Les producteurs haïtiens de café équitable

Planète \Mondialisation \Commerce équitable

Publié le 02-05-2003

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Max Havelaar France

Ce dimanche à Thiotte, ville perchée dans les mornes (montagnes) haïtiennes du Sud Est, les paroissiens, femmes chapeautées, filles en robe de satin frais et jeunes hommes guitares en bandoulière, remontent la rue, bordée de végétation, vers une des nombreuses églises communautaires. Ce flux ne perturbe pas un instant  le groupe d'hommes en train de charger un camion de café. Cent soixante sacs du groupement doivent rejoindre l'usine de tri et de séchage de la FACN, à Tom Gato, à sept d'heure de route d'ici. La moitié du chargement sera vendu aux consommateurs européens et japonais sous le label Max Havelaar. Compte tenu de la dévaluation de la gourde (55 gourdes valent un euro) les paysans haïtiens obtiennent  par ce biais un pouvoir d'achat supérieur aux autres. 200 000 producteurs, petits paysans pour la plupart, tirent du café 15 à 20% de leurs revenus agricoles.

" Avec le prix d'chat de Max Havelaar, (1,24$ la livre au lieu de 0,50 $ au cours mondial, j'ai pu acheter engrais et insecticide " (produits difficiles à se procurer début 2003), rapporte Ernst Mondésir. L'aubergiste, grand propriétaire avec ses 25 hectares, loue sa cour de séchage et son hangar aux autres producteurs et représente pour eux un exemple de réussite. 

Quelques centaines de mètres plus haut, au village de Fatima debout devant le tout nouveau centre de lavage, dépulpage et premier séchage du groupement de l'association Apcab, un des responsables, Espérido Merisier, souligne les bienfaits du contrat avec Fair trade labelling organisation.  Cette association travaille depuis trois ans avec l'organisme de contrôle et de mise en relation entre importateurs et producteurs liée au label Max Havelaar. Ce père de six enfants explique " Je peux payer l'école à mes enfants, et, j'avoue que je mange mieux qu'avant. " Il rêve lui aussi d'améliorer la  valeur de son " jardin de café " et placer de nouveaux plants. " Ma vie a complètement changé, ajoute Luc, une personne de sa famille, exploitant 5 hectares. "La livre de café vendu localement à 3 gourdes c'est fini ! Imaginez ! Maintenant ça vaut la peine de s'occuper de la plantation : les enfants suivent l'école et ce n'est plus difficile d'aller au marché pour acheter quelque chose que je veux. "

Au village de Platon Cède, atteint au terme d'un voyage cahotique sur une route où affleurent les rochers de la montagne, une école publique a été construite. Si un enfant sur trois n'est pas encore scolarisé, cinquante-cinq écoliers se serrent actuellement sur une planche en guise de banc dans l'établissement neuf, en face de deux instituteurs encore sous-payés. Mais les exploitants comptent bien améliorer la situation. En tous cas, Silfana et André Prisner qui habite maintenant une maison en béton et non plus paille, n'ont plus à envoyer leurs enfants à Thiotte, à deux heures de marche. D'autres se sont offerts un logement à Port au Prince pour les études des plus grands. Dans d'autres groupements, on envisage des cours d'alphabétisation pour les adultes ou on aide l'hôpital à s'équiper.

Les exploitants soucieux de conserver le marché du commerce équitable, tentent d'améliorer qualité et quantité. Un conseiller technique, dépêché par une ONG américaine, forme et motive les responsables des centres de séchage pour ne pas faiblir sur la bonne maturité du grain, ni sur la propreté des bassins de fermentation. Mais, difficile d'agir contre les pertes dues aux insectes nuisibles ou au séchage difficile, en saison humide. Pour y remédier  des centres de lavage associatifs supplémentaires sont prévus. Grâce à une prime du commerce équitable de 35 000 gourdes l'an passé,  Fatima a pu s'offrir cela. Les stratégies évoluent aussi. La dernière assemblée générale des producteurs a décidé de concentrer le montant des primes sur une région plutôt que de les saupoudrer. Quant à l'usine de tri, elle doit ainsi s'agrandir  en 2003 tandis qu'une participation dans le capital d'une nouvelle usine de torréfaction pour la consommation locale, produit ses premiers effets : elle fonctionne depuis mars. Un exploit en pleine période de dépression du secteur manufacturier !

Gwenaël le Morzellec
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