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En un an, le cours du café (on pourrait aussi parler du cacao) a doublé. Il atteint, fin février, 2,7 $ la livre et le cap psychologique des 3 $/livre pourrait être dépassé dans les prochaines semaines. Malgré les apparences, un tel prix ne fait pas le bonheur des coopératives de producteurs de commerce équitable : « d’une manière générale, la volatilité à la hausse ou à la baisse pose des problème sur les produits agricoles », constate Christophe Roturier, directeur délégué de Max Havelaar France.
Bien sûr, les producteurs n’ont plus à se battre pour se faire payer un prix qui couvre leurs coûts de production. Le prix minimum garanti, pierre angulaire du commerce équitable, est largement dépassé (1,50 $ la livre + 0,12 $ de prime de développement). Dès lors, tout acheteur équitable s’acquitte, auprès de la coopérative, du prix du marché auquel s’ajoute la prime de développement1. Mais la volatilité des cours déstabilise les relations entre les producteurs et leur coopérative. Les intermédiaires, ceux qu’on appelait les « coyotes » ont refait leur apparition et proposent des prix alléchants en payant cash. Certains succombent à la tentation d’une vente rapide, juste avant la récolte, alors que leur trésorerie est au plus bas, sans avoir de visibilité sur les prix réels. Le prix du café est en effet fixé sur un marché à terme, où le cours du jour s’applique au café qui sera livré dans trois mois. Cela avantage les intermédiaires en période de hausse, qui ont tout le temps de revendre plus cher ensuite, en répercutant l’augmentation de la Bourse.
Coopératives en péril
Résultat, beaucoup de coopératives ont du mal à assurer leur approvisionnement et honorer les commandes de leurs acheteurs. « Les coopératives sont sous tension », alerte Christophe Eberhart, cogérant d’Ethiquable, entreprise qui distribue sous sa marque des produits équitables en grande distribution. « Elles ne doivent surtout pas fixer leur prix d’achat aux producteurs membres tant que le café n’a pas été livré et stocké ». Une condition qui limite le risque d’être dépassé par le rythme de hausse et de voir les producteurs se détourner vers un autre acheteur. La coopérative n’est pourtant pas un simple acheteur : le système Max Havelaar impose aux producteurs l’obligation de s’organiser en coopératives, parce qu’elles apportent des services techniques et une organisation collective apte à défendre les intérêts de ses membres sur le marché. Mais les logiques individualistes persistent : « Quand on est paysan sur des cultures de rente au Pérou, on garde le réflexe de faire du gras en prévision des vaches maigres », décrit Christophe Eberhart. « Les coopératives qui ont acquis une certaine maturité tiennent le coup, mais ses dirigeants en parlent comme s’ils étaient en guerre », ajoute-t-il.
Des propositions de régulation
« On ne peut pas parler de crise de notre modèle, estime Christophe Roturier, mais cela nous incite à être plus présent sur le renforcement de l’autonomie des coopératives, afin que les producteurs soient le plus possible maîtres de leur destin. » Un constat dans lequel se retrouvent les entreprises comme Ethiquable ou Alter Eco. Au moment où Nicolas Sarkozy a fait de la régulation des marchés des matières premières agricole l’axe prioritaire de sa présidence du G 20, Christophe Roturier estime que la lutte pour la transparence est la principale priorité : « l’évaluation des stock est centrale pour réguler l’offre et la demande et donc le prix. Or aujourd’hui, il n’y a aucune transparence sur ces stocks. » Il en appelle aussi à une plus grande transparence des entreprises et notamment les multinationales sur leurs pratiques tout au long de la chaine « car le jour où tout sera transparent, le consommateur pourra vraiment s’y retrouver ».
En bout de chaîne, Ethiquable et Alter Eco subissent la spéculation et ont du passer des augmentations de prix dans les négociations de référencement avec la grande distribution. Un exercice difficile qui les a surtout obligé à revoir leurs propres marges à la baisse, alors que les ventes de produit équitable ont quasiment stagné en 2010. Un cas inédit depuis l’apparition des produits équitables en grande distribution.
1. Dans la réalité, des entreprises comme Alter Eco ou Ethiquable s’acquittent non seulement du prix équitable et de la prime, mais aussi d’un supplément de prix pour la certification bio et un autre pour la qualité du café ce qui les place bien au-delà du prix du marché.
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