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Le grand amphi de l’université Paris Dauphine a fait salle comble, le 24 novembre 2008, pour une journée de colloque, organisée par la place financière de Paris, intitulée « Renforcer la contribution de la Finance au développement durable : Enjeux de Long terme, propositions pour l’Europe.» Sur les sièges pliants, se pressaient des financiers, des responsables d’entreprises, des acteurs divers de l’investissement responsable, français et internationaux. L’objectif était d’organiser, dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, un évènement associant tous les acteurs de haut niveau qui participent à l’intégration de critères extra-financiers dans les divers modes de gestion. Jose Manuel Barroso et Nicolas Sarkozy venant, en personnes, conclure la journée de travail. Pour mesurer le degré de connaissance des citoyens français dans ce domaine, Paris Europlace a commandité un sondage dont les résultats ont été communiqués en ouverture des débats. Si les Français semblent avoir compris les enjeux du développement durable (70 % l’associent à la préservation de l’environnement, 62 % à un moyen de préserver les générations futures), ils sont moins nombreux à mettre des définitions derrière le terme de finance durable. 42 % pensent qu’il s’agit d’intégrer des critères de développement durable dans des produits financiers et 30 % l’associent à la micro finance et à des produits financiers éthiques. Même avec une connaissance approximative des produits et des concepts, les personnes interrogées estiment que l’Investissement Socialement responsable (ISR) peut être un outil utile dans la crise actuelle, plus particulièrement pour des placements de long terme. 49 % miseraient sur l’ISR pour leur plan retraite ou leur assurance-vie. En finir avec le « court termisme » La crise financière a balayé beaucoup de certitudes dans le milieu financier et remis en cause la nature des sources productrices de profits. « Sur quels principes devons-nous rebâtir le système financier international ?» a demandé Gerard Mestrallet, qui dirige le groupe Suez Environnement et préside Paris Europlace, en ouverture des débats. En fin de journée, il a apporté la réponse suivante : « Stabilité, responsabilité, transparence et long terme sont les piliers sur lesquelles la finance doit de se reconstruire. Ces valeurs sont celles de la finance durable. » Pour rendre plus concret cet appel à de nouvelles pratiques, Paris-Europlace a lancé une série de propositions qu’elle espère voir appliquer à l’échelle européenne. Sur l’ISR, elles consistent à favoriser une meilleure intégration des critères Environnementaux, Sociaux et Gouvernance (ESG) dans les stratégies de placement des investisseurs institutionnels et des gérants d’actifs, tout en mettant en place un reporting régulier sur ces enjeux. L’idée est aussi de développer l’information extra-financière des entreprises et de faciliter le dialogue entre elles et les investisseurs sur ces sujets. Tous ceux qui se sont exprimés à la tribune, y compris les dirigeants de grands groupes internationaux comme Danone ou AXA, ont insisté sur la nécessité de changer les règles du jeu pour mettre fin au « court-termisme » généralisé. Ils ont estimé que la crise offrait, de ce point de vue, une véritable opportunité. Franck Riboud, le PDG de Danone, est allé plus loin en expliquant qu’il trouvait indispensable qu’un chef d’entreprise ne définisse pas sa stratégie en fonction des attentes des analyses financiers. Il a souligné que la crise de gouvernance que nous traversons doit conduire à remettre en question les modes de rémunérations des dirigeants et pas seulement des plus importants. Il a mis en avant le mode de calcul du bonus des 1000 premiers dirigeants de son groupe qui intègre des critères ESG. Au delà de cet exemple, cette journée témoignait de la gigantesque remise en question des dogmes économiques des vingt dernières années. Même si le débat « régulation contre démarche volontaire » est toujours très vif, les voix en faveur de l’’intégration contraignante des paramètres développement durable dans la gestion financière et le pilotage d’entreprises s’élèvent. Ceci dit, rien dans les discours successifs de Jose-Manuel Barroso et Nicolas Sarkozy ne permettaient de savoir si elles portent suffisamment pour conduire l’Europe à imposer de nouvelles règles de comptabilité et de prise en compte de l’analyse extra financière.
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