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Aux Etats-Unis, les militants d’Amnesty International ne se contentent plus d’envoyer des cartes postales aux dirigeants des Etats pour leur demander de respecter les droits humains. Désormais, ils achètent des titres en bourse et déposent des projets de résolution lors des assemblées générales réunissant les actionnaires des entreprises. Le 23 octobre 2006, Amy O’Meara, chargée du programme « business et droits humains » au siège new-yorkais de l’organisation, est venue à Paris pour présenter la démarche à une trentaine de militants de la section française. L’association dispose d’un «petit fonds d’environ 15 000 dollars » indique Amy O’Meara. Il ne s’agit pas de la trésorerie de l’organisation, par ailleurs placée selon des critères éthiques, mais bien d’un fonds spécifique, dédié à l’activisme actionnarial. Aux Etats-Unis, il suffit de détenir 2000 dollars en actions pour déposer une résolution au cours d’une assemblée générale. L’équipe d’Amy O’Meara, composée de deux salariés (dont elle-même) et d’une demi-douzaine de bénévoles, choisit ses cibles parmi les entreprises cotées aux Etats-Unis. Cette année, trois sociétés sont visées : les compagnies pétrolières Dow Chemical et Chevron Texaco et la société de services en ligne Yahoo. Dow Chemical, qui a racheté le chimiste Union Carbide en 2001, refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans l’explosion de l’usine chimique de Bhopal qui a tué, selon Amnesty, 15 000 personnes depuis 1984 (voir article lié). Les forages de Chevron Texaco en Equateur polluent, selon l’organisation, les ressources naturelles utilisées par des tribus indigènes, au point de menacer leur santé et leur survie. Yahoo, enfin, est attaquée pour sa collaboration avec les pratiques répressives du gouvernement chinois. Succès limités L’activisme actionnarial n’est pas la seule action menée contre ces sociétés. « Dans chaque cas, nous incitons nos adhérents à écrire des lettres au PDG et, le jour de l’assemblée générale, une manifestation est organisée à l’extérieur » précise Amy O’Meara. Pour les militants, leur participation aux réunions d’actionnaires ne se déroule pas toujours au mieux. « Souvent on nous coupe le micro, ou d’autres participants nous sifflent. L’an dernier, nous avons proposé au PDG de Dow un verre d’eau contaminée provenant de Bhopal ; il l’a refusé. » raconte la responsable. Amnesty cherche également à former des coalitions avec d’autres actionnaires engagés. « Nous sommes parvenus à convaincre le fonds de pension des employés de la ville de New York et les fonds de gestion de certaines universités. Ensemble, nous avons réuni au sein des actionnaires de Dow une coalition qui pèse 190 millions de dollars d’actions du groupe » se félicite Amy O’Meara. Le bilan de l’activisme d’Amnesty reste toutefois assez maigre. Chez Dow, l’association a obtenu un rendez-vous avec la direction générale … qui a aussitôt été annulé. Une résolution obligeant l’entreprise à se pencher sur les conséquences de la tragédie de Bhopal a obtenu 7% des voix, un score pas si mauvais selon les normes de la démocratie actionnariale, mais insuffisant pour faire bouger la direction. En 2005, une résolution présentée lors de l’assemblée de Chevron Texaco a reçu le soutien de 9% des actionnaires. Chez Yahoo, l’unique satisfaction d’Amy O’Meara, pour l’instant, réside dans l’accueil réservé au discours des militants d’Amnesty par les actionnaires individuels de la société. « Beaucoup nous ont félicité pour avoir osé contester publiquement la politique chinoise de l’entreprise » témoigne la responsable. Et en France ? Amy O’Meara n’a pas l’intention de baisser les bras. « Ces campagnes nous permettent aussi de convaincre les militants d’Amnesty, aux Etats-Unis comme à l’étranger ». La section canadienne pratique l’activisme actionnarial. L’Américaine aimerait persuader la section française d’en faire autant. Il y a quelques années, la commission « entreprises » de l’association ne voulait pas entendre parler d’achat de titres boursiers. Aujourd’hui, la nouvelle présidente, Lisa Tassi, y serait plutôt favorable, mais elle se heurte à un obstacle important : en France, le dépôt d’une résolution nécessite de regrouper un certain pourcentage du capital de l’entreprise, une somme hors de portée pour une association. Une responsable d’Oxfam-Agir ici, qui cherche à influencer les entreprises du CAC 40, explique que son association « se rabat sur la possibilité de poser des questions orales en assemblée ». Les militants d’Amnesty se contentent pour l’instant des méthodes éprouvées : cet automne, ils envoient une carte postale à Henri de Castries, PDG d’Axa pour lui demander de ne plus financer les bombes à sous-munitions.
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