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Lorsque vous avez démarré votre activité avec Saïga, comment envisagiez-vous ce que l’on appelle aujourd’hui « le tourisme responsable » ? Dès la création de Saïga en 1997, notre leitmotiv était de tendre vers un tourisme plus responsable. Et je dis bien tendre vers ce concept. Avec conviction, mais tout en sachant qu’un tourisme pleinement responsable n’existe pas. Douze ans plus tard, cela n'a pas changé. Nous faisons bien sûr partie des acteurs engagés dans cette démarche, mais il faut rester modeste : nous ne sommes pas en cohérence à 100% avec tous nos principes. Nous avons progressé, mais nous restons confrontés à un environnement avec lequel il faut composer. Cela signifie par exemple que nous ne fixons pas de cahier des charges auquel devraient répondre chacun de nos programmes. Il s’agit plutôt d’adapter au cas par cas nos exigences concernant notamment les transports, l'hébergement ou encore la restauration. Aujourd’hui cohabitent tourisme responsable, durable, solidaire, éthique, etc. La profusion de ces termes ne vient-elle pas noyer les principes dont vous parlez ? C’est vrai que de notre côté, on se retrouvait plutôt bien dans cette définition de notre travail, avec une approche la plus globalisée possible de la responsabilité l'opérateur touristique et du voyageur. Et puis, on a vu surgir ce débat sur les terminologies employées dans le secteur. Mais qu'est ce qu'on met vraiment derrière les mots « responsable », « durable », « social », « équitable » ? Le résultat, c’est qu’après toutes ces années de débat, aujourd'hui, rien n’est clarifié. Et forcément ! J'ai du mal à imaginer qu'on puisse se revendiquer comme étant un acteur du tourisme solidaire, sans prendre en compte la problématique environnementale du territoire d’accueil. Ou de faire de l’écotourisme sans se soucier des conditions sociales des employés de l’hôtel d’accueil. Cette approche du tourisme a en réalité créée une segmentation excessive ! D’autant plus que c'est un débat sans fin. Finalement, les professionnels du secteur ne contribuent pas à clarifier ces définitions, et le public ne s'y retrouve pas. Pourtant, l’étude de TNS-Sofres, « les Français et le tourisme responsable » affirme que 60% des sondés connaissent cette notion, alors qu’ils étaient à peine 30% en 2007. Cela se traduit-il par une volonté de voyager autrement ? Certes, on assiste à une évolution des pratiques, les voyageurs sont de plus en plus sensibilisés aux thématiques environnementales et sociales. Mais le tourisme responsable se développe quand même moins vite que ce que certaines études laissaient à penser à la fin des années 90. Quant aux chiffres de cette étude, je reste vigilant. Il faut voir comment ont été questionnés les sondés. Aujourd’hui, tout le monde entend parler du tourisme responsable, il suffit de regarder les pubs de nombreux voyagistes. Comme dans tous les secteurs, il y a une véritable récupération markéting du concept général de développement durable. Et dans le cadre de cette récupération, certains font passer des messages édulcorés, qui ne traduisent pas un engagement réel. Comment le consommateur peut-il donc être bien informé ? Il faut dialoguer avec les opérateurs, ne pas hésiter à poser des questions et comparer des pratiques. L’information passe par l’échange. Et de leurs côtés, les opérateurs doivent mettre en place des outils de lecture accessibles et compréhensibles par tous. La certification ATR est-elle une réponse satisfaisante à ceux qui réclament une information transparente ? Même si je ne la trouve pas parfaite, elle a au moins le mérite d’exister. C’est un outil tangible, qui est voué à évoluer. Et le fait qu’il existe un contrôle extérieur, assuré par l’AFAGQ-AFNOR, garantit réellement l’engagement des certifiés. Avec la certification, l’association ATR cesse d’être uniquement dans le déclaratif. Car finalement, la profusion de chartes et labels, qui ne font pas l’objet de contrôles extérieurs, finissent par complexifier la situation et n'offrent pas de visibilité et de lisibilité au voyageur-consommateur. Pourquoi ne pas avoir engagé Saïga dans la démarche de certification dans ce cas ? Essentiellement pour des raisons économiques et structurelles. Le processus est long et coûteux, et difficile à assurer pour une petite agence artisanale comme Saïga. Nous sommes deux permanents à la Rochelle, et avons une équipe d'une vingtaine de concepteurs et guides dans le monde entier. L’investissement financier et humain était trop lourd. Nous avons préféré privilégier notre travail de terrain avec les ONG locales, le renforcer davantage. Pour autant, je reste persuadé que la certification s’inscrit dans une démarche de progrès, qui ne pourra que profiter aux consommateurs.
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