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Polémique autour du document de l'AFNOR sur le commerce équitable

Qu'est-ce que le commerce équitable ? À l'heure où la démarche commence à toucher le grand public, la question cristallise les dissensions entre les organisations pionnières du commerce équitable et les nouveaux arrivants. Invités à se réunir dans le groupe de travail Commerce équitable de l'AFNOR (agence française de normalisation), les acteurs peinent à trouver un consensus. Le 17 mars dernier, l'AFNOR a souhaité valider un fascicule de documentation pour poser les bases du débat. Artisans du Monde et Max Havelaar s'indignent contre ce texte qui définit un commerce équitable au rabais .
Depuis plus de trois ans, une vingtaine de structures (organisations de commerce équitable, entreprises privées, administration et pilotes du projet) travaillent, sous la direction du délégué interministériel à l'économie solidaire, l'UMP Gérard Sarracanie, pour élaborer une norme qui permette d'offrir une garantie aux produits et services issus du commerce équitable. Une concertation accueillie avec enthousiasme par les organisations de commerce équitable, inquiètes du nombre d'entreprises privées qui utilisent le terme à des fins marketing et s'autoproclament " acteurs du commerce équitable " sans autre forme d'engagement. La grande distribution aussi s'intéresse de près à cette normalisation ; le commerce équitable est en passe de devenir un élément majeur de leur communication. Enfin, le gouvernement voudrait en faire une de ses priorités puisqu'aucun texte officiel ne définit encore la démarche et que la France compte bien s'imposer comme pionnier.
Quinzaine du commerce équitable
La cinquième quinzaine du commerce équitable a lieu du 30 avril au 15 mai. Organisée dans toute la France, elle est destinée à mieux faire connaitre cette forme de commerce au grand public. Pour connaitre la liste des évènements organisés, consulter les sites liés.
La définition du commerce équitable à laquelle a abouti le groupe de travail de l'AFNOR ne convainc pas toutes les parties. Les organisation pionnières du commerce équitable, à l'origine du concept il y a trente ans, s'inquiètent des insuffisances du fascicule de documentation. Dans une lettre adressée au délégué interministériel aux normes, Pierre Valla, la Fédération Artisans du Monde, certains membres de la Plate-Forme pour le commerce équitable et Max Havelaar s'opposent à la parution du fascicule. " Nous regrettons que le texte n'impose pas la présence d'au moins une organisation de commerce équitable, c'est-à-dire d'une structure dont la mission première est le commerce équitable, dans toute démarche de commerce équitable" explique Victor Ferreira, directeur de Max Havelaar France. "Selon le fascicule, le garant de la démarche de commerce équitable sera le premier acheteur. Or le travail des organisations de commerce équitable consiste justement à protéger le producteur face à l'acheteur ". Les associations s'inquiètent également, dans cette lettre, que le texte ne prenne pas en compte le " nécessaire partenariat avec des producteurs ou travailleurs organisés (et donc non pas de simples individus) ou engagés dans un processus d'organisation, condition indispensable à l'existence d'un véritable processus de développement ". Victor Ferreira renchérit : " Notre but est d'aider les producteurs à s'organiser, pour qu'ils puissent accéder à leur propre autonomie. Sinon nous restons dans l'assistanat ". Troisième point que dénoncent les organisations : la timidité du texte en matière d'accompagnement des organisations vers l'indépendance, et la réduction des missions d'éducation et de développement à une simple sensibilisation. Ainsi, l'accent serait mis sur le prix juste, en négligeant la mission sociale du commerce équitable.
Face à ces critiques, Gérard Sarracanie se dit plutôt confiant : le Ministre aux petites et moyennes entreprises, Christian Jacob, a dépêché le député UMP Antoine Hertz pour rencontrer les différents acteurs et arrêter une décision sur la validation du fascicule avant la fin juin. " On peut être à droite et croire au commerce équitable et au développement durable ", se défend Gérard Sarracanie. Le commerce équitable, né à gauche dans les mouvements altermondialistes, deviendra-t-il un argument de l'actuelle majorité ? Affaire à suivre.
Gaëlle Bohé
Mis en ligne le : 27/04/2005
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