La cotation sur les bourses étrangères attire moins les sociétés françaises

Finance \Législation

Publié le 12-01-2004

Partagez : Partager


L'information est passée plutôt inaperçue. Pourtant, elle reflète peut-être une tendance de fond des grandes sociétés françaises. Le 8 décembre 2003, le groupe de ciment Lafarge a annoncé qu'il se retirerait des marchés anglais et allemand courant 2004, "délister" dans le langage des financiers. En clair, il ne sera plus possible d'acheter des actions Lafarge à la bourse de Londres ou de Francfort, il faudra désormais passer par la bourse de Paris ou de New York.
Pour justifier ces retraits, les dirigeants de Lafarge se sont contentés d'un communiqué laconique dans lequel il souligne que "la liquidité des titres Lafarge est en effet très limitée sur ces places boursières depuis plusieurs années." Les échanges d'actions sur les bourses anglaise et allemande ne représentent en effet respectivement que 1,4 % et 0,2 % de l'ensemble des transactions quotidiennes effectuées sur les titres Lafarge. En outre, le fait d'être coté en Allemagne et en Angleterre complique considérablement les procédures dès que le groupe souhaite réaliser la moindre opération de fusion ou d'acquisition.

Alors, pourquoi le groupe Lafarge a-t-il voulu être coté en Allemagne et en Angleterre par le passé ? "C'était une époque où les contraintes pour les investisseurs étaient beaucoup plus fortes et où il était très difficile pour un investisseur allemand d'acheter des titres français", explique une responsable de la communication. Or, cette tendance s'est inversée depuis quelques années et les grands investisseurs institutionnels achètent directement des actions à la bourse de Paris. La cotation sur les marchés étrangers ne concerne finalement plus que les petits porteurs, mais le faible volume d'actions échangées par ces derniers ne justifie généralement pas le maintien de la cotation.
"Nous avons d'ailleurs demandé leur avis aux principaux investisseurs allemands et anglais avant de nous décider", assure-t-on chez Lafarge. En revanche, le groupe ne devrait pas lancer une procédure semblable sur le marché américain. De l'autre côté de l'Atlantique, en effet, même si les échanges d'actions ne représentent guère plus de 2 % des transactions totales effectuées sur le titre Lafarge, la présence du cimentier, qui date de 2000, est justifiée par la bonne visibilité que permet la cotation au New York Stock Exchange.


LVMH n'est plus coté au Nasdaq


Toutes les sociétés françaises ne semblent pourtant pas partager cet attachement au marché américain. Ainsi, un récent article du Monde (27 octobre 2003) affirmait que plusieurs entreprises françaises cherchent à quitter Wall Street. Pour l'instant, seul le groupe de luxe LVMH a sauté le pas en demandant en janvier 2003 à être "délisté" du Nasdaq, mais d'autres sociétés pourraient l'imiter. Dans le cas de LVMH, la principale raison invoquée fut également le faible niveau des échanges d'actions du groupe effectués à New York. Et, contrairement à Lafarge, ce motif a suffi aux dirigeants de LVMH pour prendre le risque d'être moins "visible" aux yeux des investisseurs américains.
Toutefois, s'agissant du retrait des bourses américaines, une autre explication moins avouable peut être suggérée : la loi Sarbanes-Oxley. Les nouvelles obligations instaurées par cette loi en termes de transparence imposent en effet aux sociétés françaises de mettre en place des procédures contraignantes et coûteuses. Elles doivent rédiger toute sorte de notes d'information à l'attention des investisseurs et organiser de nouveaux contrôles internes et externes dans l'établissement des comptes. Cerise sur le gâteau, la responsabilité juridique des dirigeants concernant les comptes de l'entreprise est par ailleurs renforcée et ceux-ci encourent désormais jusqu'à vingt ans de prison en cas de faute.

"La loi Sarbanes-Oxley est peut-être la goutte d'eau qui finit par convaincre certains PDG que la cotation à Wall Street n'est pas indispensable", confie l'associé d'un cabinet d'audit. Il est vrai que la présence sur le marché financier américain s'accompagne déjà de multiples contraintes. Non seulement les sociétés doivent établir une double comptabilité (en normes US Gaap et IASB), mais la procédure de cotation est plus complexe qu'ailleurs. Les entreprises ne peuvent pas émettre leurs titres directement, mais doivent passer un accord avec une banque américaine pour pouvoir émettre des ADR (American Depositary Receipts). Enfin, la cotation aux Etats-Unis ouvre la possibilité aux petits actionnaires de lancer des procédures judiciaires de class action à l'encontre des directions.
Au final, il semble donc que les avantages supposés de la cotation aux Etats-Unis - un plus grand accès aux capitaux mondiaux et une plus grande notoriété auprès des analystes notamment - apparaissent bien faibles. D'autant que, comme le montrent les exemples de LVMH et Lafarge, ces avantages ne semblent pas se vérifier dans la pratique. Les sociétés françaises vont-elles toutes imiter LVMH dans les prochains mois et déserter Wall Street ? Une chose est sûre, si la procédure de " délistage " est relativement aisée, il n'en est pas de même pour se faire définitivement désenregistrer de la bourse de New York. Et le coût de l'opération représenterait plus de dix millions de dollars.

Laurent Fargues
© 2004 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager
Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.novethic.fr/novethic/upload/misc/offre_stage_colloque.pdf