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La finance au service du logement social

Finance \Finance solidaire

Publié le 02-03-2005



Habitat et humanisme recourre aux mécanismes de la finance éthique pour ses programmes immobiliers au bénéfice de familles en situation d'exclusion sociale. L'organisation fête ses 20 ans avec l'espoir d'entrer dans l'ère de la démocratisation des produits de finance éthique et solidaire.

L’identité socio-économique d’Habitat et humanisme est résumée par le CV de son fondateur, Bernard Devert : agent immobilier et prêtre. La démarche repose sur cette équation : « Comment l’économie, en son sein, peut-elle remettre l’Homme au cœur de la mécanique sociale ? » résume Alix Guibert, responsable des produits financiers. Réponse : en usant de la finance pour générer des ressources solidaires.
1985 est l'année de la création de l’association destinée à promouvoir le maintien ou le relogement de familles en situation d’exclusion dans les centres-villes. Habitat et humanisme s’étoffe rapidement avec la création de La Foncière en 1986, une société d’investissement immobilier chargée d’acheter et rénover les logements. En 1991, l’association lance son premier produit financier solidaire, le fonds de partage Epargne Solidarité Habitat dont les souscripteurs abandonnent à l'association un quart des intérêts. Une seconde société d’investissement, HH Développement, soutient La Foncière depuis 2002.
En 20 ans, Habitat et humanisme a donné le jour à 38 associations locales. Elle compte 8000 membres dont 1250 bénévoles actifs sur le terrain en charge de l’élaboration des projets de relogement et de l’accompagnement des familles. Enfin, Habitat et humanisme a créé six agences immobilières à vocation sociale (AIVS) qui gèrent plus de 1000 appartements.
Avec son vingtième anniversaire l’association fête cette construction économique originale dans laquelle les produits d’épargne et d’investissement solidaires jouent un rôle primordial.

Offre diversifiée de produits financiers solidaires

Habitat et humanisme dispose de trois produits d’épargne solidaire : le FCP Epargne Solidarité Habitat et le Livret d'épargne Agir, deux produits de « partage », ainsi qu'un produit d’assurance vie dont 10 % des apports sont investis en actions de la Foncière. Un souscripteur peut aussi choisir d'acheter directement des actions de La Foncière ou d'HH Développement.

L’importance d’avoir un toit
Perdre son logement est le signe le plus tangible de la spirale de l’exclusion sociale. Les 38 associations locales d’Habitat et humanisme couvrent l’ensemble du territoire national. Elles ont vocation à accompagner des familles et monter des projets sur-mesure de réinsertion par le logement. Les équipes de bénévoles identifient les besoins en logement social et tentent d’y répondre au plus près. Ainsi à Rennes, l’association a impulsé la création d’une pension de familles où de petits appartements autonomes sont intégrés à une structure de vie collective qui privilégie le rétablissement de liens de sociabilité. À d’autres endroits, c’est l’option de l’appartement isolé en centre-ville qui sera le moteur de la réinsertion ou encore le rachat d’un logement pour y maintenir une famille en difficulté.
Ces cinq produits ont reçu le label Finansol.
La création de chaque produit répondait à un double impératif : « correspondre à la réalité économique du marché financier et répondre à une demande potentielle des souscripteurs », explique Alix Guibert.
À sa création, le fonds de partage était investi dans des valeurs obligataires et monétaires peu risquées. « A l'époque, un tel produit avait un taux de rémunération à deux chiffres, remarque la responsable des produits financiers. Mais au fil des années, la performance a diminué au risque de voir beaucoup de sympathisants s’éloigner. » Depuis 2000, 15 % du fonds est investi en actions afin d’atteindre une performance de 5 à 8 % par an.
Jusqu’à maintenant, « aucun filtre éthique n’est appliqué à la partie actions du FCP », géré par le Crédit Lyonnais, reconnaît Alix Guibert. Une situation qui devrait évoluer avec le transfert de sa gestion à IDEAM, société de gestion spécialiste de l'ISR, filiale du groupe Crédit Agricole qui a absorbé celui du Crédit Lyonnais.

L’assurance vie, créée en 1996, et le Livret Agir du Crédit Coopératif, commercialisé depuis 2002, sont venus élargir la gamme. Le Livret Agir, dont Habitat et humanisme a inauguré la formule, vise le grand public encore effrayé par la technicité des fonds de partage. Le compte fonctionne comme un Livret A, rémunéré à 3,25 %, et ouvre la possibilité de donner 50 % des intérêts à l’association, ce don étant déductible des impôts. L’assurance vie a été lancée en plein essor de ce type de placement à long terme pour offrir aux souscripteurs un placement patrimonial complémentaire et cohérent avec leur éthique. Son rendement annuel est de 4 %, un demi-point en dessous de la moyenne des assurances vie. Les revenus générés par ces produits (l’association touche aussi une part des frais de gestion du fonds et de l’assurance vie, rétrocédée par le gestionnaire) représentent le quart des ressources de l’association. Cet autofinancement est devenu indispensable pour obtenir des cofinancements publics et garantir la pérennité de l’association.

Des banques encore discrètes

La performance de ces produits solidaires ne conduit malgré tout pas les banques à en faire la promotion. « Aucune banque n’a intégré cette dimension dans sa stratégie, regrette Alix Guibert. Elles gèrent les produits, mais considèrent que ce n'est pas à elles de faire la démarche commerciale. Effectivement c’est une communication de long terme qu’il faut lancer, mais elle attire des souscripteurs fidèles.» Seul le Crédit Coopératif, qui distribue et met en avant le Livret Agir, tente de cultiver le sillon tracé par des ONG comme Habitat et humanisme.
La puissance de communication d’une grande banque commerciale démultiplierait pourtant les encours. À l’heure actuelle, les différents produits d’investissement et d’épargne ont attiré 8000 souscripteurs. Le fonds de partage dispose d’un encours de 19,9 millions d'euros, l’assurance vie de 7 millions d'euros et le Livret Agir a vu son encours grimper à 12 millions d'euros, en deux ans d’existence.

Apport initial

La démarche d’Habitat et humanisme ne repose pas pour autant sur une prise en charge totale de son action sociale par le secteur privé. L’investissement dans La Foncière ou HH développement permet d'obtenir le premier financement pour l’achat d’appartements ou d'immeubles que vont ensuite abonder les collectivités locales et autres bailleurs sociaux (collecteurs du 1 % patronal notamment), le tout dans le cadre de dispositifs publics pour la création de logements dits «très sociaux». En général, La Foncière apporte 30 % du montant, les communes, département et région subventionnent eux, à hauteur de 35 %. Les 35 % restants proviennent d’emprunts faits aux banques, à la Caisse des dépôts ainsi qu'aux organismes collecteurs.
Habitat et humanisme a ainsi pu reloger et réinsérer plus de 4500 familles en France.

Philippe Chibani-Jacquot
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