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Tapis Rouge. C'est dans ce lieu parisien au nom emblématique que s'est tenue la troisième édition de l'Ethical Fashion Show. Sur trois étages desservis par un majestueux escalier en bois verni, orné de rideaux de velours grenat, les visiteurs,
Artisans du Monde passe à l'offensive
Les objectifs de la nouvelle stratégie de la Fédération Artisans du Monde, décidés en assemblée générale il y a quelques mois, et présentés le 17 octobre, se veulent à la hauteur de la notoriété grandissante du commerce équitable. 85 magasins supplémentaires d'ici 2009, modernisation de l'image et de l'aménagement des boutiques (abandon du style "caverne d'Ali-Baba" au profit d'un design contemporain et très lumineux, éco-conçu), implantation plus centrale des boutiques existantes, politique de développement de l'emploi (80 % des associations dotées d'une personne salariée d'ici 3 ans), formation accrue des bénévoles, augmentation de l'offre produit pour illustrer la notion "d'équité au quotidien", entrée de deux nouveaux actionnaires distributeurs alternatifs, l'italien CTM-Altromercato et le français Biocoop... Cet acteur trentenaire historique du commerce équitable aborde un tournant historique. Revendiquant son choix de ne pas distribuer de produits en grande distribution, la Fédération entend tout de même augmenter sa clientèle pour offrir des débouchés supplémentaires aux petits producteurs et devenir un véritable commerce de proximité.
professionnels ou amateurs, ont pu découvrir trois espaces dédiés à des créateurs soucieux des conditions de travail comme de l'impact environnemental de la mode avec cinq déclinaisons : couture, prêt-à-porter et accessoires, détente et mode enfant. Cette année, la mise en scène évoquait un musée, dédié à la créativité et à l'ingéniosité, où des robes somptueuses faites à partir de textiles recyclés côtoyaient des panneaux explicatifs sur la laine. Un effort a aussi été fait sur la signalétique. A côté de chaque stand, un petit présentoir indique la nationalité de la marque, et son positionnement : commerce équitable, projet social, savoir-faire artisanal... De quoi alimenter une conversation assez passionnante sur les engagements et les vision avec les créateurs présents . Côté Français, on constate la joie de certains à être toujours là, tels Seyes, Naskigo, Ideo, A-Typik, Veja, Tudo Bom (qui a reçu le nouveau prix La Redoute et aura donc un modèle vendu dans le catalogue). De nouveaux créateurs font leur apparition : Art. 23, marque de la Compagnie du commerce équitable, qui vient d'ouvrir Alter Mundi mode, rue de Rivoli. Il propose des vêtements en coton bio issu du commerce équitable. Il y a aussi Capalongas, et ses beaux vêtements en tissus issus de stocks d'entreprises au Philippines qui propose travail et conditions de vie plus décentes à des ouvrières de Manille... Bio, équitable, éthique, artisanal, ethnique, responsable : trois ans après sa création, l'Ethical Fashion Show offre toujours une explosion d'idées, un concentré d'envies d'agir pour un monde meilleur, par des biais différents, comme si chacun prenait sa part des problèmes liés aux modes actuels de production de nos vêtements. La visibilité de ce marché de niche augmente et suscite admiration, interrogations, voire inquiétudes à la hauteur de la fragilité que lui confère, paradoxalement, sa belle notoriété.
Le commerce équitable est-il soluble dans l'industrie de la mode ?
Un document de réflexion participatif, paru en septembre 2006, pose la question : " Le commerce équitable peut-il apporter des solutions à l'industrie du vêtement ? ". Maquila Network Solidarity, organisation militante canadienne oeuvrant à l'amélioration des conditions de travail dans les usines textiles (au Mexique, en Amérique centrale et en Asie), livre quelques pistes sur les risques d'image encourus par la venue sur le terrain du textile du commerce équitable. Ce ne sont pas à proprement parler les artisans et petits créateurs de l'Ethical Fashion Show qui sont visés (quoique le rapport épingle la manifestation en évoquant quelques auto-déclarations fantaisistes). Sont visés ceux qui commencent à emprunter un dangereux raccourci entre matière première produite dans les conditions du commerce équitable (seul le coton est dans ce cas à l'heure actuelle) et processus de fabrication " équitables ", ce que personne ne peut garantir aujourd'hui. Une garantie que certaines petites marques françaises, présentes à l'Ethical Fashion Show, aimerait bien authentifier, par le biais d'audits. La réflexion est en cours. Pour les organisations anti-sweatshops, tel Maquila, qui se battent depuis des années pour faire améliorer les conditions de travail et de vie dans les usines travaillant pour les grandes marques de vêtements ou de chaussures, le marché de la mode équitable montre qu'une alternative est possible. Celle-ci peut-elle pour autant rendre plus éthique les pratiques générales du secteur ? Les rumeurs d'un label figurant sur un vêtement dit " équitable ", alors que la filière ne peut-être garantie " équitable " et encore moins "sweat-free" dans le cadre d'une production de masse inquiètent. La récupération de cette appellation par des grandes marques de distributeurs, tels La Redoute (qui parle d'une "collection éthique" avec Max Havelaar) ou Ricca Lewis (qui dit avoir lancé " un jean équitable ") pose d'autant plus de problèmes que seule la matière première est produite dans des conditions plus équitables. En clair, pas d'équitable sans éthique selon Maquila qui s'interroge sur la capacité des organisations de commerce équitable à certifier que le droit syndical est respecté, que le prix " juste " est fixé de manière démocratique et qu'il représente un minimum vital et non légal sans oublier de préciser les engagements sur la vérification aux diverses étapes de la production ? " Une initiative des organisations de commerce équitable qui échouerait à prendre en considération toutes les recommandations des mouvements anti-sweatshops pourrait anéantir tout le succès potentiel d'une initiative future (...) ". Il en existe une, menée par le WRC (Consortium des Droits des Travailleurs) : le DSP (Programme de sélection des sous-traitants), projet de certification " sweatfree " portant sur les marchés universitaires. " Si le DSP n'est pas une initiative de commerce équitable à proprement parler" explique Maquila " elle pourrait fournir de précieuses indications sur la possibilité de certifier ces approches, et sur la possibilité de mieux payer les sous-traitants tout en assurant le paiement de salaires décents aux ouvriers. "
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