Le tourisme peut-il favoriser le développement des services et produits locaux ?
Un tourisme durable est-il possible ? Afin de favoriser un développement humain, social et environnemental, un élément essentiel est le développement de l’économie locale. L’objectif est de maximiser les retombées économiques pour les acteurs locaux afin qu’ils puissent développer leur activité tout en ayant les moyens de préserver l’environnement sur lequel leur activité repose.
On est très loin aujourd’hui de parvenir à un tel objectif. La plus grande partie des retombées économiques du tourisme se font en faveur des pays du nord, d’où les touristes partent. Les billets d’avion représentent environ le tiers des dépenses et les compagnies des pays développées trustent la clientèle. L’argent est donc réintroduit dans l’économie des pays riches. Un autre tiers des dépenses est associé aux prestations d’un tour opérateur ou d’une agence de voyage et revient à nouveau vers l’économie du lieu de départ. Le reste, en moyenne le tiers du budget des touristes, est ce qui entre effectivement dans l’économie du pays de destination. Les pays visités ne bénéficient donc que peu des retombées économiques du tourisme, mais héritent en revanche de l’ensemble des impacts sociaux et environnementaux de l’activité touristique.
Un des facteurs clef du succès d’un tourisme durable est donc de pouvoir infléchir la répartition actuelle des flux financiers. Comment favoriser l’économie locale, sur l’ensemble de la chaine de l’offre touristique ? Il est évidemment relativement difficile de répondre à cette question, mais certaines idées méritent de s’y attarder un peu.
Ce qui manque le plus aux acteurs locaux est, en général, l’accès direct aux consommateurs occidentaux. Les budgets de marketing des opérateurs des pays développés sont considérables et les offreurs locaux n’ont pas les moyens de rivaliser. On retrouve ici une partie de la problématique du commerce équitable. Comment fédérer les acteurs locaux afin qu’ils développent les moyens et compétence nécessaire pour s’affranchir du recours à des voyagistes des pays développés.
L’idée d’un label du tourisme équitable, inspiré du label garantissant un commerce équitable, fait son chemin et pourrait prendre forme dans les prochaines années. Reste à définir son contenu, notamment concernant la répartition de la valeur ajoutée entre les différents intermédiaires et les conditions d’implication des acteurs locaux dans la chaine de décision de mise en œuvre des projets touristiques. En effet, en l’absence de labellisation, de nombreux projets se revendiquent "verts", ou "durables", alors que souvent il n’existe même pas de consultation des parties prenantes locales sur le projet.
Les flux financiers liés aux déplacements seront sans doute plus difficile à réorienter, l’activité de transport étant très fortement capitalistique. Il est probable qu’elle reste la chasse gardée des grandes compagnies aériennes mondiales déjà en place ou de compagnies de pays émergents au développement rapide, où de nouveaux acteurs peuvent apparaître rapidement.
Il existe cependant déjà des voyagistes, peu nombreux, qui parviennent en partie à répondre aux exigences d’un tourisme durable. Point Afrique par exemple, propose des voyages en construisant son offre sur des acteurs locaux. La coopérative a même contribué à la création de compagnies aériennes dans les pays de destination (Burkina Faso, Niger) afin que les retombées économiques soient plus majoritairement locales (les avions sont toujours construits par les grands industriels des pays développés). En revanche, le siège social de cette société est basé à Paris. Il ne s’agit donc pas encore de l’émergence d’un véritable acteur local.
Du côté des grands opérateurs, Nouvelles Frontières et Thomas Cook ont pris des engagements pour favoriser un tourisme plus durable sous la forme de questionnaire environnemental à ses prestataires locaux (Nouvelles Frontières) ou par un soutien à des programmes de développement avec des ONG (Thomas Cook). En revanche, une offre résultant d’une approche intégrée d’un tourisme durable, incluant l’ensemble de la chaine de valeur n’est pas proposée par ces opérateurs.
Thomas Sanchez
Mis en ligne le : 25/08/2006 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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