Ses fraudes comptables n'ont pas (encore) exclu Ahold des indices éthiques

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Publié le 26-03-2003

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Le groupe de distribution hollandais Ahold dont les fraudes comptables ont secoué les bourse européennes en février , figure dans la majorité des indices éthiques européens. Les gestionnaires de ces indices expliquent pour quelles raisons, à l'exception d'Ethibel, ils se donnent le temps de la réflexion avant d'agir sur Ahold

Ahold : le rappel des faits
Après l'énergie, avec Enron, et les télécoms, avec Worldcom, la vague des scandales financiers touche désormais la grande distribution. Le 24 février 2003, le géant néerlandais Ahold annonçait que le résultat d'exploitation de sa filiale américaine Foodservice, propriétaire de près de 1600 supermarchés aux États-Unis, avait été surestimé d'au moins 500 millions de dollars, au titre des années 2001 et 2002. Une enquête interne sur d'éventuelles irrégularités comptables est lancée. La SEC (le gendarme de la bourse américaine) lance sa propre enquête en parallèle. Dans la foulée, le PDG et le directeur financier d'Ahold démissionnent.
Les conséquences sont à la hauteur du drame : l'action Ahold s'effondre de 67% le jour de l'annonce. Dans les jours qui suivent, une pluie de procès intentés par des actionnaires institutionnels s'abat sur l'entreprise et ses dirigeants, ainsi que sur le cabinet Deloitte & Touche, responsable de l'audit des comptes.
La première quinzaine de mars ne laisse aucun répit au groupe. Dans les colonnes du Financial Times, un ancien cadre d'Ahold affirme que des irrégularités comptables auraient été identifiées en interne dès 2001. Le 18 mars, Ahold reconnaissait envisager la cession de certaines de ses activités, pour tenter de résorber sa dette de 12,3 milliards d'euros, dégradée par les agences de notation à la suite du scandale. Les groupes français Carrefour et Casino seraient sur les rangs pour racheter certains actifs.
Lorsque le scandale Ahold éclate, à la fin du mois de février 2003, certains regards se tournent alors vers les indices éthiques. En effet, dans trois des quatre indices censés regrouper les champions européens de la justice sociale, de l'environnement et du gouvernement d'entreprise, le groupe de distribution hollandais figure en bonne place. Il s'agit en l'occurrence de l'ASPI Eurozone, géré par le français Vigeo, du Dow Jones Sustainability Index Stoxx, qui opère sa sélection en s'appuyant sur les analyses extra-financières du suisse SAM, et de l'Ethibel Sustainability Index (ESI), administré par l'agence belge Ethibel. Ahold mérite-t-il vraiment une place dans ces indices, alors que l'incident du mois dernier est perçu comme l'expression même d'une absence de transparence financière et plus largement, d'un gouvernement d'entreprise déficient ? Pas sûr.
Pourtant, trois semaines après l'annonce de l'incident, il y a peu de changement dans la composition des indices. Seul Ethibel vient d'annoncer la sortie d'Ahold de l'ESI. SAM et Vigeo n'ont pas bougé. Pourquoi ? Chez les gestionnaires, on invoque la nécessité de respecter la méthode de sélection des valeurs composant l'indice. En effet, la plupart des indices concernés font l'objet d'une révision annuelle, où les notes sociales et environnementales à jour sont prises en compte pour décider qui entre et qui sort de l'indice. À cette révision annuelle s'ajoutent des révisions techniques trimestrielles, à l'occasion desquelles une exclusion peut éventuellement s'envisager. Bref, impossible de sortir une valeur du jour au lendemain. Par ailleurs, les analystes préfèrent prendre le temps d'étudier en détail les causes et les conséquences d'un problème, avant de diriger une entreprise vers la sortie. " Dans les jours qui ont suivi l'annonce faite par Ahold, nous avons placé la valeur sous surveillance " explique Gregory Schneider, le responsable de l'indice ASPI chez Vigeo. Pendant cette période d'observation, qui pourra durer deux à trois mois, les analystes extra-financiers en charge de la valeur vont étudier en détail les informations parues dans la presse et contacter les représentants de l'entreprise et de ses parties prenantes. Ils décideront ensuite si l'événement est de nature à changer la note de la société. Il faudra donc attendre entre trois et six mois, pour savoir si lAhold continuera ou non à figurer dans l'ASPI. Même son de cloche chez les gestionnaires du DJSI Stoxx, qui affirment ne pas vouloir agir dans la précipitation : " Nous surveillons étroitement le déroulement de l'affaire et nous jugerons sur preuves " indique Alex Barkawi, le directeur général de SAM Indexes.
Seule exception à la règle : Ethibel. Les analystes de l'agence belge considèrent qu'il est impossible que les dirigeants d'Ahold aient ignoré le problème aussi longtemps. D'où la décision d'exclure la valeur de l'ESI. Toutefois, cette décision a été prise à l'occasion d'une révision normale de l'indice. Aucune entorse n'a été faite au calendrier.

Les analystes n'ont rien vu venir

Au-delà du seul mécanisme de renouvellement des indices, l'affaire Ahold pose le problème de l'efficacité du filtre éthique. Car si les analystes extra-financiers se penchent notamment sur la qualité des pratiques de gouvernement d'entreprise, aucun d'entre-eux n'a vu venir l'incident Ahold. " Nous avions repéré, lors de la dernière évaluation, en mai 2002, que la communication d'Ahold manquait sans doute de transparence " explique Dirk Van Braeckel, le directeur de la recherche d'Ethibel. " Mais la compagnie présentait d'autres points forts, qui ont motivé son maintien dans l'indice " ajoute-t-il. Chez SAM et Vigeo, on n'a vu aucun signe avant-coureur. " Soyons modestes " insiste Gregory Schneider (Vigeo). " Ce qui s'est passé chez Ahold est resté caché des yeux de tous, y compris des analystes extra-financiers ".

Qu'en est-il du FTSE4Good Europe ? L'indice éthique britannique est le seul à ne pas avoir retenu Ahold. Les gestionnaires avaient-ils remarqué quelque chose que les autres n'ont pas vu ? Pas vraiment. Selon les responsables de l'indice, c'est sur les critères environnementaux qu'Ahold a été recalée.
Dans l'ensemble, les responsables des indices éthiques européens avouent leur incapacité à anticiper de tels incidents. " L'évaluation sociale et environnementale nous donne une vision plus large de l'entreprise que la seule analyse financière " indique Alex Barkawi (SAM). "  Mais nous ne sommes pas devins pour autant. Nous pouvons déterminer si l'entreprise fait preuve d'un gouvernement d'entreprise proactif, en regardant par exemple le nombre d'administrateurs indépendant au conseil. Mais la fraude est quasi-impossible à anticiper " conclut-il. D'où l'importance de promouvoir la transparence financière en amont, par la mise en place d'un cadre réglementaire plus approprié. Une tâche à laquelle les autorités se sont attelées, de part et d'autre de l'Atlantique.

Edward Lichtner
© 2003 Novethic - Tous droits réservés
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