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Le micro-crédit est un des outils efficaces de réduction de la pauvreté, objectif prioritaire de la communauté internationale depuis le lancement, en 2000 par l’ONU, des Objectifs Millénaires pour le Développement (OMD). Le succès de ce mode de financement a conduit les Nations Unies à déclarer 2005 année internationale du micro-crédit. « Les programmes de micro-crédits jouent un rôle extrêmement important dans les stratégies de développement car ils offrent aux petits exploitants agricoles et aux négociants la possibilité d’augmenter leurs ressources et d’améliorer leurs conditions de vie par la création de petites entreprises » a précisé Lennard Bage, le président du Fonds International pour le Développement Agricole, lors d’une récente conférence à Rome . Imaginé au début des années 70, le micro-crédit fut d’abord démocratisé au Bengladesh par la Grameen Bank du professeur Mohammad Yunus. Le diagnostic est simple : l’absence d’accès au crédit des populations les plus pauvres les prive de la possibilité d’entreprendre ou d’augmenter la productivité de leur travail. En leur offrant la possibilité de contracter un crédit en adéquation avec leurs besoins et leurs moyens, ils pourront développer leur production, et donc leurs revenus. De ce simple constat sont nés plus de 3000 organismes de micro-crédit dans le monde. En 2004, ils ont permis à plus de 80 millions de personnes de développer un projet d’activités économiques en leur octroyant un crédit d‘une valeur moyenne de 100 dollars. Parmi eux près de 81% de femmes et 54,8 millions de personnes disposant d’un revenu quotidien inférieur à 1 dollar. Les résultats obtenus par les bénéficiaires de ces crédits peuvent être spectaculaires. La création de micro-entreprises dans le secteur agricole en Égypte a ainsi permis, dans certains cas, de doubler le rendement par hectare exploité. Les résultats financiers dégagés par l’activité de micro-crédit ne le sont pas moins. Aidés par un taux de remboursement exceptionnellement haut, qui frise les 100 % dans certaines associations comme Al Amara au Maroc, certains organismes de micro-crédit peuvent ainsi dégager une rentabilité sur fonds propres proche de 20%. La micro-finance, un nouveau segment bancaire Malgré la valeur ajoutée créée par leur micro-entreprise de nombreux entrepreneurs sont toujours exclus des services bancaires classiques dans leurs pays. Habituées à s'adresser à une clientèle disposant de revenus plus importants, les banques commerciales tendent à facturer des frais de gestion de compte hors de leur portée. Au Kenya, ces frais atteignent 10 dollars par mois alors que 56 % de la population du pays vit en dessous du seuil de pauvreté. Ce positionnement commercial a favorisé l’émergence de nouvelles entreprises bancaires qui s'adressent aux populations les plus pauvres, souvent majoritaires. Fortes de leur expérience d’évaluation et de suivi des micro-entreprises créées par leurs emprunteurs, de nombreuses organisations de micro-crédit se sont structurées afin d’offrir des services bancaires appropriés. Outre les livrets d’épargne et la possibilité de virements bancaires, ces nouvelles entités proposent une gamme large de produits pouvant aller des cartes de retrait aux prêts immobiliers en passant par l'assurance. A l’image d’Equity Bank au Kenya, certaines structures abandonnent le statut associatif pour devenir des banques à part entière. Depuis le 1er janvier 2005, Equity Bank est la nouvelle entité de l’organisation de micro finance kenyane Equity Building Society. Bien qu’elle soit la 44ème banque immatriculée au Kenya, elle gère déjà 21% des comptes ouverts dans le pays et dispose de la 6ème capitalisation financière du pays. Cet organisme parvient à dégager un bénéfice équivalent à 8% des fonds qu'elle a en dépôt malgré des frais de tenue de compte 20 fois moins importants que ceux de leurs concurrents. « Notre objectif n’est pas de faire des profits colossaux mais plutôt d’améliorer les conditions de vie de nos clients. En appliquant des économies d’échelles, nous sommes en mesure de réduire nos coûts et donc d’obtenir une profitabilité raisonnable.» déclare James Mwangi, le président de la banque. Les banques commerciales investissent ce marché
L’exemple d’Equity Bank est loin d’être isolé. Son modèle économique est inspiré de ceux de nombreuses institutions dans les pays d’Amérique Latine. Dès 1994, certaines organisations de micro-crédit dans cette région ont bénéficié de l’expertise technique et de l’apport financier de fonds d’ONG et de fonds privés américains. La conjonction de ces éléments, ainsi que la sélection d’organismes à la gouvernance irréprochable, a permis de créer des champions locaux de la micro-finance. La banque sociale équatorienne Banco Solidario compte ainsi plus de 100 000 clients et un bilan financier comparable à celui des grandes banques internationales. Son retour sur fonds propres avoisine les 20% alors que celui de la CityBank, première banque mondiale, plafonne à 12,8%. La rentabilité exceptionnelle que peuvent offrir les services bancaires destinés aux populations défavorisées incite de nombreuses banques commerciales à investir ce marché potentiel. Certaines d’entre elles cherchent à étendre leur niveau de services afin de pouvoir offrir des tarifs compétitifs aux clients traditionnels des organisations de micro-finance. Cette stratégie peut être particulièrement rentable. Ainsi la banque commerciale haïtienne Sogebank estime que sa filiale de micro-finance Sogesol contribue, à hauteur de 27 à 36 % de son résultat net alors que les crédits engagés ne représentent que 4% de ses encours. Cette situation commerciale exceptionnelle devrait aider les Nations unies à atteindre leur objectif de 100 millions de personnes bénéficiant de micro-crédits dans le monde à la fin de 2005.
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