Chiapaneco : un café qui se partage

Planète \Mondialisation \Commerce équitable

Publié le 16-01-2003

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Depuis octobre 2002 et son lancement au dernier SIAL, un nouveau café biologique est disponible sur les étals d'une trentaine de magasins spécialisés, à Lille, Paris, Strasbourg ou encore Auxerre. Dans son bel emballage noir illuminé d'un soleil ardent, le café Chiapaneco est décliné en trois produits, café pure origine, espresso et décafeiné. Jusque-là, rien que de très banal pour un nouveau nectar qui joue la carte du haut de gamme. Mais c'est en regardant de plus près les inscriptions figurant sur un paquet de Chiapaneco que sa différence se révèle. Au côté des usuelles descriptions des terres exotiques de culture du café, ici les hauts plateaux fertiles du Chiapas mexicain, on trouve mention de la haute qualité écologique " respect de la nature " et sociale " engagement envers l'homme " de ce nouveau produit. Le consommateur est ainsi informé que le Chiapaneco, en plus d'être issu de plants ayant prospérés sans engrais artificiels ni pesticides, est profitable aux petits producteurs mexicains " grâce à une coopération unique à ce jour, permettant aux 1 300 petits paysans et membres de la coopérative ISMAM de bénéficier directement de la recette du produit fini ".

Le fruit d'une réflexion existentielle

Un déséquilibre croissant
Début 90, les recettes des pays producteurs de café étaient de l'ordre de 10 à 12 milliards de dollars EU et les ventes au détail de café dans les pays industrialisés se chiffraient à 30 milliards de dollars EU. À l'heure actuelle, les ventes au détail représentent 70 milliards de dollars, mais les pays producteurs n'en perçoivent que... 5,5 milliards de dollars ! Les prix sur les marchés mondiaux sont passés de 120 cents EU la livre dans les années 80 à 50 cents la livre aujourd'hui, son niveau le plus bas depuis 100 ans. (source : OIC)
Le café Chiapaneco est la résultante d'un partenariat commercial innovant et " exceptionnel " dans le monde du café, imaginé pour promouvoir " un commerce juste et durable ". Pour la première fois (au monde selon les initiateurs), un producteur du Sud, la coopérative ISMAM, est associé à parts égales (33 % du capital) à un négociant en matières premières du Nord, Peter Schorn, et à deux industriels allemands, un torréfacteur (Niehoff Kaffee GmbH) et un distributeur (Ulrich Walter GmbH). Ces partenaires sont regroupés juridiquement dans la SFPB (Société française pour la distribution de produits écologiques), créée pour l'occasion et domiciliée à La Madeleine, au Nord. Là où vit et travaille l'instigateur de ce projet, Peter Schorn. Depuis 15 ans, cet allemand d'origine sillonne le monde pour trouver ses 15 000 tonnes de marchandises annuelles (café, cacao, épices) en provenance du Mexique, d'Amérique centrale, du Togo, de Côte d'Ivoire, de Madagascar...

" En quinze ans, j'ai vu le prix du café fluctuer énormément pour chuter dramatiquement ces dernières années, témoigne Peter Schorn. Au bout d'un moment, on finit par s'interroger sur les conséquences de cette baisse des prix pour la vie des petits producteurs, qui n'ont souvent pas d'autres alternatives que de produire quelque soit le prix de vente. C'est parfois la principale ressource agricole de tout un pays. Face à cet état de fait, je me suis demandé comment, en tant qu'entrepreneur, je pouvais résoudre le problème structurel de ces paysans et maintenir le niveau de vie de mes fournisseurs, donc un bon niveau de qualité sociale, économique et écologique de mes produits. On ne peut pas continuer à tirer sur la corde. "

Du commerce équitable au commerce éthique

C'est en réponse à cette préoccupation que le négociant a pensé à permettre à un producteur du Sud d'être associé à la distribution de sa production si valorisée au Nord. S'il cite d'emblée des solutions telle que la filière équitable (façon Max Havelaar), Peter Schorn apporte sa propre vision de la lutte contre le déséquilibre Nord-Sud dans les relations commerciales. " Proposer des prix garantis aux petits producteurs du Sud, c'est bien, mais les associer au produit fini, c'est mieux et plus juste, donc plus éthique et durable. Car la majeure partie de la plus-value est réalisée sur ce produit fini, donc par les intermédiaires du Nord, et non sur la matière première achetée aux paysans du Sud. Il faut rééquilibrer la distribution des profits obtenus aux différentes étapes de la commercialisation. " Peter Schorn, tout en se défendant de critiquer ce qui se fait déjà, entend proposer une autre forme de commerce éthique, qui ne consiste plus à " subventionner " comme il désigne l'aide fournie par les filières de commerce équitable, mais à associer à parts entières et égales tous les maillons d'une chaîne économique. " Il y a de nombreuses initiatives à l'heure actuelle, remarque Peter Schorn, et je ne détiens pas la vérité sur le commerce équitable, mais face à de telles réalités, il ne faut pas se voiler la face et accepter un système qui nivelle par le bas. Puisqu'on parle de globalisation, moi je souhaite parler de globalisation des responsabilités. "

Des ambitions sur un marché encore limité

Peter Schorn souhaitait initialement associer des industriels français à cette initiative mais aucun écho favorable n'est venu de l'Hexagone. De l'autre côté du Rhin, où le commerce équitable et le marché du biologique sont plus matures, il a trouvé des promoteurs pour ce nouveau commerce, qu'il imagine fonctionner également pour vendre du thé ou des épices. Vendu 1 euro de plus par kilo qu'un café normal, la différence de prix doit " être expliqué par le caractère haut de gamme du produit et non par son critère éthique ", insiste Peter Schorn. Le café est distribué dans les magasins bio pour l'instant, une filière indispensable selon lui mais qu'il aimerait voir " professionnalisée et modernisée pour attirer un public plus large ". Il imagine tout à fait son produit dans les rayons des épiceries fines et plus si affinités... Peter Schorn espère commercialiser une centaine de tonnes par an, sachant " qu'à partir de 45 tonnes l'entreprise est viable ". Sur un paquet vendu 3,29 €, près de 82 cents devraient revenir aux producteurs, là où sur un paquet de café traditionnel vendu entre 1,8 à 3 €, le producteur ne touche que 19 cents. Des chiffres éloquents qui laissent songeurs... mais que la réalité de l'expansion toute modeste du commerce équitable en France relativise assez vite.
Sylvie Touboul
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