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Inde : une ONG lie le recyclage au commerce équitable

Planète \Mondialisation \Commerce équitable

Publié le 19-09-2007



Conserve, une ONG fondée par un couple d'indiens, fait travailler 300 familles de New Delhi au recyclage de sacs plastiques, transformés en accessoires de mode. L'objectif est double : améliorer les conditions de vie des habitants des bidonvilles et dépolluer les rues. La technique développée pour l'occasion est en cours de brevetage et pourrait être étendue à d'autres villes des pays émergents.

« La meilleure ressource de l’Inde, ce sont ses hommes et ses femmes », affirme Ranjan Mathai, ambassadeur d’Inde à Paris. Anita et Shalabh Ahuja en sont un bon exemple. Elle est designer autodidacte, lui ingénieur, et il y a neuf ans ils se sont lancés dans la création d’une entreprise de compostage à New Delhi. Ils entrent alors en contact avec les populations des bidonvilles alentours, qui ramassent les ordures ménagères dans les dépotoirs pour les revendre à des usines d’incinération. « Ce sont les plus pauvres des pauvres que j’ai jamais rencontrés » raconte Anita. Grâce à elle, pourtant, et à l’ONG Conserve India qui nait en 1998, ils le deviendront moins. Rapidement, les Ahuja se trouvent confrontés à un problème majeur : le recyclage des cinq millions de tonnes de matières plastiques rejetés par an à Delhi. Ils souhaitent aussi apporter une aide à la population. « Nous avons voulu combiner les aspects sociaux et environnementaux dans notre projet, explique Anita, mais ça n’a pas été simple ». Conserve décide de se focaliser sur le recyclage du plastique, et d’offrir aux ramasseurs d’ordures une rémunération au kilo trois fois plus élevée que les autres grossistes.

Le recyclage comme source d’inspiration

Shalabh cherchera longtemps un moyen de revaloriser ces déchets plastiques. En 2003, Bishee Wallace, une stagiaire britannique, développe une technique qu’elle baptise Handmade recycled plastic (HRP). Le principe, en cours de brevetage, est basé sur la compression de sacs plastiques, pour donner des feuilles épaisses mais souples. Un nouveau destin pour les déchets, et une nouvelle source d’inspiration pour la styliste. Anita l’utilise non seulement pour faire des sacs, mais aussi des colliers, des tongs, et des objets de décoration en tous genres. Elle affirme qu’on peut réaliser « n’importe quoi » avec ces plaques. C’est lors d’un salon professionnel que la Compagnie du commerce équitable (CCE), qui travaillait déjà avec l’Inde pour fabriquer des tissus 100% bio, découvre l’ONG. Article.23:, la filière de mode éthique de la CCE, propose une collaboration au couple. Son styliste Adam Love dessine alors des modèles de sacs, que Conserve réalise de A à Z. « Les prototypes étaient parfaits du premier coup, assure Elodie d’Andrea, responsable filière du CCE et chargée de collection pour Article.23:. Un résultat bien meilleur que dans de nombreuses autres usines en Inde ». Les Ahuja ont pourtant dû se battre avant d’arriver à ce résultat. Il a fallu en effet former les employés, 300 familles travaillant à domicile. Les nombreux dialectes indiens ont en outre été un obstacle : une même couleur peut se traduire de quinze façons différentes. On a donc donné des codes aux couleurs des sacs à ramasser. Les collecteurs ont également été sensibilisés à l’importance du port de masques et de gants, et formés pour distinguer les différentes sortes de plastiques… selon le bruit qu’ils font ! Une douzaine de personnes ont été spécialement formées pour réaliser le contrôle qualité des produits en bout de chaîne.

Développement

Shalabh explique qu’au départ, leur plus grand défi était de convaincre les autorités. Le projet de déplacement des bidonvilles hors de Delhi a notamment menacé le projet. « Notre activité a été considérée comme tiers-mondiste. On a pourtant prouvé que c’était rentable économiquement et socialement ». Les bénéfices sont réinvestis dans des écoles pour les enfants du quartier et dans des centres de formations. Conserve souhaite bientôt évaluer les crédits carbone économisés par objet produit, et les indiquer sur leurs créations. Mais un nouveau défi attend surtout Shalabh et Anita : celui de l’expansion. Après avoir longtemps cherché un partenaire de confiance, le couple a rencontré Best Seller, une entreprise de design danoise aux valeurs identiques aux siennes. « D’ici deux ans, on espère employer 1500 familles » explique Anita.
Autre projet, celui de l’ouverture d’une école à Delhi, qui accueillerait des entrepreneurs du monde entier, pour les former au concept “Conserve”. « Nous voulons partager nos connaissances, car le principe est applicable dans la plupart des villes, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, estime Anita. Nous ne pourrions pas gérer plusieurs villes à nous deux. Sans les bénévoles indiens et européens, nous n’en serions pas là aujourd’hui ».


L’exposition “Mode éthique recyclée – Design by Conserve” chez Alter Mundi présente les sacs à main produits par l’ONG.
41 rue du Chemin vert
75011 Paris

Rouba Naaman
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