2004 : regard sur le commerce équitable en France
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Publié le 05-05-2004
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Qu'il est loin, le temps où le commerce équitable ne concernait qu'une poignée d'utopistes, résolus à casser les rapports de domination nord-sud pour lutter contre la faim. Près de cinquante ans plus tard, l'idée de vendre des produits du tiers-monde en garantissant aux producteurs des revenus réguliers a conquis des milliers d'adeptes dans le monde, et même grignoté quelques parts de marché. Bilan.
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Près de 0,1 % du commerce européen et 0,001 % du commerce mondial...La part du commerce équitable peut sembler marginale. Pourtant, ces dernières années, elle a augmenté de manière exponentielle. Le chiffre d'affaires français des produits labellisés le prouve : 6 millions d'euros en l'an 2000, 12 millions en 2001, 22 millions en 2002 et 32 millions en 2003 (source Max Havelaar). " Surtout, le commerce équitable a un potentiel de développement considérable ", se réjouit Laurent Levard, délégué générale de la Fédération Artisans du Monde (FAM) en France. Pour conquérir ces nouveaux consommateurs, les associations organisent des campagnes d'information et de promotion comme la Quinzaine du Commerce Equitable, dont la quatrième édition se déroule du 1er au 15 mai dans toute la France.
L'impact est indéniable : en l'an 2000, 9 % des Français avaient déjà entendu parler du commerce équitable, alors qu'ils sont 51 % aujourd'hui dont 11 % achètent ce type de produits. Parallèlement, le nombre de produits disponibles est en constante augmentation. La centrale d'importation et de distribution Solidar'Monde distribue 1200 références en artisanat et 120 produits alimentaires (avec 700 nouveautés par an), issus de 121 groupements de producteurs présents dans 42 pays. Le réseau de distributeurs s'enrichit régulièrement : Artisans du Monde comprend désormais 140 magasins et 17 boutiques associées en France, gérés par 4500 bénévoles et 50 salariés (avec 7,3 millions d'euros de chiffre d'affaires). À ses côtés, des enseignes se développent autour du commerce équitable (Alter Eco) et même du tourisme équitable (Croq'Nature).
Ce bilan positif n'a pas échappé aux responsables de la grande distribution. Après Monoprix et Carrefour, c'est maintenant au tour de Leclerc de s'imposer : la chaîne de supermarchés ambitionne de devenir le premier distributeur de produits issus du commerce équitable en 2004. Une vitrine qui divise les associations. D'un côté, les membres de l'International Fair Trade Labelling Organization (FLO) comme Max Havelaar saluent cet accueil qui permet d'augmenter les ventes de produits équitables et facilite la rencontre avec les consommateurs potentiels. De l'autre, les associations proches du mouvement altermondialiste, comme Artisans du Monde, dénoncent une tentative de manipulation. Selon eux, la grande distribution se forge une image positive sur une poignée de produits, sans modifier ses pratiques sur le reste de son offre.
Combat économique ou lutte politique ?
Pour se démarquer de Max Havelaar, Artisans du Monde a lancé avec la Fair Trade Organisation (FTO) son propre label pendant le Forum Social Mondial de Bombay, en janvier 2004 : l'International Fair Trade Association (IFTA). Ce certificat s'attache à la dimension locale en labellisant les producteurs, à l'inverse de la marque Max Havelaar qui part d'une approche globale et labellise les produits. Ces deux " certificats " informels, devraient s'allier, à terme, derrière un label officiel délivré par l'AFNOR, l'association française de normalisation. Pourtant le groupe de travail " Commerce Equitable " de l'AFNOR, dont font partie la plateforme du commerce équitable (PFCE), Max Havelaar France et la Fédération Artisans du Monde (FAM), a connu ces derniers mois quelques remous. Le Ministère des Affaires Etrangères avait annoncé, au sommet de Johannesburg en août 2002, l'attribution d'un Fonds de Solidarité Prioritaire pour soutenir le commerce équitable. Deux ans plus tard et malgré les rappels, ce fonds n'a toujours pas été débloqué. Résolus à faire pression, les organisations de commerce équitable ont dû annoncer, le 6 février 2004, leur retrait de l'AFNOR, et retarder ainsi l'attribution de ce label.
Mises en danger par l'engagement d'investissements importants et cette promesse non-tenue, les organisations doivent aujourd'hui trouver de nouvelles formes de financement. La FAM a lancé, le 31 mars 2004, son Livret d'Epargne AGIR, sur lequel une partie des intérêts vient financer le développement et la modernisation de l'association. Elles doivent également continuer à développer les ventes du commerce équitable. " Bien que nous pensons qu'il ne peut pas, à lui seul, changer le commerce international " nuance Anne-Françoise Taisne, présidente de la FAM France. L'association, qui fête cette année ses trente ans, mise davantage sur un impact politique. " Nous investissons dans des campagnes de sensibilisation auprès du grand public. Nous pensons que les consommateurs peuvent influencer le rapport de force avec les décideurs politiques. Leur soutien pourrait les pousser à changer les règles du commerce traditionnel. "
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Gaëlle Bohé
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