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La recherche académique ISR en quête de modèles

Finance \Recherche

Publié le 12-02-2008

Si les questions et les études de professionnels concernant l'ISR sont plutôt nombreuses, la recherche académique susceptible d'enrichir le débat en est encore au démarrage. Elle prend de préférence la forme de chaires dédiées, financées par des entreprises ou des sociétés de gestion. Curieusement, les évènements organisés autour de ses travaux semblent s'intéresser beaucoup plus à la RSE et aux politiques développement durable des entreprises qu'à la façon dont l'industrie financière intègre des critères extra financiers.

Deux chaires sont aujourd’hui consacrées à la « Finance durable ». Leur objectif : réunir entreprises, professionnels de la finance et chercheurs pour tenter «  de faire émerger de nouveaux modèles de valorisation » tenant compte des impacts sociaux et environnementaux des entreprises.
« Finance Durable et Investissement Responsable » a été lancée officiellement au printemps 2007. Cette chaire qui associe l’Ecole polytechnique et l’Université des Sciences sociales de Toulouse est financée par une quinzaine de sociétés de gestion et six institutions dont le Fonds de Réserve des Retraites. Pilotée par l’Association Française de Gestion (AFG), elle a été inaugurée en grandes pompes, le 30 janvier 2008. Si elle revendique deux axes majeurs de travail « Marchés financiers, stratégie d’investissement et croissance durable » et « Gouvernement d’entreprise et finance durable », difficile de trouver le moindre écho de ces deux thèmes dans la leçon inaugurale donnée par Jean Tirole, directeur scientifique de l’université de Toulouse. Focalisé sur la responsabilité sociale des entreprises, il a rappelé quelques principes fondamentaux conduisant les entreprises à intégrer dans leur stratégie des paramètres Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). Il n’a, en revanche, fait aucune allusion à la progression de la prise en compte de ces dimensions dans l’analyse de la valeur des entreprises qui relève de la communauté financière, pas d’allusion non plus aux Principes d’Investissement Responsable (PRI). Définis sous l’égide de l’ONU en 2006, les PRI sont destinés à généraliser la prise en compte des paramètres ESG dans les choix d’investissement et ont été adoptés par  plus 200 investisseurs internationaux  dont les actifs cumulés s’élèvent à 900 000

Chercheurs récompensés
Le prix de la recherche « Finance européenne et développement durable » constitue un autre moyen d’encourager la recherche sur l’ISR et la RSE. La troisième édition, organisée en janvier 2008 à Paris, a permis de récompenser trois contribution (une thèse, un mémoire de master et un article académique) dont les auteurs ont reçus chacun 5000 euros. Créé par le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) français, il a récompensé cette année les productions de chercheurs d’autre pays (italiens, finlandais et hollandais). Autre caractéristique, la majorité des travaux qui ont fait acte de candidature portent eux aussi plutôt sur la façon dont les entreprises intègrent la Responsabilité Sociale d’Entreprise et l’impact éventuel que cela peut avoir sur leurs performances économiques et financières.
milliards de dollars. Si les travaux académiques sont, en principe, destinés à identifier des facteurs favorisant le développement de la finance durable, il faudra sans doute attendre les premières publications pour mesurer s’ils ont atteint leur ambition, définie ainsi au démarrage de la chaire, en avril 2006 : « aider au développement de la gestion d’actifs, en créant  des outils et des modèles utilisables par tous les financiers spécialisés  tout en créant  un vivier de chercheurs formés sur ces thématiques

Calculer des taux de prévision écologique

La seconde chaire intitulée  « Finance et développement durable », lancée à l’automne 2006 par l’université Paris Dauphine, en partenariat avec EDF et Calyon, cherche elle des modèles quantitatifs pour une finance durable. Cela consiste à faire émerger de nouvelles méthodes de calcul pour pouvoir faire de la gestion financière intégrant des critères Environnementaux Sociaux Gouvernance (ESG) grâce à la mise en commun des savoirs de mathématiciens et d’économistes. Ce que résume le slogan de la chaire : « quantifier le durable pour financer le développement » !
Le président du conseil scientifique, Pierre-Louis Lions, mathématicien professeur au collège de France, soulignait, lors du premier évènement organisé par ses fondateurs au printemps 2007,  les divers obstacles que doivent surmonter les chercheurs pour parvenir au but fixé. « La première difficulté, c’est le foisonnement des thèmes scientifiques possibles. Nous avons fait des choix en commençant par l’énergie qui est le fil conducteur. La seconde difficulté est de trouver un langage commun entre mathématiciens et économistes pour développer ces nouveaux outils que pourraient être, par exemple, des taux écologiques ». Il s’agit dans ce cas d’intégrer aux calculs des prévisions, des paramètres relevant de l’écologie  comme la dégradation des ressources naturelles ou du climat, tout en anticipant sur les régulations adoptées par les gouvernements pour tenir compte des dits enjeux écologiques.

Une troisième chaire plus ouvertement consacrée à l’ISR, c'est-à-dire à la prise en compte de critères extra financiers dans la gestion, devrait être lancée dans les semaines à venir.
Le point commun de tous ces travaux financés par des professionnels est de s’engager à rendre compte à leurs commanditaires, mais aussi à un public plus large, des résultats de leurs recherches. De part et d’autres, on annonce dans les trois ans à venir de nombreuses publications. Les premières élaborées par « Finance Durable et Investissement Responsable », sont à découvrir sur le site dédié à la chaire (voir liens). La seconde chaire « Finance et développement durable» a, elle, focalisé la diffusion de ses premiers travaux sur un colloque prestigieux, organisé en décembre 2007 à Monaco avec Edmund Phelps, le prix Nobel d’économie 2006 et Sir Nicolas Stern, auteur du rapport sur le coût économique du changement climatique (voir article lié). Les actes du colloque intitulé « Finance et développement durable, opposition et partenariat » seront publiés dès février 2008 aux éditions Economica.

A.C.Husson-Traore
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