L'investissement socialement responsable au Japon

Finance \Acteurs

Publié le 17-03-2004

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Lancés en août 1999, les fonds d'investissement socialement responsable japonais ne gèrent encore qu'une infime fraction des actifs boursiers nippons. L'impact de l'investissement socialement responsable pourrait toutefois avoir des effets plus profonds que ne le montrent les chiffres.

Le marché nippon de l'investissement socialement responsable (ISR) en est à ses balbutiements. Le premier index éthique japonais n'a ainsi en effet été lancé par MorningStar Japon qu'au mois de juillet 2003. La prise en compte de l'ISR par les opérateurs financiers de la place de Tokyo a très certainement été freinée par les stigmates laissés par le long crack boursier des années 1990. Cet environnement déprimé renforcé par la méfiance historique des épargnants nippons pour les placements en actions ne présente, en effet, que peu d'opportunités pour lancer des produits basés sur de nouveaux critères de gestion.

Le développement de l'ISR nippon a en outre été ralenti par certaines particularités des attentes sociétales de l'opinion publique. Les industries du nucléaire, du tabac, du jeu ou de la production d'armes ne sont ainsi pas perçues négativement au Japon. Les principales préoccupations sociales occidentales, comme la corruption ou les conditions de travail dans les pays du Sud, ne sont de plus pas partagées par les Japonais. Les produits ISR ne pouvaient donc ni être basés sur des critères d'exclusion comme aux Etats-Unis, ni utiliser les méthodologies de notation extra-financières couramment employées en Europe. Les promoteurs de l'ISR nippon ont donc concentré leur offre sur la promotion de comportements responsables en matière d'environnement.


Particuliers : Les Eco Funds trustent le marché


Créé en août 1999, le Nikko Eco Fund fut le premier fond ISR lancé sur le marché japonais. Cet Eco Fund a structuré l'offre ISR autours d'un screening positif d'entreprises prenant en compte leurs responsabilités environnementales. Dans la pratique, les gestionnaires des Eco Funds procèdent de la façon suivante : "Sur la base des certifications ISO 14001 ou des rapports RSE, nous avons envoyé des questionnaires environnementaux à 500 entreprises pour l'année fiscale 2003. L'analyse de ces informations ainsi que les rapports de nos analystes financiers, nous ont conduit à faire la sélection des 60 à 70 titres que nous avons en portefeuille," explique Masaatsu Takehara, porte parole de l'assureur Sompo Japan.

Le succès relatif des Eco Funds doit également beaucoup au marketing. Ces produits permettent en effet de toucher une clientèle majoritairement jeune, féminine et qui ne plaçait pas en Bourse. Après avoir atteint 180 milliards de yen (1,3 milliards d'euros) fin 1999, la capitalisation cumulée des neufs fonds ISR japonais atteignait 72 milliards de yen (530 millions d'euros) en septembre 2003. Cette relative désaffection est essentiellement due aux performances catastrophiques de la Bourse de Tokyo entre 1999 et 2003. La Sumitomo Trust Banking Corp estime en effet que le cours des actions des entreprises détenues par les Eco Fund a surperformé l'indice TOPIX de 8,41% par an entre janvier 1998 et décembre 2002.


Investisseurs institutionnels : Débuts difficiles pour l'ISR


La gestion d'actifs ISR est embryonnaire au Japon. La stratégie ISR de Mutual Aid Association for Tokyo Metropolitan Teachers and Officials illustre l'attentisme relatif qui règne à Tokyo. En mars 2003, ce fond de pension a été le pionnier nippon de la gestion d'actifs ISR en annonçant la mise en gestion de 2,5% de son portefeuille global de 84 milliards de yen (590 millions d'euros) en fonction de critères socialement responsables.

La faiblesse de ces chiffres masque toutefois la prise de conscience par la communauté financière japonaise de l'intérêt des critères extra-financiers dans une gestion d'actifs à long terme. Interrogés en juillet 2003 par le Sumitomo Trust, 60% des gestionnaires de fonds de pension japonais ont ainsi déclaré activement considérer l'intérêt de déployer une stratégie de gestion ISR de leurs actifs.

Dans une certaine mesure, les investisseurs japonais prennent déjà en compte des préoccupations socialement responsables dans leur gestion d'actifs. L'activisme actionnarial notamment connaît un fort développement. Le taux d'abstention ou d'avis négatif aux propositions de résolutions lors des Assemblées Générales est ainsi passé de 28 à 40% entre 2000 et 2002. Les droits des actionnaires dans la gestion des entreprises ont de plus été renforcés par le nouveau code de gouvernance des entreprises. L'importance d'une gestion durable de l'environnement fait également consensus entre les entreprises et leurs actionnaires. La faiblesse apparente de l'ISR au Japon préfigure donc peut être une prise en compte de certains critères responsables dans la gestion courante des actifs japonais.

Pierre-Marie Coupry
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