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NAPCE : convertir les consommateurs au commerce équitable

Planète \Mondialisation \Commerce équitable

Publié le 21-04-2003



En Loire-Atlantique, 100% des hypermarchés et 80% des supermarchés proposent à leurs clients au moins un produit issu du commerce équitable. Parmi les catalyseurs de cette situation, l'association NAPCE, Nantes Agir Pour le Commerce Equitable. Depuis cinq ans, ses membres sillonnent le département pour vanter les mérites d'un commerce alternatif. Quel que soit le public visé, le leitmotiv reste le même : éduquer le public, pour lui apprendre à mieux consommer. Sur le terrain, l'action porte ses fruits.

Nantes Agir Pour le Commerce Equitable n’était pourtant pas faite pour durer. En 1998, dans le cadre de la campagne « Exigez des produits équitables », un groupe de militants fonde NAPCE, avec le soutien de l’antenne française du label de commerce équitable Max Havelaar, du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) et d’Ingénieurs Sans Frontières. Devant le succès de la campagne en Loire-Atlantique, ils décident ensuite de pérenniser la structure. Cinq ans plus tard, NAPCE regroupe en son sein une dizaine d’associations et 70 particuliers, militant pour une économie mondiale plus solidaire. Le budget de l’association se partage entre cotisations, dons, subventions publiques et prestations diverses (animations, etc.).

Eduquer les consommateurs, séduire les commerçants

NAPCE se veut une association de promotion et d’éducation. « Notre but est de développer les ventes de produits équitables : de plus en plus de producteurs du Sud rejoignent ce mouvement, mais les ventes ne suivent pas, surtout en France », confie Mélanie Renou, animatrice et chargée de communication de NAPCE. L’association oriente donc son action suivant deux axes principaux : développer le référencement de produits équitables par les commerçants, prélude incontournable ; puis, développer l’appétit du public pour ces produits.

Afin de séduire les commerçants, le démarchage demeure une arme privilégiée. Chaque année, les militants de NAPCE sillonnent le département et recensent les produits équitables disponibles, ainsi que leurs points de vente. « Nous sommes régulièrement contactés par des clients déçus de ne pas trouver de produits équitables dans leur magasin », confie Mélanie Renou. Après un courrier liminaire, les membres de l’association accompagnent le client à la rencontre du directeur de magasin ou du chef de rayon, pour lui présenter les produits équitables existants et le mettre en relation avec les fournisseurs appropriés.

« Tous les commerçants acceptent de mettre les produits au moins une fois en rayon, pour voir. Par contre, si les ventes ne suivent pas, il ne faut pas se leurrer : ils les retireront », avoue Mélanie Renou. Pour garantir des volumes de ventes suffisants, NAPCE organise des animations en magasin, présentant aux consommateurs des produits pas forcément mis en valeur. Les techniques de promotion des ventes au service de la solidarité : l’antinomie semble évidente, mais l’efficacité est au rendez-vous. En sachant où va vraiment leur argent, les clients sont souvent prêts à payer un peu plus cher.

« Le taux de notoriété du commerce équitable auprès du grand public en France est passé de 9% à 32% entre 2000 et 2002, et la Loire-Atlantique se place en deuxième position derrière la région parisienne », explique Mélanie Renou. « Du coup, la demande augmente, et les commerçants veulent suivre », poursuit-elle. De fait, 100% des hypermarchés du département (contre 80% au plan national) et 80% des supermarchés (contre 40%) référencent des produits équitables. La grande distribution propose essentiellement café, thé ou cacao. Monoprix, les Galeries Lafayette ou Biocoop étendent leur offre aux sucre, riz, bananes, jus d’orange ou miel, labellisés ou émanant d’entreprises éthiques comme Alter Eco.

L’éducation des jeunes, un enjeu capital

Pour l’association nantaise, l’éducation est en tout cas la clé du combat. « Aujourd’hui, les consommateurs ne font qu’un achat occasionnel de produits équitables : notre but est d’en faire une véritable habitude de consommation », souligne l’animatrice de NAPCE. C’est pourquoi, l’association entend informer les consommateurs de demain, les enfants. D’ailleurs, dès aujourd’hui, leur rôle de prescripteur auprès des parents va croissant, et leur sensibilisation revêt d’autant plus d’importance qu’ils deviennent des relais d’opinion, dans leur famille, leur école et au-delà. NAPCE intervient dans les établissements scolaires, sur demande de ces derniers : « les professeurs incluent de plus en plus les problématiques de développement durable dans leur enseignement », explique Mélanie Renou.

En partenariat avec l’association « Permis de jouer », NAPCE a ainsi créé le « Jeu du consomm’acteur ». Destiné aux classes du CM1 à la 4ème, ce jeu de rôle en six étapes met en scène deux enfants du Guatemala, entraînant les joueurs à la rencontre des producteurs locaux. Ce support permet une prise de conscience ludique des responsabilités du consommateur. Profitant de l’intérêt suscité, les intervenants mettent aussi en avant le collectif « De l’éthique sur l’étiquette », expliquant aux élèves que les vêtements ou chaussures de marque dont ils sont friands sont souvent fabriqués par des enfants de leur âge.

« Les enfants sont les plus motivés pour faire changer les choses. Chez les adolescents, on sent déjà poindre une touche de fatalisme ; ils se disent qu’ils ne peuvent rien faire, même s’ils sont conscients des inégalités », poursuit l’animatrice. De fait, au-delà de la 4ème, les intervenants utilisent des vidéos et des transparents, plus explicites. Mais NAPCE s’adresse aussi aux étudiants plus âgés, notamment ceux que leur activité professionnelle amènera à participer au commerce mondial de demain : étudiants en BTS Force de vente, Communication ou Action commerciale, qui participent régulièrement à des animations en magasins. L’objectif avoué est d’ancrer chez eux les valeurs de commerce équitable. Mais NAPCE ne démarche pas les écoles : « pour l’instant, le bouche à oreille fonctionne bien », concède Mélanie Renou. Et aller plus loin impliquerait de disposer de plus de moyens, notamment humains, pour aller porter la bonne parole.

Un succès à entretenir

Forte de ces succès, l’association aimerait mettre en place un Observatoire local du commerce équitable, chargé de recenser les produits et les magasins qui les référencent, et de suivre l’évolution des ventes. Mais NAPCE souhaite également s’imposer, à terme, comme véritable centre de ressources sur le commerce équitable. « Des collégiens, des lycéens, et même des thésards viennent déjà nous demander des informations. Nous leur en donnons, mais nous aimerions aller plus loin et proposer des prêts d’ouvrages, de vidéos », anticipe Mélanie Renou.

David Martin (Filigrane Press)
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