Natixis : Fin de non recevoir pour les petits actionnaires

Finance \Relations actionnaires

Publié le 05-05-2009

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L'AG de Natixis, qui s'est tenue le 30 avril 2009, restera sans doute comme un cas d'école. Elle a été le cadre d'un impossible dialogue entre petits actionnaires, venus demander des comptes, et dirigeants, protégés par un important dispositif de sécurité. Cela ne leur a pourtant pas éviter un jet de pantoufles et quelques questions embarrassantes.

On peut organiser une AG sans caméra mais sans témoins c’est plus difficile ! Natixis qui avait décidé de programmer son assemblée générale la veille du 1er mai, ne cherchait visiblement pas à attirer un public nombreux (voir article lié). Le service d’ordre était important, les vigiles nombreux, les caméras et appareils photos de journalistes prohibés. « Il y avait 600 personnes dans une salle à moitié vide» raconte Fabrice Rémon, directeur de Déminor France, venu défendre quelques centaines de petits actionnaires sur les 3 millions qui ont acheté des titres de Natixis. « C’était l’AG la plus affligeante que j’ai jamais vue» ajoute-t-il. « Tout était organisé pour rendre incompréhensible les résolutions. Il y en avait 40 au programme. Elles ont été lues, une à une, sans aucun graphique d’illustration, ni tentative d’explication pédagogique. Aux questions parfois très émues de certains petits actionnaires qui ont expliqué leur détresse, il n’a été opposé qu’indifférence et arguties juridiques. »

La vidéo de l’assemblée générale, diffusée sur le site web de Natixis, donne le ton. Décor gris, mines graves et costumes sombres des hommes à la tribune dont sont absents les précédents dirigeants de Natixis débarqués quelques jours avant. Rien ne laisse supposer que cette réunion a pu être le théâtre d’un jet de pantoufles du collectif « Sauvons les riches ». Et pourtant ! Les membres de cette organisation qui milite pour l’instauration d’un revenu maximal, ont voulu imiter le lancer de chaussures sur le président Bush en proposant, selon leur expression, « un lancer de pantoufle sur pantouflard sans scrupule ». Ils visent François Pérol, l’actuel dirigeant du groupe qui réunit les Caisses d’épargne et les Banques populaires dont Natixis est une filiale. Leur récit est haut en couleur. Ils affirment être une dizaine à avoir acheté des actions pour pouvoir accéder à l’AG. Leurs sacs ont été fouillés pour éliminer toute possibilité de jeter des tomates ou des œufs sur la tribune, mais les pantoufles n’ont pas semblé dangereuses au service d’ordre. « Quand nous avons déboulé sur scène pantoufles dorées à la main, espérant les remettre poliment en mains propres à l’ex-secrétaire général de l’Elysée, François Pérol, nous avons été stoppés, à quelques centimètres du brave homme, par de virils vigiles. Nous avons été acculés, la mort dans l’âme et le poignet tordu, à lui lancer à la figure.»  écrit « Sauvons les riches » dans son compte-rendu publié sur Internet. Ils n’ont pas pu atteindre leur cible mais, selon leur témoignage, cette intervention très rapidement maitrisée, a « mis le feu » à l’AG. Les petits actionnaires, plutôt silencieux jusque la, ont soudain pris à partie la direction de Natixis aux cris de « voyous », « irresponsables », « démission », ce que confirme les participants à cette assemblée générale très tendue.

La partie réservée aux questions de la salle n’a pas permis de réconcilier les petits actionnaires et la direction de Natixis. Deminor avait pris la peine de faire enregistrer ces question par écrit au préalable. Elles portaient sur des enjeux de gouvernance, sur la composition du conseil d’administration, l’exposition au risque de Natixis ou encore les modes de rémunération des dirigeants. L’une d’entre elles évoquait le cas le sensible de Jean-Pascal Beaufret. Le directeur financier de Natixis a perçu, selon Libération, une rémunération globale de 1, 5 millions d’euros pour un passage éclair de neuf mois en 2008 dont 500 000 euros de prime d’arrivée, 500 000 euros de salaires  et 500 000 euros de prime de départ. « En quoi est-il équitable de verser des indemnités de départ à des dirigeants qui démissionnent de leur mandat social moins d’un an après leur prise de fonction, qui plus est lorsque ceux-ci ont perçu un bonus à leur arrivée ? » interrogeait Deminor dans ses questions écrites. « J’ai eu droit, pour toute réponse, à des références au code de commerce ou d’autres ouvrages juridiques» raconte Fabrice Rémon. Il conclue : « Les petits actionnaires ne peuvent rien attendre de cette direction. Il ne nous reste plus que les tribunaux !» D’ici quelques semaines, Deminor devrait déposer plainte contre Natixis pour diffusion de fausse information, au civil et au nom de centaines d’actionnaires. Les tribunaux offriront-ils des débats plus contradictoires que l’assemblée générale ? Il est certain que l’épilogue du feuilleton Natixis n’est pas encore écrit.
Anne-Catherine Husson-Traore
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