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Créer un commerce équitable et rentable, ça s'apprend

Naturellement associée au monde de l'entreprise, la rentabilité devient suspecte lorsqu'elle est accolée à la notion d'éthique. C'est la raison pour laquelle l'association Quatre Mâts Développement (QMD) a élaboré une formation spécifique à la création d'entreprise de commerce équitable. Créé en 1994, cet organisme de la Somme dispense des formations aux porteurs de projets qui s'inscrivent dans une stratégie de développement durable.


La 3ème voie du commerce équitable


Il y a environ trois ans, certaines PME dont des commerçants se sont manifestés auprès de l'association afin d'obtenir des informations sur la réalité commerciale de cette activité naissante. "Entre les boutiques équitables travaillant avec des bénévoles et les campagnes marketing des grandes surfaces, les entrepreneurs sont souvent perdus", note Emmanuel Antoine, cofondateur et directeur de QMD.
En effet, cet ancien membre de la fédération des CIGALES (Clubs d'investisseurs pour une gestion alternative et locale de l'épargne solidaire) distingue, à l'heure actuelle, deux voies de développement du commerce équitable. D'une part, les boutiques équitables qui ont pour souci premier la défense des intérêts des producteurs, le front de vente étant assuré par des bénévoles ou des associations du type de la Fédération des Artisans du Monde. Le deuxième axe joue sur l'homologation des produits comme le label Max Havelaar, indépendamment du détaillant. Toutefois, pour Emmanuel Antoine, membre du REAS (réseau de l'économie alternative et solidaire), "ces visions tendent à confondre la réalité d'opinion et la réalité de marché. De fait, beaucoup de projets se terminent en cessation d'activité."
C'est pourquoi, entre ces deux choix, Quatre Mâts entend défendre une vision du commerce équitable comme étant une approche également commerciale qui doit répondre à la réalité économique des structures.


La réalité de l'entreprise


Pendant 15 semaines, ce cursus en alternance, avec une semaine en cours puis une semaine sur le terrain, veut promouvoir la pédagogie par l'action afin de confronter les participants aux difficultés de la réalité d'une création d'entreprise.
Dispensés par un ancien responsable d'agence de communication, un comptable du réseau Biocoop (1er réseau français de distribution de produits bio) et deux avocats, les enseignements portent notamment sur les méthodes pour structurer un prix de vente, les étapes pour monter des filières d'approvisionnement... L'entreprise doit avoir une vision précise de la filière pour pouvoir justifier de la promesse faite au client tout en respectant les engagements vis-à-vis du marché. Il y a donc, en toute logique, un raisonnement en termes de charges et d'exploitation.
"L'entrepreneur apprend a obtenir le meilleur rapport qualité / prix tout en établissant une relation qui tente d'être transparente entre la rémunération du producteur mais aussi des risques pris par le détaillant", précise Emmanuel Antoine. "Dans cette démarche on ne concentre pas toute la chaîne de valeur sur le seul producteur."


Un projet personnel


Cette formation coûte 2 200 euros mais ne délivre pas de diplôme. Elle a pour objectif de permettre aux futurs entrepreneurs de rédiger un plan d'affaires où les notions de projet et de produits sont clairement distinctes. Ce plan d'affaires est une tentative de traduction arithmétique d'une politique qui correspond à une histoire, une personnalité, une envie. Il n'en demeure pas moins que cette étape facilite les conditions d'accès aux crédits auprès des banques.
De l'avis du dirigeant de l'association, créer une entreprise de commerce équitable est assez compliqué : "A priori, elle coûte plus chère qu'une entreprise " classique ". Toutefois, l'exigence d'équité réduit le nombre d'intermédiaires et fournit là une source d'économies non négligeables. Il faut compter environ deux à trois années de travail de préparation. C'est pourquoi, nous recommandons aux structures naissantes de faire leurs premiers pas dans un système mutualisé, sorte de coopération décentralisée."
Après un galop d'essai en 2003, avec 15 dossiers retenus sur 170 candidatures, la formation a mis sur les rails ses premiers projets : une activité de commerce de demi-gros en Lorraine en liaison avec les exploitants locaux ; en Alsace, une boutique d'ameublement ; en Île de France, une activité de stylisme et de création de "vêtements équitables" ou encore, une entreprise d'approvisionnement de machines à café en entreprises avec du café de qualité.

Nasséra Zerkak (Filigrane Press)
Mis en ligne le : 24/11/2003
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