Un indice boursier à faibles émissions de carbone

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Publié le 28-10-2008

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Laissez tomber le CAC 40 ou l'EuroStoxx 50, adoptez le Low Carbon 100 Europe ! ». Cet appel vibrant a été lancé lors de la présentation du premier indice boursier focalisé sur le carbone construit avec des ONG.

Le Low Carbon 100 Europe, de quoi s’agit-il ? D’un prototype, sélectionnant parmi les 300 plus grandes entreprises européennes cotées, les 100 moins émettrices de gaz à effet de serre. « Les émissions moyennes des cent entreprises intégrées à l’indice sont de 42 % inférieures à la moyenne des 300 entreprises qui composent l’univers de base », affirme Jan Keppler, membre du comité scientifique qui a élaboré la méthodologie. Pour en arriver là, il a fallu 18 mois de travail qui ont réuni divers acteurs ayant rarement l’occasion d’être autour de la même table: des ONG, des universitaires et des financiers. Objectif : intéresser les investisseurs institutionnels comme les particuliers. La Caisse des dépôts fait d'ailleurs partie des premiers souscripteurs.

Côté ONG, les trois parrains du projet sont Good Planet, l’association de Yann Arthus-Bertrand, Agrisud, spécialiste de micro entreprises dans les pays en développement, et le WWF. Leurs présidents respectifs ont expliqué, lors du lancement de l’indice, qu’ils souhaitaient disposer d’un outil adapté pour inciter les grandes entreprises à réduire leurs émissions. Ils revendiquent la paternité du projet, liée au besoin de disposer d’un outil financier le plus lisible possible sur les performances CO2 des entreprises.
Côté experts, le comité scientifique de l’indice rassemble des universitaires comme Jan Keppler, des membres d’ONG comme Sébastien Godinot des Amis de la terre et des professionnels de la finance comme Stéphane Voisin, responsable de la recherche ISR chez Cheuvreux, courtier du groupe Crédit Agricole.

BNP Paribas change de cap

L’association de la société de gestion du groupe BNP Paribas au projet « Low carbon » témoigne de l’évolution de l’entreprise sur les sujets environnementaux. Particulièrement montrée du doigt par les ONG jusque là, elle affiche désormais un nouveau positionnement qui se traduit par son adhésion aux Principes d’Equateur. Le 24 octobre, le groupe a annoncé avoir ratifié cet engagement volontaire qui prévoit d’appliquer à tout financement de projet dont le coût dépasse les 10 millions de dollars une grille de critères environnementaux sociaux, de santé et de sécurité. BNP Paribas qui est le leader mondial du financement de projets s’est engagée à appliquer dorénavant ces Principes pour tous ces futurs projets.

Méthodologie financière et écologique

Le changement climatique est quasiment le seul enjeu environnemental qui dispose d’un indicateur, la tonne de CO2, aujourd’hui intégré comme une donnée par le secteur financier. Même si les informations fournies sur leurs émissions de gaz à effet de serre par les entreprises sont encore incomplètes, leur reporting est suffisant pour permettre de les classer sur ce seul critère. La méthodologie de sélection dans l’indice s’appuie sur des données fournies par une agence britannique spécialisée, Trucost. Dix secteurs industriels y figurent, les trois premiers étant les sociétés financières, les biens de consommation et le pétrole et le gaz. Pour chacun d’eux ont été retenues les entreprises les moins émettrices de carbone. Pour tous, les émissions liées aux activités ainsi qu’aux approvisionnements en énergie et en matières premières, ont été comptabilisées. Les émissions générées par l’usage des produits ne sont, pour l’instant, prises en compte que pour deux secteurs, pétrole-gaz et automobile. L’objectif du comité scientifique est d’intégrer progressivement cette donnée dans tous les secteurs.
« Nous avons fait un arbitrage réussi entre considérations financières et écologiques » a souligné Jan Keppler. Car il restait à faire de cet indice un instrument financier utilisé par les marchés et susceptible d’interpeller les entreprises.
C’est le rôle des parrains financiers du projet qui sont BNP Paribas AM et NYSE Euronext qui gère six marchés boursiers dont Paris et New York et. Le premier va gérer un produit financier spécifique dont la composition est le reflet exact de l’indice qui sera coté sur les marchés du second. On appelle cela un tracker. Cet « Easy ETF Low Carbon 100 Europe est le premier tracker permettant aux particuliers et aux institutionnels d’intégrer la contrainte carbone dans leurs choix d’investissement », explique le président de BNP Paribas AM, Gilles Glicenstein. « Nous voulons faire jouer pleinement la finance carbone car nous croyons à son efficacité pour lutter contre le changement climatique », a lancé Serge Harry, membre du directoire de NYSE Euronext.

Différent du marché des quotas de CO2, inaccessible pour les profanes, le Low carbone 100 et son fonds spécialisé, a vocation à conquérir un public large. Il faudra pour cela mettre en place un marketing qui mette de côté la terminologie financière. Les représentants d’ONG ont commencé à le faire lors du lancement du produit, le 24 octobre. « La mise de départ est de 70 euros » a expliqué Robert Lion, président d’Agrisud. « Soyons cohérents, changeons nos modes de consommation et de placements ! » a renchéri Yann Arthus-Bertrand. Ils ont souligné de concert que l’objectif final de la stratégie « Low carbon » est de préserver autant que possible la planète en mobilisant tous les outils disponibles.

A.C. Husson-Traoré
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