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« Nous sommes ici parce que nous croyons que les investisseurs ont un rôle important à jouer dans la protection des droits de l’homme ». Adam M. Kanzer, directeur des investissement éthiques de Domini Social Investments LLC, a ainsi expliqué lors de la conférence de presse, organisée à New York le 7 novembre, les raisons pour lesquelles le fonds d’investissement qu’il représente a décidé de signer la déclaration sur la liberté d’expression et Internet. Il a ajouté « les démocraties constituent le meilleur environnement pour la finance. Par ailleurs, la création de valeur actionnariale sur le long terme ne peut se faire à travers la violation des droits de l’homme. La censure et la mise sous surveillance sont une source de destruction des intérêts économiques à long terme des entreprises du secteur Internet. ». Cet engagement solennel répond à un appel, lancé il y a 18 mois, par l’association française Reporters sans Frontières, « préoccupée par la collaboration de certaines entreprises américaines du secteur Internet avec des gouvernements autoritaires ». La situation chinoise est au cœur de cette mobilisation exceptionnelle et, plus particulièrement, le sort des cyberdissidents. Yang Zili a été condamné, en mai 2003, à 8 ans de prison pour avoir créé un site Internet prônant la démocratie. Quant au journaliste Shi Tao, il lui a été infligé une peine de 10 ans de prison pour avoir publié des informations considérées comme « secret d’Etat » sur un site basé aux Etats-Unis. Il a été identifié grâce aux informations fournies par « Yahoo ! » chez qui il avait un compte mail. Une autre signataire de la déclaration, Dawn Wolfe, responsable de la recherche sur l’investissement éthique de Boston Common Asset Management, estime que « la croissance à long terme et la viabilité du secteur Internet dépend de la perception et de la croyance des utilisateurs qu’ Internet est ouvert, sûr et fiable. Cette déclaration sur la liberté d’expression est un moyen de rappeler aux entreprises que nous nous intéressons non seulement à leurs chiffres d’affaire mais aussi à la façon dont il est généré. Enfin il s’agit de faire pression sur elles pour les inciter à ne pas se compromettre dans des violations de droits de l’homme. » Boston Common Asset Management est déjà passé à l’acte puisque, depuis janvier 2005, il interroge Cisco System sur la façon dont il travaille dans les pays qui sont connus pour contrôler le trafic Internet, grâce à diverses méthodes de surveillance et de censure. Le 15 novembre prochain il va déposer, lors de l’assemblée générale de l’entreprise en Californie, une résolution à ce sujet. Les 25 signataires de la déclaration s’engagent, entre autres, à « surveiller l’activité des entreprises du secteur Internet dans les pays répressifs pour évaluer leur impact sur l’accès à l’information ». Ils appellent « les entreprises du secteur d'Internet à adopter et rendre publics des codes d'éthique qui garantissent leur engagement pour la liberté d'expression et définissent leurs obligations pour la soutenir. » Ces investisseurs veulent pouvoir s'assurer que les produits et services de ces entreprises « ne sont pas utilisés pour violer les droits de l'homme (notamment ceux permettant la censure d'Internet, la surveillance et l'identification des dissidents). » Julien Pain, en charge de ce dossier pour reporters Sans Frontières déplore qu’aucun investisseur français ne se soit associé au projet. « On s’est adressé à tous les acteurs français de l’ISR. Leur réaction montre qu’ils sont rétifs à tout engagement. On peut se demander si l’ISR n’est pas qu’un axe de communication et s’il existe un seul fonds en France qui puisse revendiquer l’étiquette éthique ». A ceux qui souhaiteraient se manifester, il rappelle que la liste des signataires reste ouverte.
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