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Les soubresauts de la crise financière ont amené un nouveau type d’interpellation des banques par la société civile. En décembre, elle a pris la forme très médiatique de l’appel dit de Cantona à faire sauter le système en demandant aux épargnants de retirer leurs dépôts. Les dirigeants financiers et gouvernementaux ont renvoyé le footballeur vers son terrain de jeu mais cela a donné une idée à l’association « Sauvons les riches » et au député européen Vert, Pascal Canfin. Ils ont lancé, en 48 heures un site jechangedebanque.org pour inciter les gens non pas à retirer leur argent mais à le déposer dans des banques qu’ils considèrent comme plus vertueuses comme la NEF, le Crédit Coopératif ou la Banque Postale. Cet appel semble avoir été entendu puisque le Crédit Coopératif annonce avoir enregistré 3500 demandes d’ouverture de compte pour le seul mois de décembre. L’opération pourrait avoir des prolongations dont les modalités sont encore en cours de discussion. Sans répondre directement à la campagne, la Fédération Bancaire Française (FBF) a, au mois de décembre elle aussi, lancé une campagne d’explications et de pédagogie sur le rôle des banques. L’objectif était de lutter contre les amalgames en faisant passer des messages via une page entière de publicité dans des quotidiens nationaux et régionaux au titre évocateur : « Quand on vous disait qu’on vous cachait des choses au sujet des banques ». Les choses en question sont les suivantes : les banques françaises ne sont pas à l’origine de la crise, elles n’ont pas eu besoin d’être sauvées ni de recourir aux contribuables. La FBF souligne aussi qu’elles ont augmenté leurs crédits à l’économie, tiré les leçons de la crise et rappelle que les banques emploient 400 000 personnes. Le message est martelé sur le site de la FBF dans une vidéo de sa déléguée générale. L’enjeu est crucial puisque depuis la crise les ONG lance des campagnes contre le secteur financier en prenant à partie ses clients. « Où va votre argent ? » est par exemple le slogan choisi par Greenpeace pour interpeler les clients du groupe BNP Paribas sur le financement d’un projet nucléaire au Brésil. L’ONG environnementale avait organisé une journée de protestation en octobre devant des agences bancaires. Pour soutenir cette campagne, elle a lancé un site Internet ouvavotreargent.com. La réplique de la banque a été d’en lancer un autre la reponseavosquestions.com sur lequel elle explique, elle aussi, comment et dans quelle proportion elle finance l’économie réelle par l’octroi de crédits. FinanceWatch, un lobby de contre expertise
« Dans le domaine de la finance, le lobbying des ONG est inexistant à Bruxelles » explique Pascal Canfin, le député Vert. « Elles sont axées sur des campagnes thématiques, environnementales par exemple. Elles obtiennent souvent un vrai succès public mais ne peuvent pas veiller à ce que leurs préoccupations soient intégrées au cœur des textes. Il n’existe aucun lobby venant contrer les arguments développé par celui du secteur financier qui est très efficace et très présent. Compte tenu du poids de ce secteur, c’est un vrai problème démocratique » ajoute-t-il. Il a donc lancé, en juin 2010, un appel à la création d’une organisation de lobbying de ce type «Finance Watch ». L’appel a été signé depuis par 180 élus de tous bords politiques, conscients de l’importance du secteur financier et désireux de bénéficier d’une contre expertise dans ce domaine. Finance Watch a pris corps à travers une mission d’étude financée par un petit groupe de députés européens. Le 3 février prochain son lancement officiel devrait être annoncé à Bruxelles. Finance Watch devrait avoir une Charte, une organisation à plusieurs collèges dont un pour les ONG et un autre pour les organisations académiques ou de recherche. Il faudra trouver ensuite les moyens de financer cette organisation qui, en vitesse de croisière, pourrait compter 5 à 6 lobbyistes à temps plein. Ils devront batailler sur les textes et organiseront la communication autour des impacts que peuvent avoir telle ou telle décision règlementaire sur l’économie réelle. Les concepteurs de Finance Watch soulignent que cette dimension est souvent occultée par la dimension très technique des dossiers financiers ! La Commission elle-même devrait contribuer au financement de Finance Watch tout comme elle le fait pour le BEUC qui défend les intérêts des consommateurs. « Pouvoirs et contrepouvoirs doivent être alimentés dans un système démocratique » souligne Pascal Canfin qui a reçu des assurances dans ce sens. Il conclut : «Pour faire bouger les lignes, Finance Watch ne doit pas être une initiative d’ONG altermondialistes, elle doit associer des experts financiers et des praticiens qui souhaitent revenir à un secteur financier plus transparent, bénéfique pour le monde réel et qui ne fonctionne pas en vase clos. »
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