Aux Pays-Bas, les ONG s'invitent au Parlement

Planète \Environnement \Agriculture

Publié le 27-11-2007

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Pour la première fois, un collectif d'ONG oblige le Parlement à débattre des problèmes posés par l'élevage intensif. L'organisation de défense de l'environnement « Milieudefensie » a en effet recueilli plus de 100 000 soutiens, ce qui lui permet de soumettre un texte aux députés.

Pour la première fois dans l'histoire parlementaire néerlandaise, un collectif de citoyens saisit le gouvernement et l'oblige à prendre en compte ses revendications. Cette initiative sans précédent est le résultat d'une mesure législative qui permet, depuis mai 2006, à toute proposition ayant reçu l'aval d'au moins 40 000 personnes, d'être discutée par les parlementaires et de faire l'objet d'un vote. Saisissant cette opportunité, l'organisation Milieudefensie (proche des Amis de la terre) et sa branche jeunesse JMA , Jongeren Milieu-Actif (jeunesse active pour l'environnement) commencent une campagne dès septembre 2006 pour alerter les citoyens néerlandais sur les conséquences désastreuses de l'élevage intensif, notamment dans les secteurs du porc et du poulet. Après seulement quatre mois, l’ONG recueille 106 975 signatures, et dès février 2007, le Parlement est officiellement saisi.
Les médias sont alors efficacement utilisés pour appuyer la campagne. Ainsi, en octobre, deux grands quotidiens néerlandais (De Volkskrant et De Trouw) publient un encart remarqué  - surmonté d'une tête de porc, une affiche sur fond jaune et rouge en appelle aux parlementaires avec ces mots :  « Chers parlementaires, aujourd'hui vous avez votre chance ». Le message qui suit est clair : « Pour un élevage sans maltraitance pour les animaux, sans pollution de l'environnement et sans alimentation à base de soja pleinement responsable de la destruction des forêts tropicales. » Ce texte, co-signé par les plus importantes organisations néerlandaises de défense de l'environnement et des animaux telles que Cordaid, De Dierenbescherming (protection des animaux), Greenpeace, ICCO, Kerk in Actie (l'Eglise en Action), Natuur & Milieu (Nature et Environnement), Oxfam Novib en Varkens in Nood (Porcs en danger), veut un changement concret de la situation aux Pays-Bas.

Il faut dire que le pays est particulièrement concerné par le problème. Il détient la plus forte concentration d’élevages de porc et de poulet en Europe, dont il est un fournisseur de premier plan. D'après Michiel van Geelen, membre de la campagne «  Agriculture et nourriture » pour Milieudefensie, 450 millions d'animaux sont produits par an, dont 37 millions de porcs, environ 50 millions de poulets d'élevage et 60 millions de poules pondeuses. La production totale de viande, œufs et bétail compris, représente 70 milliards de kg par an, soit 4 000 kg par néerlandais. Des élevages de taille, qui conduisent les Pays-Bas au deuxième rang des importateurs de soja en provenance d'Amazonie, après la Chine (93 % de ce soja est en effet utilisé comme base de nourriture pour les animaux). Enfin, environ 70 % de la viande et des œufs produits dans le pays sont ensuite exportés. Cette production engendre des pollutions tout aussi importantes – la pollution des sols et des cours d'eaux à cause de la défécation représente à ce titre un problème majeur et les Pays-Bas bénéficient d'ailleurs d'une dérogation de Bruxelles. A ceci s'ajoutent la pollution de l'air et une pollution sonore provoquées par un fret incessant. Du côté amazonien, le problème de la déforestation liée à la culture du soja est également bien connu…

Déplacer la production vers d'autres pays

Pour trouver une solution aux pollutions engendrés par cette activité, quatre mesures essentielles figurent dans la proposition soumise aux parlementaires.  Les deux premières sont d’ordre fiscal, avec une taxe de 0,85 centime d'euro par kilo de viande imposée au consommateur, afin de compenser les problèmes de pollution et de déforestation engendrés par l’agro-industrie du soja. D'après Milieudefensie, cette taxe permettrait de dégager 1 milliard d'euro par an. Une mesure qui rend perplexe le parti socialiste (SP), pourtant très enthousiaste sur le reste de la proposition, mais inquiet de voir le consommateur mis à contribution. La deuxième mesure consiste à aider, par des subventions, les exploitants respectueux de l'environnement et des animaux, en compensant les sur-coûts occasionnés par un système plus durable. Mais surtout, les ONG veulent réduire de 50 % le nombre d'animaux produits aux Pays-Bas d'ici 10 ans. Milieudefensie préconise que la production soit déplacée vers d'autres pays souffrant moins de problème d'espace, sachant que 2/3 de la production de viandes et  œufs est vouée à l'exportation. Enfin, la dernière proposition vise à renforcer, dans le cadre de l'Union Européenne, le droit pour chaque pays de se protéger de l'importation de produits ne provenant pas d'une dynamique de développement durable…Une mesure également évoquée, en France, au sein du Grenelle de l’environnement.

Si la possibilité de saisir le Parlement est un moyen bien réel de faire évoluer la situation, le mouvement citoyen se heurte pourtant à une certaine lourdeur bureaucratique. Deux rapports ont déjà été confiés par le gouvernement à des experts pour évaluer les conséquences économiques et environnementales du projet. Contestés, ces deux rapports sont suivis d’un troisième… Un débat est  prévu pour définir les points précis sur lesquels les parlementaires auront à se prononcer lors du vote.  Enfin, les députés devront compter avec les nombreux acteurs des filières concernées, et leur poids économique.

Sandrine Dumont à Rotterdam (Pays-Bas)
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