La place financière de Londres dans l'ISR européen

Finance \Acteurs

Publié le 31-03-2004

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Première place boursière européenne, troisième mondiale, la place londonienne doit son rayonnement à la diversité de ses activités financières, à une capacité d'innovation historique ainsi qu'à la volonté consensuelle de consolider sa respectabilité . Un certain nombre d'éléments permettent d'analyser l'activité de la City sous l'angle des démarches ISR-RSE, voire de poser la question : est-elle une place financière responsable ?

Les facteurs favorables à la responsabilisation des acteurs britanniques

Premier facteur : l'efficacité de la politique volontariste de développement durable du gouvernement de Tony Blair, qui est parvenu avec souplesse à populariser auprès des entreprises du FTSE350 la pratique du reporting RSE. En ce sens, Tony Blair perpétue la tradition de " soft regulation " concernant les activités économiques qui peuvent s'autoréguler. Deux axes politiques sont privilégiés au Royaume-Uni : la gouvernance (Company Law) et l'environnement. On peut mentionner par exemple la simplification administrative des conditions de production et de commercialisation des énergies renouvelables ou les tests de nouveaux outils financiers comme le trading des émissions de  gaz à effet de serre.

Second aspect : le rôle de l'ABI (Association des Assureurs Britanniques) dans la promotion d'un reporting RSE qui optimise le coût de la collecte des informations et identifie par là même des risques spécifiques en se concentrant sur les indicateurs les plus pertinents pour chaque secteur et correspondant aux attentes des investisseurs.

Le développement de la pratique de l'engagement est particulièrement fort au Royaume Uni. Il s'agit d'un dialogue entre les investisseurs institutionnels et les entreprises sur des points délicats tels que la gouvernance, la lutte anti-corruption, la gestion du risque environnemental ou la protection des droits de l'homme au travail. Cette pratique explique une grande part de la croissance de l'ISR en Grande-Bretagne, le total de l'encours atteignant 150 milliards d'euros selon Eurosif (European Sustainable and Responsible Investment Forum).

L'adoption par les principales institutions financières de la place des Principes de Londres sur le développement durable (2002) a également joué un rôle important. Les Principes sont organisés autour de trois axes : le financement de la prospérité économique, la protection de l'environnement et la promotion du développement social.

Enfin, le reporting RSE se développe rapidement en Grande-Bretagne. En effet, 76 entreprises du FTSE 100 ont incorporé une section RSE à leurs rapports annuels 2002 et 100% devraient le faire en 2003. Cependant, les réponses apportées aux parties prenantes par les entreprises restent partielles et seules 20% de ces entreprises ont analysé les impacts RSE clés de leur secteur.


Les fonds de pension britanniques plus responsables que les investisseurs français ?

Plusieurs études récentes ont mis l'accent sur la place prise désormais par le marché européen de l'investissement socialement responsable (ISR). Ainsi, selon l'Eurosif, ces démarches de gestion de fonds pèseraient 336 Milliards d'euros pour les investisseurs institutionnels, essentiellement des Anglais et des Néerlandais qui investissent à Londres.

La plupart des fonds de pension néerlandais concernés pratiquent simplement l'exclusion d'une activité (par exemple le tabac) ou d'entreprises implantées dans un pays " proscrit " (par exemple la Birmanie). C'est le cas également d'une partie significative des investisseurs britanniques, notamment des organisations caritatives excluant de leurs portefeuilles les sociétés qui ne remplissent pas un certain nombre de critères éthiques prédéfinis : refus d'activités liées à l'armement ou au nucléaire, de l'expérimentation animale ou de la corruption.

A l'inverse, l'approche de sélection positive est très largement dominante en France : le gérant construit son portefeuille en prenant en compte un ensemble de critères dits de " développement durable " et recherche les entreprises les plus avancées, en comparant leurs engagements, leurs pratiques et leurs résultats. Le tout au sein de chaque secteur d'activité pour ne pas mettre sur le même plan les risques de pollution d'une banque avec ceux d'une compagnie pétrolière. A l'aune de ces différents éléments, l'investissement socialement responsable britannique hors " sélection négative " n'atteint pas des montants significativement différents de ce qui peut être observé aujourd'hui en France.

Mais l'investissement socialement responsable comprend d'autres approches. Un nombre croissant de fonds de pension britanniques demandent à leurs gestionnaires spécialisés de mettre en œuvre des pratiques d'engagement (voir plus haut). Discrètes dans la forme, elles s'exercent par des contacts directs avec les directions des grands groupes. L'information publique sur les critiques de l'investisseur, voire l'intervention en AG et l'utilisation des droits de vote, constituent seulement des armes de dissuasion si les sociétés ne font pas évoluer leurs comportements, après lui avoir donné les délais nécessaires. Il en va de même pour le retrait, total ou partiel, d'un titre. Ces approches ont ainsi l'avantage de moins contraindre la gestion financière des portefeuilles qu'une sélection sur critères de responsabilité sociale. Ce processus de discussion avec le management permet en outre d'analyser les risques potentiels de l'activité sur la rentabilité à long terme du titre. C'est au nom de la défense des intérêts financiers durable de l'actionnaire que les gérants de ces fonds construisent leur argumentation en direction des entreprises, même si les principes éthiques et les préoccupations sociétales justifient aussi le choix des thèmes sur lesquels ils souhaitent des explications ou demandent que des actions soient mises en œuvre.

La part croissante prise par ces démarches dans la gestion de fonds au Royaume-Uni, notamment sous l'influence des syndicats via les fonds de pension, témoigne donc bien d'une dynamique d'investissement socialement responsable outre-Manche, même si la mesure de son ampleur nécessite de distinguer les pratiques formalisées et celles qui ne vont guère au-delà d'un affichage d'intentions.

Toutefois, la diffusion des approches de l'ISR au sein des principales sociétés de gestion françaises, la place prise par les offreurs étrangers sur la place de Paris, la présence d'agences de notation spécialisées dotées d'équipes significatives et performantes ou le rôle que peut jouer le Fonds de Réserve pour les Retraites placent la France plutôt en avance en Europe, même si les investisseurs institutionnels français sont encore loin de leurs homologues britanniques dans la prise en compte de ces démarches.


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