Finance solidaire : le cas de Cocovico à Abidjan

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Publié le 04-11-2010

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Oikocrédit, acteur privé de la micro-finance, intervient en majorité en Amérique latine mais aussi en Afrique de l'Ouest pour aider à développer des petites et moyennes entreprises. Basée aux Pays-Bas, l'organisation a présenté à Paris un de ses projets phares, la coopérative commerçante Cocovico située à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

Oikocrédit est peu connue en France, pourtant depuis 35 ans elle a déployé un milliard d’euros dans des projets de micro-finance dans les pays en développement, de la République dominicaine à l’Australie, en passant par l’Afrique. Aujourd’hui, ce financeur privé, labellisé par Finansol, affiche 450 millions d’encours et environ 800 partenaires à travers le monde. Les critères de sélection des projets sont communs à ceux du secteur : des micro-entreprises qui doivent être rentables pour que les prêts puissent être remboursés, des projets essentiellement portés par des femmes en milieu rural, et généralement organisés en coopératives.
En Côté d’Ivoire cependant, Oikocrédit est allé plus loin en finançant le projet de marché de Cocovico à hauteur de 1,5 million d’euros et réunissant aujourd’hui 180 femmes, qui vendent sur cette plateforme des produits issus de l’agriculture vivrière, locaux ou importés. D’une toute autre ampleur que les projets habituels en micro-finance, le projet aujourd’hui est une réussite : le marché accueille quotidiennement jusqu’à 5000 commerçants et le prêt devrait être remboursé en 2012. Outre des conditions sanitaires plus sûres, le marché dispose aussi d’un centre de soins qui permet de se faire vacciner ou de dépister le VIH/Sida.

Oikocrédit reçoit le prix du CGAP

Le prix du CGAP (Consultative Group to Assist the Poor), centre de recherche hébergé par la Banque mondiale, a été descerné à Oikocrédit le 12 octobre pour sa contribution à des investissements socialement responsables et son engagement auprès de ses partenaires. Pour être éligible au prix ESG (environnement, social et gouvernance), Oikocredit a été évalué dans les quatre domaines suivants : transparence du reporting, intégration et mise en œuvre, exhaustivité du cadre ESG, engagement et innovation.

Difficile mise en oeuvre

Pourtant, la partie était loin d’être gagnée, comme le raconte Rosalie Botti, présidente de la coopérative Cocovico. « Dans les années 90, le marché auparavant informel, a commencé à s’étendre. La mairie nous a demandé de le structurer, car nous étions sur un site qui jouxtait des quartiers résidentiels…mais pour cela nous avions besoin d’investir. Or, aucune banque n’a voulu nous suivre, ni les organisations de développement, ni la Banque mondiale », explique-t-elle. Le profil des femmes commerçantes – analphabètes et sans capital-, constituait un frein majeur, jusqu’à ce qu’elles rencontrent Mamadou Touré, alors responsable du bureau régional d’Afrique de l’ouest d’Oikocrédit, basé à Abidjan. Ce projet de marché est l’un des plus importants qu’il aura suivi à ce poste. Durant 8 ans, il accompagne les fondatrices de la coopérative –elles ne sont que 6  au départ- et réalise les études de faisabilité qui seront présentées au comité de crédit de l’organisme, situé aux Pays-Bas. Le siège accepte le dossier et dépêche alors un représentant sur place pour valider le projet, qui donne rapidement son feu vert. Mais un imprévu de taille vient compromettre l’accord : une guerre civile éclate en septembre 2002 et plonge le pays dans une crise profonde, très loin du "miracle ivoirien" forgé par Houphouët-Boigny.

Quoi qu’il en soit, Rosalie Botti veut persévérer. Il en faut plus pour décourager cette mère de six enfants, bien décidée à lancer ce projet permettant, qui plus est, de nourrir la population…Elle parviendra  finalement à convaincre Oikocrédit de poursuivre l’aventure, malgré un contexte extrêmement difficile et chaotique. En 2004, la construction est lancée dans une période de forte instabilité politique et les travaux accuseront jusqu’à 36 mois de retard, mais le siège continue à soutenir la coopérative... Avec raison, puisqu’en 2008, le marché est enfin inauguré et vu dans les pays voisins de la Côte d’Ivoire comme un modèle à répliquer. « Nous étions convaincus du potentiel de ce projet, même dans ce contexte très risqué, souligne Mamadou Touré. Ce qui nous manquait, ce n’était pas les produits, mais bien les moyens de les vendre ». Un accompagnement à la bonne gouvernance et aux pratiques comptables a également été un facteur clé pour structurer ce projet, qui « n’a pas été un long fleuve tranquille », confirme Mamadou Touré. Mais l’adaptation au contexte et la flexibilité des méthodes d’Oikocrédit auront permis, au final, de faire émerger plus de 200 boutiques sur ce vaste marché où se sont depuis implantées des parfumeries, des magasins de vêtements et de bijoux. Reste désormais à dépasser le cap de l’exemple pour le développer dans d’autres pays… Le Mali, le Bénin et le Sénégal sont sur les rangs.


*Le label Finansol repose sur des critères de solidarité et de transparence. Il garantit aux épargnants qu'ils contribuent au financement d'activités génératrices d'utilité sociale.

Véronique Smée
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