Les grandes banques d'investissement américaines vont renoncer au trading

Finance \Acteurs

Publié le 08-11-2010

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Goldman Sachs et d'autres banques ont annoncé vouloir mettre fin à leurs opérations de trading pour compte propre, afin de répondre à la nouvelle législation américaine. Pour Goldman Sachs, il s'agit surtout de restaurer une réputation très entachée depuis la crise.

« LA BANQUE ou Comment Goldman Sachs dirige le monde ». Le titre du dernier ouvrage de Marc Roche, correspondant du Monde à la City de Londres depuis vingt ans, est on ne peut plus évocateur. Goldman Sachs, l’une des plus grandes banques d’investissement américaine, représente depuis le début de la crise dans l’imaginaire des américains, mais aussi des européens tous les vices de la finance dévoyée. Et en effet, les scandales autour de la banque se succèdent.

Une aide à la fraude

Quelques semaines après le déclenchement de la crise sur la dette souveraine grecque on apprenait par exemple que Goldman Sachs avait aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour répondre aux critères de Maastricht et adhérer ainsi à l’Union Européenne. Selon l’ouvrage, la Grèce a mandaté Goldman Sachs afin de « débarrasser les dépenses publiques du poids des dépenses militaires » dans le but de répondre au critère des dépenses publiques. Mais la dette grecque a également été réduite grâce à des montages financiers complexes. Des montages qui ont totalement échappé à l’époque à Eurostat en charge de contrôler les statistiques publiques. Face au scandale une fois l’affaire révélée, Goldman Sachs a été forcée de s’expliquer, mais pour la banque, «les questions éthiques, c’est Athènes qui doit se les poser. La banque s’est contentée de jouer un rôle technique et de satisfaire un client », écrit Marc Roche. En attendant, la Commission européenne s’est dotée de nouveaux instruments de contrôle et d’un arsenal de sanctions en cas de fraude. Au-delà du cas grec, ce livre démonte tout un système de réseau entre la banque, les grandes entreprises et le pouvoir politique qui permet à la banque de faire des affaires. Un système de réseau qui n’est pas propre à Goldman Sachs mais à de très nombreuses multinationales qui pratiquent un lobbying intensif et dont les cadres sont parfois passés ou iront dans le secteur public. 

Des clients dupés

Mais, ce qui ressort le plus fortement de l’ouvrage, est la notion de conflit d’intérêt. La banque de part la multiplicité de ses fonctions, utilise les informations en provenance de ses clients pour son propre compte et parfois joue sciemment contre eux. Les exemples cités par l’ouvrage sont légion. Le plus connu est encore celui qui a défrayé cette année la chronique judiciaire autour du hedge funds Abacus. En avril dernier, le président directeur général de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, et l’un de ses collaborateurs Fabrice Tourre dit « Fabulus Fab », un français ayant immigré aux Etats-Unis afin de travailler pour la banque, ont été sous le coup d’une enquête de la Securities & Exchange Commission (SEC), le régulateur américain des marchés financiers. Ils ont été accusés d’avoir vendu à leurs clients des produits en cherchant sciemment à les tromper. Fabulus Fab, petit génie des mathématiques, a conçu un produit financier complexe rempli de crédit hypothécaires toxiques (ou subprime) et l’a recommandé à la hausse à ses clients. Parallèlement, il s’est associé à un hedge funds, Abacus, afin de parier sur ce même produit à la baisse. En effet, quelques temps avant l’éclatement de la crise des subprimes, la banque en avait perçu les signes précurseurs et cherchait à se débarrasser de ses produits toxiques, ce qu’elle a fait sur le dos de ses clients arguant que ceux-ci étant des investisseurs avertis, et qu’ils ont donc agit en connaissance de cause ! Pour mettre fin aux poursuites, la banque a finalement conclut cet été un accord avec la SEC.  Elle a accepté de payer une amende d’un montant record de 550 millions de dollars dont 300 millions de dollars reviendront au Trésor américain et 250 millions aux investisseurs lésés. Elle a également reconnu avoir fourni des informations incomplètes sur son produit. Fabrice Tourret se retrouve désormais seul face à l’accusation de la SEC et n’hésite plus à charger la banque, à la différence de sa première audition…

Une mise en conformité

Pour redorer son image, Goldman Sachs a été plus loin.  Elle s’est engagée à se mettre en conformité avec la réforme financière promulguée aux Etats-Unis avant la date butoir de 2014 prévue par le texte. Cette réforme (voir article lié), l’une des plus importantes menées aux Etats-Unis depuis des décennies, a pour but de contrôler davantage les opérateurs financiers et de réduire le risque systémique en limitant drastiquement les opérations pour compte propre des banques. Ces opérations de trading permettent aux banques d’agir en utilisant ses fonds comme un hedge funds, ce qui les met accessoirement en porte à faux vis-à-vis de leurs clients hedge funds qu’elles concurrencent, mais surtout ces opérations déstabilisent parfois les marchés compte tenu des sommes phénoménales en jeu. Pour Goldman Sachs par exemple avant la crise, les opérations sur compte propre généraient jusqu’à 10% de ses revenus. Pourtant la banque est prête à y renoncer et à mettre l’accent sur son métier historique de banque d’affaires et de conseil aux entreprises. Sa concurrente JP Morgan a également annoncé son intention de se séparer de cette activité. Reste à traduire ces annonces en actes, ce dont certains doutent, arguant que les banques pourraient tout simplement filialiser ces activités lucratives.

Sandra Sebag
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