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« Déjà affaiblies par les délocalisations, les entreprises textiles françaises et celles du pourtour méditerranéen voient leurs carnets de commandes se vider au profit de pays à faibles exigences sociales et environnementales", a rappelé Yamana lors du lancement de son initiative « Fibre citoyenne ». Depuis sa création en 1998, l'ONG s’est fixé pour objectif d’appliquer des critères sociaux et environnementaux à l’ensemble de la filière textile, des matières premières à la confection finale. Son programme « Fibre citoyenne », qui a reçu l’appui des pouvoirs publics, a démarré sur le marché des « vêtements d’image et de travail » (c'est-à-dire les uniformes) et s’applique à l'ensemble des acteurs économiques de la filière : les clients (entreprises donneuses d'ordre, collectivités locales, citoyens), les distributeurs (détaillants, grossistes, importateurs) et les producteurs (fabricants, sous-traitants). En France, Yamana a convaincu les professionnels –notamment l’ Union des Industries Textiles- de participer à son projet, de même qu’elle s’appuie sur des réseaux de collectivités locales souhaitant intégrer des critères RSE dans leurs appels d’offres.
La Poste privilégie le coton équitable
L’entreprise textile Armor Lux, qui va habiller 140 000 postiers pendant 5 ans, a décroché l’appel d’offres de La Poste grâce au coton équitable. Elle a en effet proposé au groupe de réaliser 50 000 débardeurs pour les factrices en coton équitable et s’inscrit ainsi dans la stratégie d’évolution des bureaux de poste en « lieux de convivialité » , où seront distribués des produits alimentaires issus du commerce équitable. Armor Lux a acheté vingt tonnes de coton équitable au Mali pour la fabrication de tee-shirts et a réussi à conserver 60% de sa production en France. « C’est aussi un moyen de concurrencer tous les produits non-éthiques en provenance de Chine », souligne son PDG Guy Le Floc’h.
Les collectivités sont en effet d’importants acheteurs de produits textiles, dans la mesure où elles habillent un grand nombre d’agents publics. Le budget le plus important reste en toute logique celui de la Mairie de Paris, qui, avec 23000 agents portant des uniformes, dispose d’un budget de 5 millions d’euros et de 60 fournisseurs. Si les autres collectivités locales ont des besoins plus modestes, elles représentent un potentiel important pour le développement des filières textile socialement responsables. Yamana cherche donc à faire émerger ce nouveau marché, en faisant coïncider leurs appels d’offres avec les produits issus de la démarche « Fibre citoyenne ». Son équipe accompagne en parallèle les services achats des collectivités, les organismes professionnels et les entreprises, avec aujourd’hui une vingtaine de PME du textile adhérentes. « Pour parvenir à faire coïncider l’offre et la demande, il faut rester réaliste dans les objectifs demandés aux entreprises, souligne Eric Defrenne, fondateur de Yamana et coordinateur national des projets . Nous demandons par exemple aux acheteurs de ne pas exiger l’interdiction du travail des enfants, car nous savons très bien que la survie des familles, dans certains pays, en dépend. Nous privilégions une démarche de progrès, qui consiste à permettre aux enfants qui travaillent d’aller à l’école quelques heures par jour. » Démarche de progression
Pragmatique, le programme demande aux entreprises de s’engager à la fois sur des objectifs impératifs (sécurité et santé des employés par exemple) et sur des actions de progrès définies dans le temps et contrôlées par un « comité de veille et de validation » regroupant les parties prenantes du secteur (association de consommateurs, pouvoirs publics, syndicats, ONG). Ainsi, un objectif comme celui d’assurer une rémunération décente aux salariés ou de réduire les déchets, lorsqu’il aura été contrôlé et validé par les parties prenantes et qu’il sera atteint par plusieurs entreprises concurrentes, fera l’objet d’une communication aux collectivités afin qu’elles puissent intégrer ce critère dans leurs appels d’offres. C’est donc un travail de longue haleine, reposant sur la progression, que propose Yamana aux acteurs publics et économiques, nécessitant une réelle implication de deux univers, publics et privés, qui n’arrivent pas toujours à s’entendre. D’où ce rôle de « facilitateur » qu’entend jouer l’ONG entre clients et fournisseurs. Implantée en Inde, au Maroc, en Afghanistan et en Tunisie, pays producteurs également touchés par la déréglementation du marché international, Yamana a testé son programme en partenariat avec l’OIT, dans un atelier de fabrication de tapis en Afghanistan. Après la mise en œuvre d’un plan d’action concerté avec les parties prenantes locales, les producteurs qui respectent les critères sociaux et environnementaux mis en place se voient attribuer un label local, permettant de valoriser leur démarche. Et espèrent détenir ainsi un atout commercial face à leur grand rival en la matière, le Pakistan.
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