Allemagne : l'activisme actionnarial reste un exercice difficile

Finance \Engagement

Publié le 29-06-2009

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Infatigables. Et tenaces. Depuis plus de vingt ans, les « Kritische Aktionäre », pourvus de moyens modestes, font entendre inlassablement leurs voix aux assemblées générales des grandes entreprises allemandes. Ces « actionnaires critiques » les interpellent sur leur responsabilité sociale et environnementale et trouvent avec la crise un certain écho.

« Les périodes de crise sont des périodes propices pour nous. Les avis des ONG sont plus demandés, les médias viennent vers nous », se félicite Markus Dufner, directeur de l’organisation « Kritische Aktionäre », basée à Cologne. De passage à Francfort à l’occasion de l’assemblée générale de la Deutsche Bank, il tire un bilan positif de la saison 2009 : « Enfin, il nous est possible de voir nos revendications non plus ignorées, non plus discutées, mais potentiellement appliquées ». L’organisation des « actionnaires critiques » représente les intérêts de 31 ONG et de 5000 particuliers. Tous possèdent des actions dans plusieurs entreprises du Dax 30 et ont transmis leurs droits d’actionnaires aux représentants des « Kritische Aktionäre ». Ce faisant, ces représentants disposent ainsi du droit d’intervention en assemblée générale, peuvent déposer des résolutions et voter contre celles proposées par la direction de l’entreprise. « Bien sûr, le nombre d’actions, et par conséquent le nombre de voix dont nous disposons est infiniment bas par rapport aux grands actionnaires. Mais pour nous, il ne s’agit pas tant d’obtenir un vote majoritaire que de pouvoir remettre en question, publiquement, l’action des dirigeants », précise Markus Dufner, qui prend comme modèle l’activisme actionnarial anglo-saxon.

Devant l’ampleur de la crise économique et financière actuelle, les thèmes pour l’année 2009 se sont imposés d’eux-mêmes : évasion fiscale et paradis fiscaux, greenwashing, mais surtout remise en cause des rémunérations et bonus des dirigeants, qualifiés de « scandaleux », d’ « immoraux » voire d’ « obscènes » par l’opinion publique allemande. Il s’agit aussi de remettre en question les « Directors & Officers Versicherung », ces assurances sur mesure, financées par l’entreprise, couvrant les dirigeants contre les plaintes pour dommages et intérêts lorsque les bilans s’avèrent négatifs.
Figure également à l’ordre du jour la création d’une sorte de « contrôle technique » (« Finanz-TÜV ») sur les produits financiers afin de limiter les prises de risque. Bref, ce sont autant de revendications reprises cette année par d’autres associations d’actionnaires – et par la sphère politique allemande (sauf les libéraux du FDP, précise Markus Dufner), soucieuse de réagir alors que les échéances électorales de septembre approchent à grands pas…

5 heures d’attente  pour 3 minutes de temps de parole

Parler en assemblée générale alors que l’on est un petit actionnaire soucieux de RSE peut s’avérer éprouvant : « On peut attendre 4 ou 5 heures, voire plus, avant de pouvoir parler. Et là, on ne dispose que de 3 minutes », rapporte Markus Dufner. « On n’a pas le temps de donner dans les généralités. Il s’agit d’être le plus précis possible ». L’organisation applique donc deux méthodes : l’apport de preuves irréfutables et les témoignages directs. Dans le premier cas, les donneurs d’alerte jouent un rôle primordial et les actionnaires critiques peuvent s’appuyer sur le réseau allemand des « Whistleblowers », également basé à Cologne. Dans le deuxième cas, ce sont des représentants d’autres ONG qui apportent les témoignages.

C’est le cas d’Almoustapha Alhacen, adjoint au maire de la ville d’Arlit, au Niger. Invité par l’ONG Urgewald, membre des « Kritische Aktionäre », à parler lors de l’assemblée générale de la Deutsche Bank, Almoustapha Alhacen a pu témoigner des dégâts causés dans la population locale par la pollution à l’uranium – un uranium extrait par Areva, entreprise française certes, mais partiellement financée par la Deutsche Bank. « C’est la première fois que j’ai pu parler devant autant de personnes à la fois. J’ai fait des conférences en France et en Suisse mais les audiences étaient beaucoup plus petites. Trois minutes, c’est très court, mais j’ai eu l’occasion de m’adresser à plusieurs milliers de personnes à la fois », rapporte le politicien nigérien. Qui a pu exposer sa revendication à la Deutsche Bank : « Comme la Deutsche Bank finance Areva, nous demandons à ce qu’elle finance en parallèle des structures permettant de stocker les déchets radioactifs. Pour le moment, les déchets sont déposés à l’air libre ».

Il s’agit maintenant de maintenir l’élan pris lors de la saison 2009. Et là, rien n’est moins sûr. Markus Dufner se pose la question de savoir si le monde politique saura appliquer ses promesses une fois les élections de septembre passées. Quant aux actionnaires, tout particulièrement remontés contre les rémunérations excessives des dirigeants, « ils peuvent avoir la mémoire courte. Ma principale crainte est de voir ces thèmes retombés dans l’oubli dès lors que le cours des actions remontent ». 

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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