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Novethic : Pourquoi vous intéressez-vous aux peuples autochtones? Reed Montague. Nous sommes impliqués depuis longtemps. En 1999, nous avons été le premier fond américain à instituer le respect des droits des peuples autochtones comme critère d’investissement dans une entreprise. Nous pensons que leurs voix doivent être entendues en conseil d’administration, quand les décisions prises par l’entreprise ont un impact sur leurs vies, leurs territoires, leurs cultures, leur environnement. Nous sommes en faveur de la transparence. Quand une entreprise travaille sur un site, ou juste à côté, ses activités ont un impact sur la population environnante et des mesures adéquates doivent être adoptées pour préserver cette population.
370 millions de gens sont concernés dans le monde, cela fait combien de compagnies? Je n’ai pas de chiffre exact, mais certaines industries ont plus de chances d’entrer en contact avec les peuples autochtones. Je pense à la métallurgie, aux mines, au gaz, à l’exploitation des forêts... Les indiens par exemple sont proches de la nature. Ils ont tendance à vivre dans des lieux très bien conservés. Leurs terres attirent la convoitise. Nous demandons aux compagnies intéressées de respecter les droits à l’auto-détermination des peuples vivant sur les terres. Ils ont des droits qui ont été reconnus dans des traités, il faut préserver leurs moyens de subsistance, les aider a protéger les terres sacrées. Il faut penser à l’éducation, à la sauvegarde de la culture... Vous refusez de vous investir dans la compagnie Weyerhaeuser, un grand de l’industrie papetière, pourquoi? Nous sommes en discussion avec eux depuis 2003 et nous avons fait certains progrès. Mais nous avons appris que l’industriel tentait d’influer sur le traité en discussion entre l’Ontario et la communauté indienne Anishnaabe de Grassy Narrows pour pouvoir exploiter la forêt. Il n’y aura donc pas d’investissement chez Weyerhaeuser.
La déclaration des Nations Unies
En septembre 2007, l'ONU a adopté une déclaration sur les droits des peuples autochtones. Ce sujet débattu depuis une vingtaine d’années concerne 370 millions de personnes en Afrique, en Amérique, en Asie, en Europe et dans le Pacifique. A l’époque, les représentants de 143 nations ont voté en faveur de la déclaration, 4 pays ont refusé : les États Unis, la Nouvelle Zélande, l’Australie et le Canada. Mais ces positions pourraient changer. L’objectif de la déclaration : reconnaitre l’identité culturelle des peuples autochtones, leur langage, leurs droits économiques et politiques.
Avez-vous d’autres entreprises dans votre ligne de mire? Oui bien sûr. Le groupe énergétique Calpine a adopté un règlement sur les droits des peuples autochtones, mais il a un projet en cours sur des îles de Californie qui sont des terres sacrées. Il y a même eu un recours en justice, confirmant notre point de vue et soulignant le mauvais fonctionnement de l’agence fédérale...qui n’a pas réalisé d’études d’impact sur le terrain. Donc nous n’investissons pas dans Calpine. Nous nous sommes aussi intéressés au portefeuille de marques de prêt à porter Liz Claiborne. Ils avaient en 2002 une griffe de jeans, « Crazy Horse ». Or Crazy Horse était le nom d’un chef de la tribu Lakota qui s’est longtemps battu contre le gouvernement américain. L’utilisation de son nom par un jeanneur ne plaisait pas du tout à la tribu. Avec 800 autres investisseurs institutionnels, nous avons demandé a la compagnie de changer de nom, elle a refusé, nous avons vendu les titres Liz Claiborne. Les noms indiens sont particulièrement populaires aux États Unis dans les sports et la publicité. Est ce que vous intervenez là aussi? En 2009, nous avons envoyé une lettre au groupe de transport rapide Fedex. C’est une initiative coordonnée par le Forum de l’Investissement Social qui a créé un groupe de travail sur les droits des peuples autochtones. Fedex est le sponsor de l’équipe de football américain Washington RedSkins. Pour les indiens ce nom est une insulte, la connotation est très négative, Nous leur avons demandé de changer de nom. Le processus est en cours, le dialogue se poursuit.
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