Café, frêle pilier de l'économie haïtienne

Planète \Mondialisation \Commerce équitable

Publié le 02-05-2003

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Max Havelaar France

Même si sa santé est relative dans une économie haïtienne très déprimée, le café reste un atout dans la lutte contre la pauvreté. Deux cent mille producteurs, petits paysans pour la plupart, en tirent 15 à 20 % de leurs revenus agricoles. La Fédération des Associations Caféières Natives, (FACN) rassemblent à elle seule 25 000 paysans, organisés en associations de groupements. Certifiée par la filière du commerce équitable depuis deux ans, elle améliore le niveau de vie ses adhérents.

Haiti
Selon les chiffres de la banque mondiale, cette république de 8 millions d'habitants est, dans l'hémisphère Ouest, le pays le plus densément peuplé avec près de 289 habitants/km2, et aussi le plus pauvre avec un produit national brut par habitant de 510 $, soit 1,4$ par jour. La valeur de la dette en 2001 s'élevait à 817,4 millions de $. Indicateurs sociaux de 1998 illettrisme 52%, mortalité infantile 71 pour mille, accès à l'eau 39%. Selon le dernier rapport national de développement humain du Pnud de 2002, l'espérance de vie atteint 54/57 ans, les indicateurs de développement humain (entre 0,544 et 0,515 en 99 soit environ la 120ème place), de parité des sexes (0,521 environ 113 ème place) et de développement technologique (à la marge avec 0,093)  situent Haïti devant les pays les moins avancés, dans le groupe des pays à revenus faibles.
Le café a fait son apparition en Haïti en 1725, plus précisément dans le Nord du pays où les jésuites l'ont introduit. Après la canne à sucre, il est devenu le pilier de l'économie nationale après l'indépendance du pays en 1804. Ce sont les revenus du café qui ont permis de règler la dette de l'indépendance à la France, qui occupait cette partie de l'île des Caraïbes.
Avant  1969, le prix du café haïtien était à peu près le même que dans les autres pays producteurs. Il a même un temps bénéficié d'une prime grâce à son excellente réputation. Au contraire, ces dernières années, le marché boursier des matières premières lui appliquait un différentiel de -0,20 $  par livre qui n'est plus aujourd'hui que de -0,12 $ " grâce à la disparition de certains spéculateurs ", explique Stéphan Jean Pierre, directeur de la Fédération des associations caféières natives.  La production de café a entamé un long déclin à partir de la fin des années quatre-vingts, en même temps que son prix baissait sur le marché mondial. La livre d'arabica produite n'importe où dans le monde avoisine 0,50 dollar depuis plusieurs années.

Selon une étude de 1999 du Cirad (centre de coopération internationale de recherches en agronomie pour le développement) la culture du café est pratiquement devenue une culture de cueillette.  Les " jardins " caféiers, 115 000 hectares, réduits de 1,5 depuis 1950, sont de moins en moins entretenus et ne produisent plus en moyenne que 4 sacs par hectare. La faute en revient à la  très forte détérioration des rapports de prix en l'espace de 40 ans. Une demi-livre de café pilé, consommé localement, suffisait alors à acheter une journée de travail salarié. Aujourd'hui, 4 à 5 livres de café pilé sont nécessaires.
La production s'élève à 460000 sacs de 60 kg, près de 4 fois moins qu'il y a cinquante ans et 3 fois moins qu'il y a 30 ans, estime le rapport sur la Politique nationale pour le développement du secteur café de novembre 2002. Si la tendance se poursuit, Haïti devra même importer du café pour satisfaire sa consommation intérieure, s'alarment les professionnels.

3% des exportations

Pour le pays, le café est pourtant une source importante de devises. Son poids dans le total des exportations nationales (13% en 98), n'était plus que d'un peu plus de 3% en 2001, soit près de 10 millions de dollars de recettes en devises. Le dernier rapport économique et social du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) de 2002  confirme la tendance à la baisse de l'exportation du café . De mauvaises conditions climatiques et des problèmes sanitaires comme le scolyte, (insecte nuisible), ont accru la crise de cette culture de rente, tout comme sécheresses et inondations, sans parler de la  des infrastructures déficientes. Selon l'association des exportateurs du pays, cela coûte dix dollars d'exporter un sac de café de 60 kgs soit 5% de son prix de vente.

Le rapport national sur le café souligne que seul un tiers du café est exporté. Pour près de la moitié vers le secteur privé traditionnel gravement touché par des faillites laissant des dettes de plusieurs millions de gourdes (monnaie locale) à son réseau de spéculateurs, asséchant les liquidités de certaines zones caféières. L'autre moitié rejoint la République dominicaine voisine via le commerce informel. Enfin, 4000 sacs aux mieux, soit  un sur quarante, sont exportés en Amérique du Nord, en Europe et au Japon chaque année, dans le cadre réseau équitable et du marché des cafés gourmets des pays riches.

" Haïti qui avait perdu sa place en raison de la baisse de la qualité est en train de la retrouver, explique Stéphan Jean Pierre. 'Paradoxalement, nous bénéficions aujourd'hui de notre retard. La variété typica (issue de la famille des arabicas proche du Sud Ouest de l'Ethiopie) reste présente à 90% sur notre territoire alors qu'ailleurs sous les tropiques américains, elle a été arrachée pour être remplacée par des plants plus résistants à certaines maladies."Or, le typica s'adresse au marché gourmet et comme le café haïtien est rare, il conserve une valeur.
C'est sur ces deux marchés niches, les produits de commerce équitable avec le réseau Fair Trade Labelling Organisation liée au label Max Havelaar, et,  le " haitian bleu ", café gourmet vendu 2 et 3 $ la livre, que la FACN et ses 25 000 producteurs fédérés tente de reconstruire la production pour l'exportation. Un important  travail d'amélioration de la qualité est à l'oeuvre.

Gwénaël le Morzellec
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