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Proposer d’investir sur des thématiques environnementales constitue un mouvement de fond chez les spécialistes de l’ISR, plus particulièrement dans des pays comme la Suisse. La gamme à disposition des investisseurs est variée : eau, climat, énergie, bois…mais jusque là aucun n’offrait de fonds dédié à l’agriculture « se proposant d’investir dans les solutions de lutte contre les déséquilibres agricoles mondiaux». La société de gestion suisse Pictet a présenté, le 13 mai à Paris, son fonds Agriculture dans un décor champêtre de luxe. Son argumentaire est le suivant : l’agriculture est un secteur d’avenir clef mais à condition de « privilégier les formes d’agriculture les plus efficientes en terme de ressources ». L’équation est simple : la population mondiale devrait atteindre les 9 milliards en 2050. Il faut nourrir 200 000 personnes supplémentaires chaque jour et, pour la première fois, les habitants des villes sont aujourd’hui plus nombreux que les habitants des champs. Or, l’urbanisation galopante, les phénomènes d’érosion du sol et de dégradation des terres arables se conjuguent pour diminuer les surfaces cultivables disponibles. Il faut donc optimiser toute la chaine de production agricole ce qui va des semences, machines et fertilisants aux services de traçabilité et contrôle qualité des produits agricoles en passant par l’optimisation des modes de culture et l’organisation en fermes de taille importante. Pictet a donc sélectionné des entreprises cotées appartenant à ces métiers très variés, partout dans le monde. Le point commun de ces 70 valeurs : contribuer d’une façon ou d’une autre au maintien de prix raisonnables pour les matières premières agricoles, à la sécurité alimentaire, à la réduction du gaspillage.
Pictet Agriculture s’efforce de déminer par avance les éventuelles polémiques que pourrait provoquer la complexité des enjeux liés à l’alimentation des populations sur lesquels est construit le fonds. « Nous n’investissons pas dans les matières premières parce que nous voulons tirer parti des solutions, pas des problèmes ! » explique Gertjan van der Geer, responsable de la gestion des fonds thématiques de Pictet. « Nous voulons aussi éviter les écosystèmes sensibles comme le bassin de l’Amazonie » ajoute-t-il « parce que le fonds n’investit pas dans des modèles commerciaux contestables sur un plan environnemental. » Enfin le fonds exclut les sociétés très exposées aux OGM, c'est-à-dire celles dont ils représentent plus de 10 % des ventes.
Pour convaincre les investisseurs, mieux vaut utiliser les codes qui leur sont familiers. Pictet leur a donc présenté de nombreuses courbes et graphiques, destinés à montrer pourquoi il faut améliorer les rendements et réduire les gaspillages dans le secteur agricole. 10 à 15 % des produits agricoles sont perdus entre le transport, le stockage et le conditionnement. Près de 25 % des fruits et légumes seraient, par exemple, gaspillés aux Etats-Unis ! Plus surprenant, le calcul de l’efficience énergétique de la chaîne de production réserve des surprises. La consommation d’un mouton, élevé localement au Royaume-Uni, représente 2849,1 k/t de CO 2 contre 688 pour un mouton importé congelé de Nouvelle-Zélande.Essentiellement parce qu’il faut plus d’énergie pour élever des moutons dans des pays froids et pluvieux ! Sans afficher d’étiquette ISR pour ce fonds, Pictet espère qu’il va rendre plus lisible, pour des financiers, une grille de lecture développement durable des enjeux planétaires. Auront-ils été convaincus ? Les montants investis d’ici quelques mois dans le fonds permettront de le savoir. En attendant, la centaine d’investisseurs invités à la présentation sont tous repartis avec quatre petits verres de graines de ciboulette, cerfeuil, basilic et persil..Cultiver, cultiver, il en restera toujours quelque chose !
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