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Pesticides : pourquoi les inquiétudes sont légitimes

Planète \Environnement \Agriculture

Publié le 19-12-2008



L'Union des industries pour la protection des plantes (UIPP) veut rassurer l'opinion publique sur la dangerosité supposée des pesticides. Indispensables, inoffensifs, très réglementés, peu persistants, les arguments ne manquent pas pour la promotion des produits phytosanitaires. Deux experts commentent les affirmations de l'UIPP pour Novethic.

Après la sortie du rapport annuel de la Direction général de la santé et de la protection du consommateur (DG SANCO), l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) contre-attaque. Pour la fédération, qui regroupe 19 entreprises de l’industrie des phytosanitaires, les résidus de pesticides dans les aliments ne doivent pas être source d’inquiétude. André Picot, toxico-chimiste, directeur de recherche honoraire au CNRS et expert français auprès de l’Union européenne pour la fixation des normes de produits chimiques, et François Veillerette, président du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), répondent aux arguments des porte-parole de l’UIPP.

« La balance bénéfice/risque est favorable aux pesticides »
Les phytosanitaires ne sont pas des produits anodins, mais ils sont très utiles, explique l’UIPP. « Aucun produit ne peut couvrir la santé du consommateur, celle de l’agriculture et celle de la plante aussi bien qu’un phytosanitaire » soutient Jean-Charles Bocquet, directeur de l’UIPP.
La réponse des experts
Pour André Picot, « c’est valable dans une économie de surproduction ». L’agriculture biologique prouve que les pesticides sont substituables. « L’INRA montre qu’un agriculteur peut utiliser deux fois moins de pesticides, en perdant très peu de rendement, et en faisant des économies » avance François Veillerette. Par ailleurs, une application stricte du principe de précaution supposerait qu’un risque, même infime, annihile tout bénéfice d’un produit.

« C’est la dose qui fait le poison »
Paraphrasant Paracelse, alchimiste du XVIe siècle, l’UIPP soutient qu’aux doses infimes auxquelles le consommateur est exposé, il n’y a aucun risque pour la santé. « Aujourd’hui, on peut détecter des quantités minimes de substances chimiques dans l’organisme. Mais il faut distinguer présence d’un produit et impact sur la santé » insiste Vincent Gros, vice-président de l’UIPP.
La réponse des experts
Cette affirmation est valable pour de nombreux produits mais pas pour les génotoxiques, substances qui peuvent modifier l’ADN et entraîner des cancers. C’est le cas pour un certain nombre de pesticides. « La toxicité dépend aussi de l’effet de la substance » précise André Picot. Même schéma pour les perturbateurs endocriniens : ils agissent comme des hormones, qui ont justement des effets à des doses très basses. « De petites doses de produits chimiques suffisent aussi à atteindre les systèmes nerveux et immunitaire » ajoute André Picot. C’est surtout l’exposition prolongée aux pesticides dont l’effet est encore mal connu.

« Il n’y a pas de preuve de l’effet cocktail des pesticides »
L’UIPP cite l’Agence européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) et le Fond mondial de recherche contre le cancer (WCRF), qui affirment qu’il n’existe « aucune preuve épidémiologique » d’un effet combiné synergique des pesticides.
La réponse des experts
En effet, il existe peu de preuves… pour la bonne raison qu’il y a eu très peu d’études sur le sujet. Modéliser toutes les combinaisons possibles d’interactions de substances chimiques serait très fastidieux. « Les quelques études [voir liens] qui montrent des effets cocktails sont complètement négligées » regrette François Veillerette.

L’UIPP se met au bio

16 des 19 membres de l’UIPP se sont lancés dans la mise au point de produits utilisables en agriculture biologique. On notera en particulier le retour de la “bouillie bordelaise”, un fongicide ancestral à base de sulfate de cuivre et de chaux, chez Cerexagri, Dupont Solutions et Phytoeurop notamment. Syngenta Agro commercialise un fongicide à base de soufre et un insecticide à base d’huile de pétrole. Certaines firmes remettent les techniques des prédateurs naturels au goût du jour. Arysta LifeScience a développé un insecticide contenant un virus qui extermine les larves de carpocapse, un ravageur des arbres fruitiers. Belchim Crop Protection propose un produit contenant un champignon parasite d’un autre champignon, lui-même parasite du colza. Le retour aux procédés naturels simples prouve-il l’inquiétude des producteurs de phytosanitaires quant à l’avenir des produits chimiques ?

« Les résidus observés sont très en deçà des doses dangereuses »
Les limites maximales de résidus réglementaires (LMR) sont toujours bien moindres que les doses journalières admissibles (DJA, quantité de résidus qui pourrait être consommé chaque jour sans risque pour la santé) qui sont 100 fois moindre que les doses sans effet (DSE). Donc, même si parfois ces LMR sont très légèrement dépassées, la marge est grande.
La réponse des experts
Les limites imposées sont calculées sur la base d’un individu de sexe masculin pesant 60kg. Elles ne prennent pas en compte l’exposition des organismes les plus sensibles : enfants, personnes âgées, femmes enceintes, malades. « La notion de DJA est remise en question. C’est un garde fou, une approximation grossière » estime André Picot. La DSE est par ailleurs la dose sans effet sur les animaux, et les chiffres applicables aux humains sont simplement extrapolés.

« Les pesticides sont éliminés par l’organisme »
« L’organisme humain est bien fait : il élimine les substances chimiques » soutient Alain Periquet, professeur à l’université Toulouse III et expert pour l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Les tests réalisés par le WWF, qui montraient la présence de pesticides dans le sang des cobayes, ne sont qu’ « une image à l’instant T de substances qui vont être éliminées ».
La réponse des experts
« Certains pesticides sont solubles dans les graisses : ils sont donc stockés puis libérés petit à petit dans l’organisme » explique André Picot. Selon les caractéristiques génétiques et hormonales des individus, il faudrait 7 ans pour éliminer certaines substances bioaccumulables. Les pesticides sont effectivement éliminés à terme, mais si l’exposition est quasi-quotidienne, ils sont remplacés par de nouveaux résidus ingérés.

« Les produits sont testés avant d’être mis sur le marché »
Pour obtenir une mise sur le marché, le fabricant doit fournir un dossier d’étude sur le produit phytosanitaire. Les tests, réalisés « selon le protocole établi par la communauté scientifique internationale » explique Jean-Charles Bocquet, sont effectués par des laboratoires agréés “Bonnes pratiques de laboratoire” (BPL). Le coût de cette étude pèse lourd dans le prix du développement d’un pesticide.
La réponse des experts
François Veillerette remet en cause le contenu des dossiers montés par les industriels. « Seule la substance active est testée. Mais les autres composants du produit augmentent souvent les effets de la matière active ». Autre lacune : les tests sont réalisés sur des animaux, ce qui n’est pas significatif de leur dangerosité chez l’homme. « Si les résultats ne sont pas homogènes sur la population animale, les tests ne sont pas approfondis et la substance est considérée comme non dangereuse » ajoute François Veillerette.

Rouba Naaman
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