|
Le 22 avril dernier, la tant attendue Commission Nationale du Commerce Équitable s'est réunie pour la première fois, à l'initiative de Chantal Jouanno et d'Hervé Novelli. Les secrétaires d'État, chargés respectivement de l'écologie et du commerce, inauguraient enfin cette instance, près de trois ans après sa création en mai 2007, par décret d'application de la loi du 2 août 2005 en faveur PME. À la veille de la quinzaine du Commerce Équitable (du 8 au 23 mai), les organismes certificateurs saluent cette initiative inédite en Europe, qui vise à leur accorder une reconnaissance officielle. La CNCE, composée des représentants des ministères compétents, des organisations et fédérations spécialisées dans le commerce équitable, des associations de défense des consommateurs et d'organisations de solidarité internationale, a en effet pour mission d'évaluer la conformité des certificateurs vis-à-vis d'un référentiel décliné en 6 critères. Un référentiel exigeant Pour être reconnus par la CNCE, ces derniers devront satisfaire à l'amélioration des conditions de vie des producteurs et à l'appui à leur organisation vis-à-vis des marchés et pouvoirs publics, garantir une totale indépendance (n'avoir aucune activité de production, de transformation ou de distribution de produits équitables), mettre à disposition les informations relatives à leur activité en toute transparence, justifier d'un système de contrôle des producteurs au niveau local, contrôler également les importateurs, et enfin, assurer l'accompagnement des producteurs dans leur organisation. Un référentiel exigeant, que les certificateurs accueillent positivement. Pour Joaquin Muñoz, directeur de Max Havelaar France, « cette reconnaissance officielle va nous offrir davantage de visibilité, et permettre un changement d'échelle du commerce équitable. » Le leader français du commerce équitable a participé aux groupes de travail de la commission, aux côtés notamment de la Plateforme du Commerce Équitable, d'Artisans du Monde, et de l'Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire. « Nous comptons apporter notre expertise dans l'idée de tirer tous les acteurs du secteur vers le haut. » Pour l'heure, pas de visibilité pour le consommateur
D'après Stéphane Comar, fondateur de la coopérative Ethiquable, qui importe, conçoit et commercialise plus de 130 produits labellisés, la reconnaissance des acteurs par la CNCE devrait assainir les pratiques moins-disantes qui ont tendance à alléger les critères de labellisation. « Certains, comme Rainforest Alliance, communiquent sur des pratiques équitables qui ne le sont pas forcément. La CNCE crée justement un cadre pour faire le tri parmi la profusion de labels en tout genre. » Un cadre qui pour l'heure concerne exclusivement les professionnels du commerce équitable, dont les choix stratégiques seront éclairés par cette nouvelle légitimité apportée par la CNCE. Car in fine, le consommateur ne saura pas forcément, au regard de l'étiquette du produit qu'il achète, que celui-ci est « validé » par l'État. « Il ne s'agit pas de créer un énième label, explique Joaquin Muñoz, mais bien de donner une garantie additionnelle aux consommateurs. Cette légitimité officielle va aussi nous permettre de convaincre des partenaires institutionnels, comme les collectivités locales, et de créer plus de débouchés. » Ouvrir la certification à la concurrence
« Créer plus de débouchés », « changer d'échelle », le discours de Max Havelaar inquiète parfois Stéphane Colmar. « Il ne faudrait pas que ces ambitions affaiblissent les critères de labellisation. » Le distributeur espère au contraire que ce nouveau cadre institutionnel « ouvrira la porte à plusieurs certificateurs et suscitera une concurrence positive. » Mais pour Joaquin Muñoz, cette concurrence s'installera justement le jour où le commerce équitable aura pris suffisamment d'ampleur. « On parle d'un secteur microscopique ! Le café équitable, produit emblématique que nous labellisons depuis vingt ans, ne représente toujours que 4% du marché mondial. Il faut vraiment que le commerce équitable sorte de la marginalité. Faisons de la croissance équitable. » « C'est un premier pas » Si tous saluent l'initiative française, chacun souligne toutefois la nécessité de poursuivre l'effort de promotion du commerce équitable. « La représentativité des producteurs dans le processus de certification reste encore trop faible. Or, ils ont aussi leur mot à dire. Par ailleurs, il faudrait passer à l'échelle supérieure et installer une reconnaissance européenne, voire internationale », souligne Stéphane Comar. Un avis que partage Julie Basdevant, de l'organisme de certification Ecocert, bien qu'elle précise : « la commission européenne préfère pour l'instant laisser faire les initiatives privées, pour ne pas freiner la dynamique. Une régulation européenne du commerce équitable n'est donc pas à l'ordre du jours pour le moment.»
|