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Le 3 mars dernier, la FEBEA (Fédération Européenne de Finances et Banques Ethiques et Alternatives) a présenté ses activités au Parlement européen. Une première étape importante de reconnaissance à l'échelle continentale pour cette association fondée en 2001 et qui réunit une quinzaine d'institutions de finances éthiques et solidaires, oeuvrant en Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Angleterre ou encore en France (Crédit coopératif, NEF, Caisse solidaire du Nord Pas-de-Calais). Auprès du parlement, deux objectifs majeurs, ont été abordés : le projet de réglementation européenne sur les banques éthiques et solidaires, et la création en 2005 d'une Banque européenne alternative, première étape vers un système financier solidaire européen, puis mondial (SFSM). Les explications de Jean-Paul Vigier, président de la FEBEA.
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Vous espérez créer la première Banque européenne alternative. Quelle sera sa mission ? Jean-Paul Vigier : Il s'agira d'une institution bancaire de second niveau, c'est-à-dire destiné au financement d'institutions, dont les objectifs sont triples. Tout d'abord, ce sera une caisse centrale dédiée aux organisations de financement alternatif ayant besoin de fonds. Car aujourd'hui, le calcul des ratios permettant d'emprunter de l'argent s'étant durci, nombre de ces structures se trouvent exclues du système traditionnel. Ensuite, cette banque servira de garantie pour ces organisations qui financent des entreprises solidaires, plus ou moins fragiles. Enfin, nous souhaitons créer une structure à l'échelle européenne, pour fédérer les initiatives.
Mais n'y a t-il pas un risque de voir se répéter l'histoire des caisses d'épargne, qui, dans le passé, ont joué ce rôle de solidarité vis-à-vis des classes exclues des réseaux de crédits habituels, avant de devenir avec le temps un grand groupe bancaire au service des nouvelles classes moyennes ? Jean-Paul Vigier : C'est vrai, le risque est inévitable, mais je pense que chaque génération est amenée à inventer des réponses et des formes de financement pour les plus pauvres. Je pense ainsi que dans quelques années, l'économie solidaire telle qu'on la connaît sera supplantée par un nouveau système car de nouveaux exclus feront leur apparition, ayant de nouveaux besoins de financement. On ne doit pas s'interdire de grandir, et militer pour un régime pur et dur. Le raisonnement à tenir n'est pas en terme de pauvreté, mais d'accès au crédit, qui n'est pas forcément ni toujours lié à la pauvreté. Et c'est cet accès pour lequel on doit inventer de nouvelles formes.
Novethic : Un autre enjeu est celui de la proximité. Les solutions alternatives fonctionnent car elles apportent des réponses adaptées à des problèmes locaux, comment conjuguer cela avec une vision européenne ? Jean-Paul Vigier : Cette banque n'enlève rien à la nécessaire multiplication des structures financières solidaires de proximité, il ne s'agit pas d'une banque centralisée mais d'une initiative visant à mutualiser les moyens et les garanties dont pourront bénéficier ces structures, démarche vitale pour elles.
Novethic : Cette banque européenne serait une première étape sur le chemin d'un système financier solidaire européen ? Jean-Paul Vigier : On en prend le chemin, mais si les initiatives se font à l'échelle européenne, il est indispensable d'apporter une garantie sur l'investissement solidaire, et cela ne peut se faire qu'à travers une labellisation européenne. L'idée serait de regrouper par exemple les activités de Finansol et d'Ethibel, qui s'occupent respectivement en France de labellisation de produits financiers solidaires et en Belgique de notation sociale et environnementale. Il faut une vision multiple, car ce qui est important, c'est d'harmoniser nos définitions de la solidarité, et les moyens financiers que l'on y dédie. Le mot " solidaire " n'existe pas en Allemagne qui évoque plutôt le " social " quand l'Italie parle " d'éthique ". Il y a un vrai problème de langage à résoudre, lié à nos différences culturelles et historiques.
Novethic : Sur le plan européen, les choses commencent à bouger pour la visibilité de l'économie solidaire, à en croire cette initiative du Conseil de l'Europe, qui va consacrer son prochain Forum, en octobre, à la finance solidaire et évoque le projet d'une plate-forme de dialogue. Qu'est-ce que cela apporterait ? Jean-Paul Vigier : Ce serait une plate-forme dans laquelle on retrouverait les pouvoirs publics, des parlementaires et des institutions représentant divers acteurs de l'économie sociale (finances alternatives, commerce équitable...) pour comprendre les spécificités et attentes de cet univers, en terme de fiscalité par exemple. En effet, les choses avancent, la prise de conscience date de deux à trois ans, et on commence à entrevoir combien ce pan de l'économie ne rentre pas dans les mécanismes habituels.
Peut-on envisager, dans l'avenir, plus de passerelles entre les finances éthiques et les finances solidaires ? Jean-Paul Vigier : Dans ces deux initiatives, on trouve un désir commun d'offrir une alternative au système financier ordinaire, uniquement préoccupé par le rendement à court terme. Je crois que tout ce qui est solidaire tend à devenir éthique, d'ou ce rapprochement souhaité avec Ethibel pour la labellisation, mais cela prend du temps de concilier les visions. Le terme solidaire fait parfois peur aux banques, pour sa connotation, alors que certains fonds sont pourtant à la fois éthiques et solidaires... En règle générale, je n'aime pas le terme d'économie solidaire, je lui préfère organisation économique de la solidarité, car il s'agit bien d'une partie de l'économie gérée différemment.
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