Armement versus développement

Planète \Mondialisation \Commerce international

Publié le 06-07-2004

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Crispin Hughes/Oxfam
Crispin Hughes/Oxfam

Les deux tiers des armes vendues dans le monde sont achetées par les pays en développement, alourdissant leur dette et compromettant leurs investissements dans des secteurs comme la santé ou l'éducation. Le rapport d'Oxfam, publié fin juin dans le cadre de la campagne internationale " Contrôlez les armes ", résulte d'une enquête menée auprès de 17 pays exportateurs d'armes, membres de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) et s'étant engagés à garantir que leurs ventes d'armes aux pays pauvres ne compromettent pas les investissements dans le développement. " En moyenne, 22 milliards de dollars (par pays) sont dépensés pour les armes  en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique chaque année, souligne le rapport. Or cette  somme aurait pu permettre à ces pays de scolariser chaque enfant et de réduire  la mortalité infantile de deux tiers d'ici 2015. Aujourd'hui encore, les ventes d'armes sont autorisées, (...) alors que les 189  pays membres de l'Onu se sont engagés en 2000 à réduire la pauvreté de moitié  d'ici 2015, dans le cadre des Objectifs du millénaire " , rappelle Oxfam.

Arms Trade Treaty

Loin des objectifs du Millénaire

Les 8 objectifs du Millénaire - qui concernent notamment la réduction de la pauvreté et de la faim, la scolarisation des enfants, l'arrêt de la propagation du VIH/SIDA  et la protection des ressources naturelles - constituent aujourd'hui le seul consensus international sur le développement, mais sont en recul. Plus d'un milliard de personnes luttent pour survivre avec moins d'un dollar par jour; un enfant sur cinq ne termine pas l'enseignement primaire; plus de 14 millions d'enfants ont perdu leurs parents à cause du SIDA en 2001et près de 800 millions de personnes souffrent de famine chronique. Dans 54 pays en développement, le revenu est inférieur en 2000 à celui de 1990.



En 2002, 90% de toutes les livraisons d'armes en Asie, Moyen-Orient, Amérique latine et Afrique provenaient des cinq Etats membres permanents du  conseil de sécurité des Nations Unies,  c'est-à-dire les Etats-Unis, la France,  la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie. Sur les 17 pays ( Etats-Unis, Russie et grands pays européens) qui s'étaient engagés, "seuls quatre (Bulgarie, Pays-Bas, Suède et  Royaume-Uni) ont déjà refusé une vente pour des raisons liées au développement  durable", et "dix considéraient cette idée comme possible", note le rapport. Mais il apparaît, en réalité, que 90% des gouvernements ne sont pas tenus de  consulter leur ministère en charge du développement dans le processus d'exportation d'armes. Seuls les Pays-Bas et la Grande-Bretagne sont tenus de le faire. Oxfam propose donc la signature par tous les gouvernements d'un Accord international sur le Commerce des Armes (Arms Trade Treaty, ATT) qui seul permettrait le contrôle de ce commerce et la mise en œuvre d'un développement durable.

Les données chiffrées du rapport sont pour le moins alarmantes. En 2001, la Tanzanie a acheté un radar britannique Watchman pour 40 millions de dollars, soit l'équivalent de soins à 3,5 millions de personnes. L'Afrique du Sud a acheté en 1999 des frégates, des sous-marins, des hélicoptères et des avions de chasse pour 6 milliards de dollars, l'équivalent d'une trithérapie pour cinq millions de malades du sida pendant deux ans. Quand au Pakistan, il consacre 50 % de son PNB dans la défense alors que la tuberculose tue 50 000 Pakistanais chaque année. L'Afrique sub-saharienne a vu les dépenses militaires augmenter de  47% dans la fin des années 1990, pendant que l'espérance de vie chutait à 46 ans, faute d'argent pour acheter des médicaments. L'ONG rappelle enfin que la communauté internationale consacre entre 50 et 60 milliards de dollars à l'aide au développement, contre 900 à l'armement, mais  se défend de toute manichéisme. Elle ne conteste pas la nécessité, pour ces pays, de s'armer et d'assurer leur défense, mais cherche à pointer du doigt les problèmes de gouvernance politique des pays en développement, et leur hiérarchisation des dépenses au détriment de biens et services essentiels à la population. " Un cinquième du poids de la dette des pays pauvres est dû à l'importation d'armes ", constate le rapport.

Véronique Smée
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