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La Grameen Bank et BASF s'associent au Bengladesh

Entreprises \Politique développement durable \RSE

Publié le 02-06-2009



La Grameen Bank, l'institution de microcrédit créée par Mohammad Yunus et le géant allemand de la chimie Basf s'associent pour créer une entreprise sociale. Objectif : vendre au Bangladesh des filets anti-moustiques et des compléments alimentaires destinés à lutter contre la malaria. C'est la première coopération de ce type entre une entreprise allemande et la Grameen Bank.

C’est une forme d’entreprise innovante que Basf et la Grameen Bank viennent de lancer. Le géant de l’industrie chimique. D’un côté, Basf débloque 200 000 euros de capital et met à disposition 100 000 filets anti-moustiques ainsi qu’un million de sachets de vitamines. De l’autre, la Grameen Bank proposera à ses clients des microcrédits pour l’achat des sachets de vitamines ainsi que des contrats de leasing pour les filets anti-moustiques. Les gains générés serviront d’une part à rembourser le capital de départ, et sera, d’autre part, réinvestit dans la joint-venture.

Pour le chimiste allemand, il s’agit « d’emprunter de nouvelles voies pour aider les populations des pays en voie de développement – et de conquérir une nouvelle clientèle », déclare Jürgen Hambrecht, PDG de Basf. Le patron du groupe ajoute que l’engagement financier n’est pas élevé mais qu’il entend déclencher par la suite « une avalanche d’investissements ». A terme, il s’agit pour la joint-venture de vendre 200 000 filets anti-moustiques et plus de 15 millions de sachets de vitamines par an d’ici 2013. « Si le succès est au rendez-vous, alors nous allons envisager une entrée sur les marchés asiatiques, puis éventuellement africains », annoncent Yunus et Hambrecht dans le quotidien  Handelsblatt. Tous deux saisissent par ailleurs l’occasion d’en appeler à la fin de l’aide publique financière au développement, au profit d’une réorientation vers le microcrédit et la création de micro-entreprises.

Il s’agit d’une première en Allemagne. Contrairement à la France, où Danone et le Crédit Agricole (voir articles liés) ont déjà scellé des liens avec Muhammad Yunus, aucune entreprise allemande avant Basf n’avait jusqu’à présent franchi le pas du microcrédit. Le patron de Basf voit dans l’entreprise sociale « un énorme potentiel », la Grameen Bank ouvrant la voie à huit millions de clients. De surcroît, le Bangladesh, avec ses 140 millions d’habitants, offre de belles perspectives commerciales. « C’est pour nous une toute nouvelle manière de faire en terme de pré-marketing, et bien moins onéreuse », explique, pragmatique, le patron de Basf.

La finance et le microcrédit

La Frankfurt School of Finance, l’établissement privé qui entend former la future élite de l’économie et de la finance allemande, vient de créer une filiale entièrement consacrée à « l’investissement alternatif », et donc laissant une large place au microcrédit, ConCap Connective Capital GmbH (ConCap). Cette filiale s’appuie sur l’équipe de la KfW (banque d'Etat) qui, avec le European Fund Southeast Europe (EFSE), gère le plus grand fonds de microcrédit au monde (532 millions d’euros).

Perspectives en Allemagne

Il n’y a pas qu’au Bengladesh, cependant, que le micro-crédit est considéré comme un moyen de développer l’activité économique. Avec la crise, l’Allemagne elle-même s’ouvre à cette alternative, et la demande de microcrédit des particuliers « explose », selon le terme de Christof Lützel, porte-parole de la banque alternative GLS Bank, à Bochum. Le volume des microcrédits proposé par la banque de la Ruhr a ainsi augmenté de moitié depuis le début de l’année, par rapport à la même période l’année précédente.

Pour les deux tiers des clients, il s’agit d’auto-entrepreneurs qui veulent sortir du chômage en créant leur activité. Mais comme en France, « les banques traditionnelles leur barrent de facto l’accès au crédit », note Oliver Förster, de la Deutsche Institut für Wirtschaftsforschung (DIW). Les premiers pas peuvent être financés par les économies ou l’aide de la famille et des amis, mais les phases d’expansion nécessitent un financement additionnel-  et extérieur. L’institut berlinois recense entre 250 000 et 500 000 personnes qui pourraient être potentiellement concernées par le microcrédit, et ce, « alors que l’offre demeure en Allemagne encore largement ignorée ».

Il existe actuellement dix antennes proposant des microcrédits dans toute l’Allemagne enregistrées chez la Deutsche Mikrofinanz-Institut (DMI), l’organisation qui en fait la promotion en Allemagne. Un premier prêt peut atteindre 10 000 euros, suivi de crédits supplémentaires pouvant aller jusqu’à 20 000 euros avec un taux d’intérêt fixe de 10%. Cette offre ne saurait cependant fonctionner sans l’aide de l’Etat. La banque d’Etat KfW, la GLS Bank et le gouvernement allemand alimentent un fonds destiné à assurer la liquidité du marché du microcrédit en Allemagne. Depuis 2005, plus de 300 de ces crédits ont été alloués, représentant une somme de 2,2 millions d’euros.

Claire Stam à Francfort
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