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Agriculture de conservation : l'alternative durable ?

Planète \Environnement \Agriculture

Publié le 24-12-2008



Les premières rencontres de l'agriculture durable ont réuni agriculteurs, experts et pouvoirs publics internationaux. L'occasion d'engager une réflexion de concert sur les politiques agricoles de demain.

Loin des clivages entre bio et conventionnel, ils étaient nombreux à participer aux premières rencontres internationales de l’agriculture durable, le 10 décembre, face aux chercheurs, députés européens et experts du monde entier réunis pour l’occasion. Nombreux également à vanter les mérites de « l’agriculture de conservation »,  technique originaire du continent américain, aujourd’hui encore peu développée en France.

Une production plus responsable

Pratiquée aux Etats-Unis dès les années trente, et fortement développée en Amérique latine par la suite, l’agriculture de conservation repose sur trois principes : un travail minimal de la terre (voir une absence de labour, en cas de semis direct), une couverture du sol par une couche végétale vivante ou morte, et la diversification des rotations culturales.

Car la pratique intensive du labour abîme le sol, en détruisant la matière organique qu’il abrite, et favorise grandement l’érosion (le travail de la terre serait parfois responsable de 90% de ce phénomène). Sans labour, la terre retrouve petit à petit les éléments organiques essentiels à la nutrition des plantes. L’érosion, qui pouvait atteindre jusqu’à plusieurs dizaines de tonnes par hectare et par an, est quasiment supprimée. La couverture permanente du sol garantit pour sa part la constitution d’un humus de qualité, fondamental, notamment pour stocker l’eau. Gilles Kaschinski, producteur de blé en Meurthe-et-Moselle, rappelle que le humus peut contenir jusqu’à sept fois son poids en eau. « Du coup, l’infiltration est optimisée, et les éléments nutritifs, les particules de sols et les pesticides sont davantage conservés. J’ai moi-même réduit l’utilisation des pesticides de moitié depuis que je suis passé au semis-direct. » La diversification des cultures participe quant à elle à améliorer encore davantage la richesse du sol, par accumulation de débris végétaux variés.

Par ailleurs, l’agriculture de conservation offre un réel potentiel de réduction de l’effet de serre : le stockage du carbone par la matière organique du sol peut atteindre jusqu’à une tonne par hectare et par an. D’après Donald J. Reicosky chercheur de l’Université de Morris, les émissions de carbone pour l’implantation d’une culture varient de 300kg/ha lorsque le champ est labouré, à 100 kg/ha, en cas de semis direct. De là à imaginer la création de puits de carbone il n’y a qu’un pas.

Pourquoi la France est-elle à la traîne ?

«La raison essentielle est historique. » Emmanuel Gerbier, agriculteur dans l’Indre, expérimente le semis direct depuis quinze ans, sur les traces de Jean-Claude Quillet, agriculteur pionnier en la matière. Mais il conçoit les réticences de ses pairs à passer à l’agriculture de conservation. « Aux Etats-Unis et en Amérique latine, l’érosion a toujours été un obstacle majeur pour les agriculteurs. Ils ont donc été contraints de s’adapter. En Europe, et particulièrement en France, où ce phénomène est plus rare, le recours à la charrue présentait un intérêt énorme : elle permettait en un seul passage de désherber, d’enfouir la matière organique, et de préparer le terrain de semence. Quand on est persuadé que sa technique est la bonne, c’est difficile d’envisager un autre mode de travail.»

Pourtant, les dégâts causés par l’agriculture conventionnelle sur l’environnement  sont aujourd’hui palpables, au point que la législation européenne impose de nouvelles pratiques. Dans le cadre de la directive Nitrate, la mise en place de « cultures intermédiaires pièges à nitrate » (Cipan) sera bientôt obligatoire dans certaines zones agricoles. « Ce sont des mesures que l’on peut envisager comme des contraintes, ou alors, comme l’opportunité de découvrir une nouvelle agriculture. » Si Emmanuel Gerbier se dit confiant, Gilles Kaschinski émet en revanche quelques réserves. « La transition vers l’agriculture de conservation est parfois difficile. Je crains qu’une marche forcée imposée par les pouvoirs publics laisse de nombreux agriculteurs sur la touche. Il faut aussi prendre en compte l’aspect humain : que feront tous ceux qui auront été décrétés “hors-jeu” ? » Quoi qu’il en soit, il n’existe pas de recette miracle, de cahier des charges élaboré pour définir les méthodes à adopter. Pour Eric Van de Putte, président de la Fondation nationale pour une agriculture de conservation des sols, « l’agriculteur doit être agronome, mais il ne l’est plus. Il doit revenir aux fondamentaux et gérer son assolement. C’est une démarche qui reste individuelle. »

Anne Farthouat
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