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Shell : vote hostile sur la rémunération des dirigeants

Entreprises \Gouvernance \Rémunération des dirigeants

Publié le 21-05-2009



Les formes de protestation varient selon les pays, mais les Assemblées Générales du printemps 2009 sont fréquemment le théâtre de contestations par les actionnaires des modes de rémunérations des dirigeants. Dernier épisode en date : l'assemblée générale du groupe pétrolier Shell, le 19 mai 2009 à La Haye, où près de 60 % des actionnaires ont voté contre la résolution sur la rémunération des cadres dirigeants.

Si largement plus de la moitié des actionnaires du groupe Shell ont voté contre le système de rémunération des dirigeants le 19 mai 2009 à la Haye, l’entreprise n’est pas obligée de les suivre puisqu’il ne s’agit que d’un vote consultatif. Elle s’est publiquement engagée à en tenir compte, sans préciser comment, mais elle se trouve d’ores et déjà publiquement désavouée  et dans une situation critique sur sa stratégie. Ce vote symbolise aussi un désaveu plus général, ce que confirme Nadia Laine, de l’agence de notation extra financière anglaise Eiris : “ Le score de ce  vote de protestation témoigne de la montée en puissance de la colère des actionnaires contre les systèmes de rémunérations et de bonus que s’octroient les dirigeants. C’est un cas de figure très rare. Les autorités de régulation et les politiques ont accusé les actionnaires de ne pas avoir contrôlé les dérives qui ont conduit à la crise financière. Ces derniers sont devenus beaucoup plus vigilants.”

Légitimité

Les péripéties de l’AG de Shell témoignent de l’évolution du rôle de ces instances. Elles sont devenues un endroit où il est nécessaire de convaincre les actionnaires de la légitimité de sa stratégie globale sous peine d’essuyer des revers cuisants.

Un comité de 7 sages pour limiter les excès
Sur le sujet plus que délicat de la rémunération des dirigeants, la France s’est dotée d’une instance d’appel à la modération : un comité des sages. Les deux organisations patronales que sont le MEDEF et l’AFEP ont désigné, le 19 mai, les 7 membres de ce cénacle. Il s’agit, pour l’essentiel, de dirigeants d’entreprises. Le comité des sages est présidé par Claude Bébéar (président d’honneur d’AXA). Y siègent Pierre Bellon (président de Sodexho), Gérard Brémon (président du groupe Pierre et Vacances), Dominique Hérard-Dubreuil (présidente de Rémy Cointreau), Alain Joly (Ancien président d’Air Liquide), Françoise Holder (président du groupe Holder) et Jean-Pierre Boisivon (professeur à l'université Paris-II Panthéon-Assas et délégué général de l'Institut de l'entreprise). Le comité pourra émettre un avis auprès de la direction d’une entreprise mais il n’a aucun pouvoir de sanction.
C’est ce qu’explique le spécialiste français de l’engagement actionnarial sur la gouvernance Olivier de Guerre, associé fondateur de Phitrust Active Investors : « Le vote des actionnaires de Shell est une attaque contre la méthodologie de calcul des bonus. Comment peuvent-ils être attribués malgré tout alors que les entreprises ont fait des contre performances tangibles ou pas atteint les objectifs fixés ? Nous sommes régulièrement consultés par des comités de rémunération qui nous demandent la recette efficace pour éviter ce cas de figure. Nous en recommandons une seule : que les dirigeants soumettent à l’approbation des actionnaires leur stratégie et leur système de rémunération. Si la première est crédible, le second est accepté sans problème. Nous l’avons constaté à de nombreuses reprises. »
Dans le cas de Shell, ces difficultés à convaincre de la légitimité du mode de rémunération de ces dirigeants coïncident avec de réelles difficultés stratégiques et des risques environnementaux et juridiques qui pourraient peser lourd. Ils concernent plus particulièrement le Nigeria, ressource clef pour la compagnie pétrolière et gazière. Devant un tribunal américain, Shell va devoir se défendre, à partir du 26 mai 2009, dans un procès pour violation des droits de l’homme. Elle est accusée d’être indirectement responsable de l’exécution, en 1995, de Ken Saro-Wiwa et de huit autres  rebelles Ogonis qui luttaient contre les conditions d’exploitation pétrolière dans le delta de Niger et plus particulièrement contre les pratiques de torchage au gaz. Shell nie toute responsabilité dans leur exécution et affirme avoir tenté de convaincre le gouvernement de gracier les rebelles. Les plaignants disposeraient au contraire de preuves de culpabilité. Le procès pourrait coûter des millions de dollars à Shell.
Les mises en causes environnementales sont tout aussi fortes. Greenpeace a publié le jour de l’assemblée générale du groupe, une étude qui dénonce les choix de mode de production de gaz et de pétrole faits par Shell. Selon cette étude, ils vont conduire la compagnie à augmenter de 85 % ces émissions de carbone dans les années à venir et font d’elle « la  compagnie pétrolière la plus productrice de carbone du monde ». L’ONG environnementale qui s’est indirectement adressée aux actionnaires souligne le « risque carbone » très lourd qui pèse sur Shell et espère qu’il découragera les investisseurs. Elle établit un classement où Shell est beaucoup plus handicapée que ses principaux concurrents, y compris Exxon qui était jusque la désignée par les défenseurs du climat comme la « pire compagnie pétrolière. »

A.C. Husson-Traoré
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