Grande Bretagne : vers un activisme actionnarial fort

Finance \Engagement

Publié le 05-03-2003

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La notion d'Investissement Socialement Responsable a fortement évolué depuis le lancement du premier fonds éthique britannique en 1984. Depuis le mot est devenu générique et qualifie à la fois l'investissement éthique et l'actionnariat responsable. En outre, les gestionnaires de fonds bénéficient désormais de nombreux outils et indices pour orienter leurs arbitrages concernant leurs participations dans les entreprises. L'apparition de ces outils et les scandales financiers ont poussé les acteurs du marché à devenir des actionnaires activistes.

Les acteurs de la City ont longtemps été réticents sur l'investissement socialement responsable. Lors du lancement du premier fonds éthique britannique, les analystes prédisaient que le marché pour ce type de produit ne dépasserait pas les 3 millions d'euros. Les mentalités ont aujourd'hui beaucoup évolué. Une conjonction d'événements et de législations contraignent, en effet, les opérateurs à ne plus uniquement prendre en compte les performances commerciales et financières des entreprises dans leurs décisions d'investissement.

ISR, un concept générique

Il est aujourd'hui réducteur de ne considérer que l'investissement éthique lorsque l'on examine le marché de l'ISR britannique. En effet, les fonds de pensions jouent un rôle prépondérant dans ce domaine depuis qu'une législation, en vigueur depuis juillet 2000, les contraint à rendre publique leur prise en compte ou non des aspects "environnementaux, sociaux et éthiques" dans la gestion de leurs investissements. La segmentation actuelle du marché est la suivante :

  • Les fonds éthiques

    Il s'agit de fonds qui incluent ou excluent des valeurs dans leur portefeuille sur des bases éthiques, sociales ou environnementales. Les produits les plus couramment proposés pratiquent un screening "négatif" c'est à dire qu'ils excluent certains secteurs d'activité de leurs investissements. Selon le cabinet EIRIS, en juillet 2002, 469 000 Britanniques étaient détenteurs de ces produits pour une capitalisation boursière totale de 6 milliards d'euros.

  • Les fonds de partage

    En anglais "cause-based-investing", ils concernent pour l'essentiel des fonds dédiés totalement ou partiellement à des ONG.
  • L'actionnariat responsable

    Ce type d'investisseurs engagent un dialogue avec les entreprises afin de les convaincre de suivre un certain nombre de bonnes pratiques. Les domaines dans lesquels ils cherchent à exercer une influence vont de la gouvernance d'entreprise à la gestion des risques environnementaux et sociaux. Ce sont les fonds de pensions et les gestionnaires de fonds qui tendent à pratiquer ce type d'approches ISR. En effet, les investisseurs institutionnels "estiment de plus en plus que les entreprises, dont les opérations sont socialement et environnementalement responsables, seront celles qui réussiront à l'avenir", souligne Keith Jones, PDG de Morley Fund Management (société de gestion contrôlant 2% de la bourse de Londres).
    Ce type de pratique est aussi connu sous le nom d'engagement.

Des outils spécifiques

Le développement de l'ISR a conduit certaines institutions à proposer, outre des produits de notation RSE, des indices spécifiques. Ces produits, proposés par les principaux leaders de la fourniture d'index, permettent aux investisseurs de disposer d'une série de benchmark et d'indices concernant les entreprises leaders en matière de RSE. Les indices FTSE4Good, lancés en juillet 2001, sont les plus usuellement utilisés en Grande-Bretagne, même si certains investisseurs utilisent les "Dow Jones Sustainability Indexes". Un nouvel index, publié par le BITC et portant sur la responsabilité d'entreprises est lancé le 12 mars 2003.

Un activisme croissant

Depuis que les investisseurs institutionnels ont intégré certains critères de responsabilité des entreprises dans leurs prises de décisions, leur implication dans l'évolution des systèmes de gestion des risques et de gouvernement d'entreprise est beaucoup plus forte. Leurs efforts portent sur des thèmes spécifiques qui peuvent varier d'une institution à l'autre mais on constate que les gestionnaires de fonds ISR ont tendance à travailler ensemble sur leurs problématiques communes afin d'augmenter le poids de leur influence sur la direction des entreprises dont elles détiennent une part de capital.
Les actions qui s'inscrivent dans le cadre de l'actionnariat responsable vont du dialogue avec la direction d'une société pour déterminer les causes d'un problème spécifique et les actions correctives à envisager au refus de vote des comptes lors de l'Assemblée Générale Annuelle (AGA).

Ce nouvel activisme actionnarial est particulièrement visible quand on détaille les scores obtenus par les motions déposées lors des AGA. Certaines motions, déposées par les ONG obtiennent un soutien croissant, de l'ordre de 8% en moyenne, qui ne peut être simplement attribué aux fonds éthiques. De plus, ces motions tendent à être de plus en plus agressives. Stelios Haji-Ioannou a par exemple du démissioner de son poste de PDG d'Easyjet en 2002 à la suite de critiques concernant la gouvernance d'entreprise du groupe. Il est d'ailleurs symbolique de constater qu'un des principaux gestionnaires de fonds britanniques, Morley Fund Management (propriété du groupe Aviva), a nommé un de ses senior manager "Head of UK Activism" (Chef du département activisme).

Pierre-Marie Coupry
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