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L'économie solidaire protège aussi l'environnement

Finance \Finance solidaire

Publié le 26-09-2007



Les circuits de l'économie et des finances solidaires font la promotion de projets économiques alternatifs. Si les encours disponibles progressent, ce secteur souffre encore d'un manque de notoriété qui handicape son développement. Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, fait des propositions pour intégrer cette composante au « Grenelle de l'environnement ».

Avec 1,3 milliards d’euros à fin 2006, soit 43 % d’augmentation sur un an, les finances solidaires vont bien. Elles alimentent l’économie solidaire à l’origine de projets d’insertion par le logement (40%) et le travail (40%), d’autres liés à la protection de l’environnement (15%) sans oublier le commerce équitable (5%). Ces circuits économiques permettent la création d’entreprises que les réseaux bancaires traditionnels refusent de financer. Oui mais… ce cercle vertueux est encore trop méconnu des épargnants français. Lors de la 5eme édition du baromètre des Finances Solidaires, le 18 septembre, l’association de labellisation de l’épargne solidaire, Finansol, était porteuse de bonnes nouvelles. Les indicateurs semblent montrer qu’elle pourrait conquérir un public plus large. Les produits financiers solidaires comptent aujourd’hui 272 000 souscripteurs qui ont permis de passer le cap symbolique du milliard d’euros mais le président de Finansol, François de Witt, rêve de multiplier les encours. « Si 1% seulement des 100 milliards d’euros que les Français épargnent chaque année prenait le chemin des livrets solidaires, des fonds propres d’entreprises d’insertion ou du microcrédits, ce secteur disposerait chaque année d’un milliard d’euros ! ». Pour lui, il s’agit d’une ambition raisonnable mais, pour prendre corps, elle devra être relayée

Epargne salariale solidaire : + 47%

Depuis 2001, la loi sur l’épargne salariale oblige à inclure dans l’offre un produit financier solidaire. Nul n’est obligé d’y souscrire mais cela a donné une visibilité à ces fonds qui consacrent 10 à 15 % de leurs montants à des entreprises d’insertion et sont, pour le reste, investis sur des placements traditionnels. A fin 2006, les souscriptions de produits d’épargne solidaire s’élevaient à 404 millions d’euros soit 0,5% de la totalité de l’épargne salariale française et 2 % des souscripteurs. Ce résultat repose sur trois entreprises emblématiques : Carrefour, AXA et Areva qui ont apporté à elles seules près de 300 millions d’euros, soit 73 % des encours d’épargne salariale solidaire.

par des initiatives venant soit des pouvoirs publics, soit des acteurs financiers traditionnels. Il est important de noter que l’épargne salariale qui a fait l’objet d’une disposition règlementaire est aujourd’hui  la clef de voûte des finances solidaires (voir encadré).
En commentant les résultats de son enquête annuelle sur la notoriété de l’épargne solidaire, l’institut IPSOS a précisé que 27 % des Français avaient aujourd’hui entendu parler de ce concept. A titre de comparaison, ils étaient le même nombre à déclarer connaître le commerce équitable avant que celui-ci n’élargisse ses circuits de distribution pour devenir, à partir de 2005, familier à 80 % de Français. « Pour trouver un nouveau public, il faut un prescripteur des produits d’épargne solidaire, précise Jean-François Doridot de l’institut IPSOS. Les banques les proposent rarement,  or nos enquêtes montrent qu’ils pourraient contribuer à améliorer l’image de ces banques auprès de leurs clients, à condition qu’elles puissent prouver qu’il ne s’agit pas de gadgets. »
Les acteurs de l’épargne solidaire, qui proposent aujourd’hui 63 produits financiers labellisés par Finansol, s’accordent à penser qu’elle offre un véritable recours au secteur associatif, à un moment où les subventions publiques se raréfient et qu’elle est un atout important et efficace dans la lutte contre l’exclusion. 
Ce secteur cherche aussi à attirer de nouvelles compétences et organise, pour la seconde fois, les 4 et 5 octobre 2007 un forum national de l'emploi où seront proposés plus de 3000 offre d'emploi. Son slogan : "Donnez du sens à votre travail".

Allier insertion et protection de l’environnement 

Martin Hirsch, le Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté du gouvernement, pense que l’économie solidaire est une des composantes qui lui permettra d’atteindre son objectif de réduction de la pauvreté en France. Il a créé un groupe de travail rassemblant une vingtaine de personnes issues de ce secteur, pour apporter des contributions au Grenelle de l’environnement afin de faire converger économie solidaire et environnement. « Traditionnellement, tous les métiers de l’environnement ont été des opportunités formidables pour l’insertion et l’emploi » explique Martin Hirsch. « Je peux  résumer en deux principes la liste d’initiatives que nous avons formulées. Un, il faut tenir systématiquement compte de l’impact des mesures prises en faveur de l’environnement sur les populations les plus précaires. Deux : le contenu de ces mesures sur le plan de l’ emploi et de l’insertion doit être un critère prioritaire. »
Les groupes de travail du Grenelle prendront-ils en compte l’analyse proposée par ces acteurs de l’économie sociale et solidaire ? Ils tiennent en tous cas à rappeler que les populations les plus vulnérables sont les plus exposées aux dommages environnementaux et les plus démunies pour se procurer des produits de substitution plus sains, que la protection de l’environnement a un coût et que si on ne tient pas compte du paramètre social, elle peut être un facteur d’accroissement des inégalités. Enfin, les filières liées à l’environnement ont souvent été lancées par des entreprises d’insertion, donnant des emplois à des personnes pauvres et peu qualifiées, par exemple dans les métiers de la récupération.
Les idées synthétisées par le Haut Commissariat sont extrêmement variées. Elles vont de la lutte contre la précarité énergétique au développement des éco matériaux, via la création d’un centre technique d’agrément, en passant par la fixation d’un seuil obligatoire de 15 % de personnes en insertion pour les eco-organismes, dont l’agrément va être renouvelé en 2008, sans oublier diverses incitations au respect de l’environnement pour les projets de lotissements ou l’accès à une alimentation de qualité pour les personnes les plus démunies.
Pour les finances solidaires proprement dites, le groupe de travail fait plusieurs propositions pour allier innovation et meilleure coordination entre les porteurs de projets et les mécanismes de financement et de formation. Il souhaiterait que l’Etat s’engage dans la labellisation de filières environnementales de l’économie solidaire comme la récupération, l’isolation des bâtiments ou la production d’énergie.
Le Grenelle de l’environnement doit, en principe, aboutir à une vingtaine de mesures dont il est peu probable qu’elles aillent jusqu’à ce niveau de détail. Le plus important pour Martin Hirsch, c’est surtout de rappeler aux défenseurs de l’environnement la nécessité de tenir compte des paramètres sociaux pour essayer de conjuguer protection de la nature et des personnes les plus faibles.

A.C.Husson-Traore
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