Secteur pétrolier : les actionnaires face au prix du risque

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Publié le 12-07-2012

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Campagne Ecowatch
Campagne Ecowatch

BP, Shell, Chevron, Total…les multinationales pétrolières sont confrontées à un nouveau défi : convaincre leurs actionnaires qu'elles maîtrisent les risques liés à leurs modes d'exploration toujours plus complexes. Des ONG comme Amnesty ou Greenpeace, en partenariat avec des organisations spécialisées comme Fair Pensions, mobilisent les investisseurs sur le sujet.

« Les investisseurs anglais comprennent bien quel peut être le prix du risque dans le secteur pétrolier depuis la catastrophe BP dans le Golfe du Mexique » explique Louise Rouse, directrice de l’engagement de l’organisation anglaise Fair Pensions, très active sur l’investissement responsable. Elle ajoute : « Nous leur fournissons les connaissances techniques leur permettant de poser aux entreprises les bonne questions. »  Dernier exemple en date : la campagne visant Shell sur les conditions d’exploration en Arctique. « Nous avons alerté les investisseurs sur deux dimensions précises. Shell n’a pas évalué le coût d’une éventuelle fuite pétrolière massive dans cette zone et n’a pas non plus testé le matériel employé dans des conditions extrêmes avec de la glace » explique Louise Rouse. Elle conclue : « Les risques sont donc très élevés ».

Sont-ils trop élevés pour les investisseurs ? Telle est la question. Aujourd’hui ils sont loin de se détourner de ce secteur toujours profitable mais ils sont de plus en plus nombreux à presser les entreprises de questions concrètes sur les modèles d’exploration, les politiques de sécurité et l’évaluation des risques. Lors de l’assemblée générale de BP en avril 2012, les dirigeants ont mis très en avant leurs nouveaux impératifs de sécurité. C’est devenu l’un des axes prioritaires de leur stratégie et ils ont souligné que le respect des procédures dans ce domaine faisait dorénavant partie des éléments de calcul des rémunérations. Cela n’a pas empêché les actionnaires de focaliser leurs questions sur les conditions d’exploitation en mer du Nord et les conséquences de la marée noire dans le Golfe du Mexique dont l’addition pour BP s’élève, depuis 2010, à près de 17 milliards d’euros.

Campagne Fair pensions et Amnesty UK

Shell est par ailleurs la cible d’une autre campagne de sensibilisation des investisseurs sur les risques associés à la gravissime pollution du delta du Niger. Menée aussi par Fair Pensions avec Amnesty, elle consiste à diffuser des briefings à destination des actionnaires sur les conséquences juridiques et financières d’une mise en cause du groupe à travers sa filiale nigériane, pour les dégâts environnementaux et sociaux causés dans cette région. Elles se sont appuyées sur le rapport publié par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement d’août 2011, qui dénonce les ravages de l’exploitation pétrolière dans le delta du Niger, où les habitants subissent un environnement totalement pollué. « L’objectif est de leur faire comprendre l’étendue de la responsabilité de Shell et des montants que la compagnie pourraient être amenée à payer » explique Howard Baker, spécialiste de la relation avec les investisseurs d’Amnesty UK. « La difficulté sur ce dossier est que cette situation épouvantable dure depuis des années, ce qui signifie que les investisseurs l’ont jusqu’ici acceptée. Ils ont cru le discours de la compagnie qui expliquait à la fois qu’elle ne pouvait pas faire autrement et qu’elle avait mis en place les programmes nécessaires. Nous espérons que les investisseurs vont commencer à poser des questions et demander par exemple à Shell d’établir des corrélations entre les volumes de pétrole produits et les investissements dans la dépollution des sols et des eaux
Shell a répondu indirectement en organisant à Londres le 18 avril 2012 sa rencontre annuelle avec les investisseurs responsables. La compagnie a tout fait pour les rassurer en expliquant que depuis 2009 elle avait considérablement réduit le volume des fuites de pétrole et qu’il fallait imputer au sabotage les quelques milliers de tonnes qui s’étaient répandus dans la zone en 2011. Elle leur a même proposé de se rendre sur place pour évaluer la situation.

Avertissement aux investisseurs responsables

Les risques que présente le secteur pétrolier constituent un cas d’école des questions qui agitent les grands investisseurs ayant adopté des politiques d’investissement responsable. En France, la position largement dominante est celle de ne pas exclure à priori ce secteur et de sélectionner les entreprises les mieux disantes sur le développement durable. Amnesty France a relayé la campagne auprès d’eux mais « ceux que nous avons rencontré ne sont pas prêts à utiliser le cadre des assemblées générales pour créer un débat public» explique Caroline Giffon-Wee  coordinatrice Acteurs économiques pour Amnesty France.


Au Luxembourg, le fonds de compensation qui a défini sa politique à la demande du parlement a publié, fin 2011, une liste d’entreprises exclues de ces investissements pour non respect des grandes conventions internationales. 57 entreprises y figurent, 8 d’entre elles appartiennent au secteur pétrolier dont trois majors BP, Chevron et Exxon...

A.C. Husson-Traore
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