Les analystes financiers placés sous surveillance

Finance \Acteurs

Publié le 10-03-2004

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Palais Brongniart, Paris.
Palais Brongniart, Paris.

Les multiples affaires qui secouent la planète financière vont-elles conduire à une amélioration de l'information financière ? Les investisseurs et épargnants ne peuvent que le souhaiter et certains prônent plusieurs réformes. Parmi celles-ci, le meilleur encadrement des pratiques des analystes financiers revient régulièrement. Les analystes - dont le rôle est d'étudier les résultats financiers des sociétés cotées - sont en effet souvent accusés de manquer d'impartialité dans leurs jugements.

Car, et là est tout le problème, la grande majorité des analystes sont salariés de banques dont une partie du chiffre d'affaires provient du conseil aux sociétés lors de fusion-acquisition notamment. L'analyste qui souhaite publier une étude défavorable à telle ou telle entreprise prend donc le risque de froisser le dirigeant de cette entreprise et de faire perdre du même coup un client à son employeur. Cette difficulté explique sans doute qu'au cours de l'année 2000, par exemple, seul 1 % des recommandations des analystes conseillaient la vente, selon le magazine Fortune. En 2002, une enquête menée par le ministère américain de la Justice sur la banque Merril Lynch avait également démontré que certains analystes publiaient des rapports très élogieux sur des sociétés alors qu'ils les dénigraient dans le même temps dans des courriers électroniques privés.

Face à ces dérives, les autorités de marché américaine et européenne ont décidé de réagir. Outre-Atlantique, les analystes ont vu, dès 2002, leur responsabilité renforcée et doivent aujourd'hui certifier que leurs études reflètent bien leur vue personnelle sur les sociétés. Côté européen, les Quinze se sont mis d'accord, en janvier 2004, sur une série de mesures visant à limiter les conflits d'intérêt. Les analystes européens seront désormais tenus de préciser leurs sources et leurs méthodes de travail. Les banques, quant à elles, devront indiquer les parts de capital des sociétés en leur possession à partir du seuil de 5 %.


Renforcer les "murailles de Chine"


Surtout, les autorités de marché pressent les banques d'affaires de renforcer leurs fameuses "murailles de Chine", censées séparer à l'intérieur des établissements financiers les services d'analyses et les services de conseil. Aux Etats-Unis comme en Europe, toute rencontre entre deux personnes de ces différents services doit se faire désormais en présence d'un "déontologue" chargé de contrôler les échanges d'information. En France, le jugement du 12 janvier 2004 dans l'affaire Morgan Stanley/LVMH a rappelé l'urgence de tels dispositifs. Le tribunal de commerce de Paris a en effet considéré qu'il n'existait pas de séparation stricte entre les services chez Morgan Stanley et que l'analyste du secteur du luxe favorisait systématiquement Gucci - client de longue date de Morgan Stanley - au détriment de LVMH.

Plus surprenant, les juges français ont reproché à l'analyste d'avoir employé le terme de "maturité" pour définir l'une des marques de LVMH en affirmant que ce qualificatif insinuait le déclin de cette marque. Ce point du jugement a provoqué un certain émoi au sein de la communauté financière qui y a vu une remise en cause de la liberté d'expression des analystes. Le lendemain, un éditorialiste du Financial Times a affirmé qu'il pensait également que la marque était "à maturité" et qu'il revendiquait le droit de le dire. Un tel jugement pourrait en effet conduire les analystes à une forme d'auto-censure qui serait préjudiciable à la qualité de l'information financière.

Déjà, les contacts entre journalistes et analystes financiers font l'objet d'une attention toute particulière. Depuis la fin 2003, les analystes des banques américaines ne peuvent ainsi parler à un journaliste qu'après que celui-ci ait été informé des éventuelles liens d'affaires entre la banque et la société concernée. L'analyste n'a en outre pas le droit de dire oralement à un journaliste des jugements qu'il n'a pas écrits.

Ces dernières dispositions ne convainquent pas tous les professionnels des marchés qui craignent qu'elles manquent parfois leur objectif et conduisent à une plus grande frilosité des analystes. Pour beaucoup d'investisseurs, seule l'existence de bureaux d'analyse financière réellement indépendants permettrait d'atteindre cet objectif. Une solution qui bute toutefois sur la difficulté de faire acheter aux acteurs du marché des études qu'ils ont pris l'habitude d'avoir gratuitement. "Face à ce problème de rentabilité des services d'analyse, le vote d'une loi qui obligerait les banques à filialiser leurs services d'analyse serait déjà un premier pas", note un spécialiste des marchés financiers.

Laurent Fargues
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