Guatemala : vers une reconstruction équitable ?
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Publié le 06-02-2004
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Solidar'Monde est la centrale d'achat des produits Artisans du Monde
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Le Guatemala produit 3,2 % du café mondial. Pourtant les inégalités entre les cultivateurs sont criantes : 10 % des producteurs détiennent 80 % du marché, le reste étant partagé entre 40 000 exploitations familiales souvent indiennes. Pour survivre dans ce contexte de guerre civile larvée, les Indiens tentent de construire des coopératives, et se tournent vers la solidarité internationale. Focus sur quelques initiatives.
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Premier pays à avoir exporté du café " équitable " en l'Europe en 1973, le Guatemala peine à généraliser cette pratique. Les ONG étrangères sont soumises à la pression des ladinos -métis d'origine espagnole, lointains descendants des conquistadores, ils exercent majoritairement le pouvoir économique- qui souhaitent éviter la mise à jour des conditions de travail qu'ils imposent à leurs employés et des inégalités qui en résultent. Aussi, peu d'organisations populaires ou de syndicats ont pignon sur rue. " Le banditisme semble avoir remplacé le conflit armé, constate Michel Besson responsable chez Andines, importateur français de produits équitables. Il est parfois difficile pour nos représentants de travailler dans ce pays. " En témoigne l'enlèvement récent du correspondant d'Andines au Guatemala Olivier Barouk et de son épouse Sonia Jimenez, qui pour l'heure n'ont toujours pas été retrouvés.
| Un pays divisé |
| Le Guatemala, République d'Amérique centrale de plus de treize millions d'habitants, se remet difficilement d'une guerre civile qui a duré trente-six ans, et engendré 150 000 morts et 100 000 expatriés. Les accords de paix signés en 1996 laissent un pays dévasté et divisé. Les ladinos, métis espagnols qui parlent le Catalan et rejettent les valeurs indigènes, détiennent l'ensemble du pouvoir politique. Alors que les autochtones d'origine Maya, la majeure partie de la population répartie en vingt-deux ethnies, sont pour la plupart paysans ou artisans et connaissent une grande pauvreté. |
Améliorer les conditions de vie des Mayas
Malgré ce contexte tendu, certaines associations ont réussi à se développer et à s'imposer. C'est le cas de Chajulense Va'l Vaq Quyol, fondée en 1988 et reconnue par le gouvernement en 1990. L'association, située au cœur des montagnes de la province de Quiché, vise à améliorer les conditions de vie de la population locale maya-Ixil. Elle comprend 2500 membres et représente 15 000 personnes issues de 48 communautés différentes. Parmi ses activités, on peut noter une pharmacie communautaire, un atelier de tissage, un magasin offrant des produits de première nécessité à des prix contrôlés, une boulangerie, un moulin et la production de café biologique. Chajulense Va'l Vaq Quyol est inscrite au registre FLO (Fair Trade Labelling Organisations, dont est membre Max Havelaar) et vend une partie de sa production en France à la centrale d'achat de commerce équitable Solidar'Monde.
Stabiliser les prix, ouvrir à l'international
Cette association française de solidarité et le label Max Havelaar travaillent également avec la Fedecocagua, la Fédération de Coopératives Agricoles de Producteurs de Café de Guatemala. Cette fédération de plusieurs coopératives regroupe environ 20 000 producteurs, dont 6000 femmes. Elle produit principalement du café destiné à l'exportation (dont 90 % en Europe), mais aussi des fruits et légumes pour sa propre consommation. Créée en 1968 dans un contexte de guerre civile, la Fedecocagua cherche à stabiliser les prix au niveau local et à s'ouvrir aux marchés internationaux en évitant les intermédiaires peu scrupuleux. Elle a une certaine influence sur la République du Guatemala : son ancien directeur général, José Angel Lopez a été nommé en juillet 1998 Vice-Ministre de l'Agriculture. " Notre collaboration avec des coopératives comme Chajulense Va'l Vaq Quyol ou la Fedecocagua est essentielle, explique Dominique Granger à Solidar'Monde. Car le Guatemala est un des pays les plus pauvres d'Amérique Centrale. " Pourtant, la plate-forme a dû cesser ses activités avec la Coopération pour le Développement Durable de l'Occident (CDRO), qui n'arrivait pas à tenir les rythmes de production. Créée en 1984 à Totonicapan dans la province de Quiché par plusieurs chefs de communautés de l'ethnie Maya-Quiché, la CDRO fonctionne autour d'un Conseil d'Administration qui gère huit programmes : promotion de la ferme, agriculture, santé, éducation, consommation, infrastructure, service social et artisanat.
Soutenir le développement rural
La CDRO cherche à soutenir le développement des communautés rurales par la participation : sur les 700 adhérents, 650 ont une activité de travail artisanal manuel. L'importateur français Andines travaille lui aussi avec une quinzaine d'associations guatémaltèques, ce qui représente en moyenne 200 personnes dont vingt-cinq emplois à temps plein. L'entreprise française réalise 200 000 euros par an de chiffre d'affaires en entretenant des rapports de confiance avec les producteurs. Coopératives locales ou entreprises internationales, ces initiatives encore diffuses ne sont qu'une goutte d'eau face au travail qu'il reste à réaliser.
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Gaëlle Bohé
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