Les retombées du commerce équitable, l'exemple du jus d'orange brésilien

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Publié le 28-01-2004

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Quand vous achetez nos jus d'orange en Europe, vous nous donnez les moyens de réparer les injustices sociales que le système économique brésilien n'est pas capable de corriger de lui-même, et que vous ne soupçonnez même pas explique Elza Grade, chargée des programmes sociaux dédiés aux ouvriers agricoles cueillant des oranges équitables dans la région de Paranavai, près de Sao Paulo. Ce programme, intitulé Sucos Justos (Jus Equitables) est certifié par la FLO. Les jus sont commercialisés en Europe sous le label Max Havelaar.

En France, le marché du jus d'orange équitable est encore embryonnaire. Seules 126 millions de tonnes s'y sont consommées en 2003, alors que les Suisses en avaient déjà acheté plus de 874 millions de tonnes l'année précédente. Dans l'exemple du projet Sucos Justos, chaque tonne de jus écoulée en Europe permet de verser directement 100 euros dans un fonds qui permet de garantir aux ouvriers agricoles des conditions de travail et de rémunération décentes. Il finance également des actions sociales bénéficiant au développement de la communauté sur le long terme. Un directoire, qui rassemble des délégués syndicaux, des propriétaires terriens et les dirigeants des pressoirs de jus d'orange, veille au respect des engagements nécessaires à la certification FLO (Fairtrade Labelling Organization). Il décide de l'allocation des fonds sociaux. Sucos Justos est un modèle, et les autres coopératives brésiliennes du jus d'orange s'en inspirent pour se développer petit à petit de manière similaire.


Accéder aux soins


Dans les plantations brésiliennes des grandes cultures (café, sucre, oranges, etc.), les problèmes sont plus ou moins toujours les mêmes : les ouvriers travaillent "au noir", sans protection et n'ont pas les moyens de consulter un médecin en cas de besoin. Ils gagnent des salaires de misère de l'ordre de 300 reais (100 euros) par mois or une récente étude menée par le gouvernement fédéral brésilien montre qu'aujourd'hui, 800 reais suffisent à peine pour survivre. Les avancées permises par le commerce équitable s'illustrent donc très concrètement sur le terrain. " Je suis passée du statut de boia fria à celui de travailleur salarié. Et ça a changé ma vie " explique ainsi Adriana Bois de Almeda, 34 ans. " Et je me soigne désormais, parce que la communauté bénéficie d'un service médical et dentaire " ajoute-t-elle. En effet, chaque cueilleur de la communauté possède un contrat et dispose ainsi d'une assurance santé. Il cotise pour sa retraite. Il gagne un salaire minimum correct. Des services simples, mais réguliers. Les programmes éducatifs permettent également aux ouvriers agricoles d'envisager plus sereinement l'avenir : faire de l'artisanat (tricot, vannerie), se mettre à leur compte, développer les revenus du foyer.


Un système satisfaisant pour tous


Les patrons apprécient également le système, alors qu'il semble, a priori,  plus contraignant pour eux. José Antônio Fernandes, Président de la société rurale du Noroeste Parana, région où est implantée une coopérative équitable explique : " Le prix du panier d'oranges est bas. Sans les mécanismes du commerce équitable, et si les agriculteurs voulaient payer plus et assurer un meilleur encadrement des ouvriers, l'activité ne serait pas rentable. Il n'y aurait donc même pas d'activité. " Pour lui et les propriétaires locaux, le commerce équitable permet d'enclencher un cercle vertueux de vitalité économique : " Déjà, nous connaissons à l'avance les prix planchers. Nous savons donc où nous mettons les pieds. Les conditions de travail sont meilleures. Par rapport à d'autres activités agricoles de la région, nous recrutons plus facilement, l'absentéisme est très bas. Je pense qu'il faut aussi reconnaître que grâce à un suivi médical régulier, nos ouvriers ont une meilleure productivité à la cueillette. C'est très clair, et cela se fait pour le plus grand intérêt de nos acheteurs occidentaux, auxquels nous fournissons un service de qualité. Enfin, le commerce équitable nous éduque tous, en nous incitant à mieux nous préoccuper de l'environnement. C'est nouveau pour nous et pourtant tellement important pour l'avenir de nos terres. Le commerce équitable nous tire vers le haut. "


Un autre avenir que la favela


Selon les principes du commerce équitable, résumés dans le slogan " Fair trade, not aid (du commerce équitable, pas de l'assistanat) ", les cueilleurs d'oranges sont fiers de bénéficier de telles retombées grâce à leur travail. Sydney Rodriguez da Silva, 36 ans et responsable d'équipe, explique : " On travaille dur dans les plantations, de l'aube jusqu'à la nuit tombante. Sentir qu'il y a un retour plus juste de l'effort c'est motivant pour nous, mais aussi pour nos proches. Sans ce système, nombre de familles ici seraient déjà parties en ville pour chercher du travail. Et la favela, c'est bien le dernier endroit où je souhaite voir grandir mon fils. "

Farid Baddache
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