Un salon pour une autre vision du commerce équitable

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Publié le 28-09-2005

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Equitexpo ouvre ses portes le 1er octobre, sur l'Ile Saint-Denis, pour trois jours d'exposition et de débat, consacrés au commerce équitable. Cet évènement, organisé à l'initiative de l'association Minga a lieu six mois après le Forum national du commerce équitable, organisé lui par Max Havelaar . La juxtaposition de ces deux événements met en lumière les divergences d'approche des acteurs du secteur.

Six mois après le premier Forum national du commerce équitable, organisé par Max Havelaar, une autre grande manifestation dédiée au sujet va se tenir les 1er, 2, 3 et 4 octobre prochain dans l'Ile-Saint-Denis (93). Equitexpo, premier salon international pour un commerce équitable, est organisé par Plaine Commune (communauté de huit agglomérations de Seine-Saint-Denis) et par Minga (association de soutien au développement économique d'un commerce équitable regroupant 70 structures commerciales alternatives).
Sur les 3 000 m2 d'exposition de la Nef de l'île des Vannes, les organisateurs ont réuni une centaine d'exposants (qui représentent 100 millions d'euros de chiffre d'affaire cumulés pour 500 emplois) de différents secteurs d'activités (producteurs de biens et services, structures financières solidaires, médias indépendants, commerçants et distributeurs alternatifs, artisans...) venus de vingt pays différents (Burkina Faso, Colombie, Mali, Italie, France, Brésil, Laos, Népal, Pérou...).
Sept tables rondes des débats, des projections de films, des ateliers thématiques et une soirée festive sont également au programme. Equitexpo, qui espère attirer 15 000 personnes, a réservé les deux dernières journées aux professionnels pour que les commerçants et les collectivités puissent acheter à prix de gros et découvrir les différents acteurs des filières au travers de contacts directs, de débats et d'ateliers.

L'expression d'une crise d'identité

L'organisation de deux événements similaires, en Seine-Saint-Denis, à quelques mois l'un de l'autre est surprenante et fait craindre que la multiplication des actions contribue à brouiller les messages. Cette crainte est balayée avec optimisme par les organisateurs et les partenaires, telle que la DIIES, Délégation interministérielle à l'innovation sociale et à l'économie solidaire qui considèrent qu'il n'y aura jamais trop d'événements pour faire connaître le commerce équitable. A noter que si Minga et Plaine commune espèrent attirer le grand public, Max Havelaar, en avril dernier, avait lui réuni près de 3 000 visiteurs sur deux jours, dont une majorité liée professionnellement au sujet, selon Emmanuelle Cheilan, responsable de la communication.

Alors pourquoi organiser un deuxième événement, dans lequel les acteurs les plus connus du commerce équitable, dont Max Havelaar, ou la plate forme du commerce équitable, ne sont que des partenaires secondaires ? Les acteurs de ce secteur traversent une crise d'identité. Leurs dissenssions portent sur la définition du commerce équitable. Des dissensions sont apparues notamment lors de la tentative (avortée) de publication par l'AFNOR, en mars dernier, d'un fascicule de documentation tenant d'en établir une (lire article lié). Equitexpo apparaît donc comme une opportunité, pour des pensées alternatives, de s'exprimer et de faire réfléchir à ce que commerce équitable veut dire, au sens large. " Max Havelaar a indéniablement permis de faire connaître le commerce équitable, à grand renfort de communication, et ce, entre autres, grâce aux subventions dont il bénéficie, expose Didier Porte, de Minga. Mais aujourd'hui, des pratiques très variées coexistent et l'Etat n'arrive pas à réglementer. Nous, nous défendons la vision d'une démarche économique de filière et non pas une niche commerciale sur une matière première. Le commerce équitable n'est pas un secteur d'activité mais pose des questions de responsabilité sociale et de solidarité, pour plus de justice dans le commerce. "

Minga plaide pour un commerce équitable qui ne soit pas cantonné à une dimension tiers-mondiste Nord-Sud, mais qui s'applique aussi aux producteurs les plus proches, ce qui signifie une remise en cause radicale des règles du commerce national et international. Une vision que Minga sait difficile à faire entendre, alors qu'une loi sur les PME, adoptée pendant l'été 2005, entérine la définition du commerce équitable dans sa dimension de " cause humanitaire ". L'association envisage d'abandonner le terme de commerce équitable, après le salon, pour préférer celui d'économie responsable, ou d'économie juste.

Risque d'une querelle de spécialistes ?

Le salon Equitexpo est donc la vitrine d'exposition d'un courant qui plaide pour une définition plus élargie du commerce équitable. Débats internes ? Max Havelaar, qui se félicite de venir s'expliquer sur ce sujet sur le salon, espère surtout que cela n'ajoutera pas de confusion dans la tête du consommateur, qui commence selon lui a bien connaître le commerce équitable.(74 % des Français connaissent le concept).  Du côté des organisateurs, chacun souhaite que ce Salon n'apparaisse pas comme une querelle de spécialistes, mais comme le moyen de faire avancer la connaissance et la réflexion sur ce sujet très important en montrant sa complexité.

Sylvie Touboul
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