellement une aide financière venue de l'extérieur ", ajoute Mamadou Faye. " La société civile doit s'organiser pour leur demander des comptes sur l'utilisation de cet argent et faire pression sur les questions de gouvernance ". Une stratégie bien comprise par  l'Europe, qui a contribué financièrement à aider les ONG, les syndicats et les acteurs privés sénégalais à se réunir pour faire pression sur leur gouvernement. Au Rwanda, l'ONG ACORD relaie elle aussi les revendications des acteurs locaux auprès des instances européennes, qui tous demandent le maintien des échanges commerciaux dans leur forme actuelle et défendent le principe de " droits acquis ". " Les dispositions demandées par l'Europe ne sont pas acceptables compte-tenu des niveaux de développement inégaux de nos pays ", rappelle Innocent Nyamulinda, représentant d'ACORD. " Au lieu de jouer son rôle de partenaire et nous aider à renforcer nos capacités de production, elle exige que nous ouvrions notre économie sur des sujets que nous avions pourtant refusés d'inscrire dans les négociations de l'OMC ". En effet l'OMC,  considéré comme un " mal nécessaire " par les pays africains, avait tout de même l'avantage d'encadrer le commerce international, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Les négociations sont dans l'impasse et laissent la porte ouverte à la multiplication d'accords bilatéraux " sauvages ", dans lesquels les pays en développement peuvent difficilement imposer leurs conditions. Enfin, l'arrivée de la Chine comme nouveau partenaire commercial de l'Afrique a de quoi inquiéter les défenseurs des accords de Cotonou. Alors que les Européens mettent des conditions relatives à la gouvernance ou aux droits de l'homme à leur aide ou leurs investissements, la Chine, elle, affiche clairement " ne poser aucune condition politique à sa coopération".

Véronique Smée
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