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« Avec 3,6 millions de mal-logés, le triplement de l'isolement des seniors en 50 ans et une consommation énergétique des bâtiments en constante augmentation, la France peine à relever les défis sociaux, écologiques, et territoriaux de l'habitat ». Ce constat, couplé aux besoins actuels de logements accessibles aux foyers modestes, est à l’origine du lancement de Bâti Cités, fonds participatif de proximité qui s’est donné pour mission de créer un lien direct entre les investisseurs et les porteurs de projets. Ce fonds collecte l’épargne des particuliers qui souhaitent investir (la participation minimum est de 100 euros, avec un rendement annoncé de 3%) et les fonds provenant des investisseurs. Une première levée de fonds de 1,5 million d’euros est d’abord nécessaire pour lancer le projet, dès qu’il aura obtenu les agréments nécessaires – celui de l’Autorité des marchés financiers et celui du statut d’entreprise solidaire, qui permet de faire bénéficier aux actionnaires d’un avantage fiscal sur les souscriptions au capital-. Une collecte auprès des citoyens, pour un montant estimé à 2,5 millions en 2013, pourra ensuite être amorcée, et, dernière étape, un appel à candidatures auprès des porteurs de projets. Esra Tat, porte-parole de Bati Cités, est confiante sur les perspectives de développement, même si elle reconnaît les difficultés à monter ce type de projets en France. « Le problème pour les investisseurs, c’est que ces projets ne sont pas assez gros, même s’ils comprennent bien la problématique et qu’ils sont réceptifs au concept. Les réticences viennent du fait qu’il s’agit de petits projets en phase de lancement ». De fait, Bâti Cités relève à ce stade du « laboratoire » sur de nouveaux modes et usages de l’habitat : partage d’espaces, habitat intergénérationnel et socialement mixte, nouveaux usages comme l’installation de crèches, par exemple. « Cet type d’habitat repose sur la mixité générationnelle et la mixité des usages, avec des espaces communs comme les jardins partagés, explique Esra Tat. Le potentiel est réparti à 50/50 entre les zones urbaines et les zones rurales, mais il est vrai que ces projets d’un genre nouveau ont du mal à trouver des financements ». Le « Locavesting » Bâti Cité s’appuie également sur un concept peu connu en France mais qui en revanche se développe aux Etats-Unis, le "locavesting" * et le " slow money", mouvement né après la crise financière de 2008. Il rassemble les acteurs de la finance de proximité -clubs d'investissement locaux, coopératives, crowdfunding, marchés boursiers locaux… « L’essentiel de la collecte se fera sur le territoire du projet, explique Esra Tat. L’idée est d’investir localement, dans sa communauté, pour agir sur le développement de son territoire et le préserver. Il rejoint en France la tendance à consommer local ». Dans un contexte de crise du logement – il en manque 900 000 en France-, ce type d’initiative recueillera-t-elle pour autant des avis favorables ? « Les pouvoirs publics n’ont pas d’intérêt à s’y opposer. Nous n’allons certainement pas résoudre cette crise, mais en tant que laboratoire, nous pouvons démontrer que certaines pratiques nouvelles peuvent y contribuer ». A l’image de la foncière Terre de liens, qui est également un outil d’investissement solidaire destiné à collecter de l’épargne pour acquérir des hectares permettant l’installation – ou le maintien- des agriculteurs sur des terres devenues trop chères. A travers des projets sélectionnés sur des critères écologiques, Terre de Liens veut montrer qu’il est possible, via l’épargne citoyenne, de soustraire des terres au marché spéculatif. Lancée en 2006, son capital était de 2,5 millions d’euros fin 2011, avec 6500 actionnaires, et environ 70 projets soutenus. *Locavesting – The Revolution in Local Investing and How to Profit From It, Amy Cortese, 2011.
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